Billet de blog 11 mai 2010

Pierre RATERRON
Artite plasticien multi-medias, Novelliste ,Chroniqueur
Abonné·e de Mediapart

I - Réalités avouables...

Pierre RATERRON
Artite plasticien multi-medias, Novelliste ,Chroniqueur
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Aujourd’hui, Pierre, quand il se confie sur son enfance, commence par une boutade : « Au début de mon âge, j’étais très jeune forcément… Mais je crois me souvenir que j’avais conscience d’être au commencement d’une vie peu banale…Enfin, quand je dis « je », c’est plutôt mon père qui en était convaincu. Déjà, alors que je n’avais que trois ans, il avait confié à son épouse, ma mère : « Celui-là, on ne pourra pas lui faire faire ce qu’il ne voudra pas… » Curieusement, je n’ai eu connaissance de cette appréciation paternelle en forme de constat que cinquante ans plus tard, par ma seconde épouse à qui mon père s’était confié… » C’est à dix huit heures, qu’en ce mois de janvier 1932, est né sur les bords du Nil un garçon de fière corpulence. La sage femme, anglaise, ne s’y trompa pas et le surnomma « John Bull ». L’enfant se rendit compte, plus tôt que d’autres, que la réalité n’était pas faite que de satisfactions. Aussi, bien plus tard, lorsqu’il fut en mesure de raconter, il enrubanna de mystère sa venue au monde, les jours contraires, et de gloire, les jours fastes…L’énigme et la lumière prenaient déjà possession de sa vie, alternativement. Et plus il prenait conscience de cette insatisfaction toute relative, plus il était curieux du lendemain, sans un regard pour la veille. Non sans regrets ni remords car il les intégrait au futur en une architecture très personnelle qui étonnait et , parfois, effrayait son entourage familial. Ce qui eut pour effet de l’encourager dans sa recherche d’une identité propre, aspirant au monde, curieuse des êtres et des choses, mais jalouse de son indépendance et de sa liberté de mouvement. Il était le benjamin de quatre frères dont l’un, le troisième, mourut dans l’année de sa naissance. Ses deux aînés, beaucoup plus âgés et proches l’un de l’autre, lui apparaissaient comme étant jumeaux. Tout à leur fratrie ponctuée de ruptures tragiques et de retrouvailles épiphaniques, ils étaient les spectateurs surpris et amusés de l’évolution « aventurière » de leur jeune frère Pierre. En dépit d’une rigueur apparente dans l’ordonnancement de la journée et des rituels familiaux, Pierre jouissait d’une relative indépendance qu’il construisait dans une savoureuse et excitante clandestinité, au côté de sa vie respectueusement familiale…Son amour pour sa famille n’était pas en cause. Il était plein, sans équivoque et dans ce phalanstère affectueux, le garçon tenait son âge sans calcul ni révolte… Toutefois, lors des séances de reproches qui sanctionnaient soit un débordement,, soit un mauvais bulletin hebdomadaire, Pierre ne pouvait s’empêcher de remarquer un trait, une mimique ou une attitude qui l’amenaient à sourire au beau milieu de l’admonestation… Il tentait bien, en un effort surhumain, d’arborer le visage contrit et repentant que son père, en pareille circonstance, attendait de lui… Mais, peine perdue, il ne parvenait pas à dissimuler un pauvre petit sourire en coin, ce qui aggravait d’autant son cas. Ah, ce sourire en coin… Comme il agaçait prodigieusement ses parents… A n’en pas douter, ce fut l’une des raisons de l’incompréhension qui s’installa de manière insidieuse entre le père et le fils. Paradoxale incompréhension, car nourrie d’amour, qui les laissa longtemps, trop longtemps, de part et d’autre d’un état de communion sans jamais oser ni la confidence , ni l’abandon…Situation périlleuse et complexe,, dont Pierre n’avait pas conscience... Pour reprendre un thème cher à Spinoza, nous pourrions affirmer qu’il était victime de sa trop voyante libération du désir, en opposition aux passions tristes éminemment respectables et savantes qui lui étaient proposées… Car, pour lui, triste ne signifiait pas ennuyeux. Non, c’était morose, à la limite du grave. Heureusement qu’il y avait aussi la rigueur, fille de la règle, qui pouvait se révéler passionnante à étudier pour y trouver la faille afin de mieux la transgresser dans le cadre de vie familial. A vrai dire, cet aspect ne représentait que le côté esthétique de son comportement, celui sur lequel se basaient celles ou ceux, parents et frères compris, qui s’estimaient avoir autorité sur lui. Elevé dans une double culture , laïque par son père et catholique par sa mère, il n’avait de cesse de confronter les acquis et les certitudes, qui lui avaient été inculquées, aux certitudes correspondantes de ses camarades du Lycée Français d’Alexandrie, qu’ils soient juifs, musulmans ou orthodoxes. C’est ainsi qu’il constata assez tôt que la vérité n’était pas une mais plurielle, ce qui le choqua … un temps. Plus tard, il se fit à l’idée que cette vérité plurielle correspondait au monde dans lequel il évoluait , loin de la France occupée, mais en plein bouillonnement de la guerre du désert. Aussi, demeurait-il en quête d’une part, de ce qu’il ne connaissait pas et, d’autre part, de ceux ou celles qu’il n’était pas autorisé à fréquenter. Ce qui, de manière inévitable, provoqua des affrontements avec ses parents, une certaine curiosité amusée de la part de ses frères et, bien entendu, une longue suite d’interdictions de toutes sortes… De ne pas avoir de sœur, il ressentait une grande frustration qu’il compensait en continuant à se nourrir de moments de rêve et de merveilleux qui auraient dû s’évanouir face à l’attitude d’incompréhension peinée de son père et de sa mère. C’est ainsi qu’il rechercha très tôt la compagnie féminine, ajoutant à la perplexité de ses parents, l’angoisse de voir se développer chez leur benjamin une sensualité de plus en plus affirmée.

Georges-Mathieu, homme de devoir et Alice, femme forte ( au sens biblique) ne pouvaient que craindre cette réalité qui, alliée à une certaine décontraction orientale , à un esprit vif et curieux, risquait de faire de leur fils, soit un jouisseur, soit un pervers… Suprême malentendu : Pierre voulait être libre, c’est tout.

Ses parents tentèrent bien souvent de le raisonner et de le ramener aux réalités honorables , à cela près qu’ il ne mit pas longtemps à réaliser que ces dernières n’étaient constituées que de réalités avouables….

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