A qui appartiennent les textes sur Mediapart ?

Dans Meta-Mediapart, normalement, on met Mediapart en question (de manière un peu nombriliste, il faut l'avouer). Je vous propose donc une question : à qui appartiennent les textes sur Mediapart ?Internet fait bouger de nombreuses lignes dont celle de la propriété intellectuelle. Mediapart n'échappe pas à ces nouvelles problématiques. Pour y répondre, il faut d'abord avoir en tête qu'il y a plusieurs types de textes et plusieurs types d'auteurs et que chacun à une place particulière dans Mediapart.

Dans Meta-Mediapart, normalement, on met Mediapart en question (de manière un peu nombriliste, il faut l'avouer). Je vous propose donc une question : à qui appartiennent les textes sur Mediapart ?

Internet fait bouger de nombreuses lignes dont celle de la propriété intellectuelle. Mediapart n'échappe pas à ces nouvelles problématiques. Pour y répondre, il faut d'abord avoir en tête qu'il y a plusieurs types de textes et plusieurs types d'auteurs et que chacun à une place particulière dans Mediapart.

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Les articles du journal

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Il s'agit, il me semble, de la partie du problème la plus facilement à traiter. En effet, de manière traditionnelle, un journal conserve toutes ses éditions (ou celles-ci sont conservées par une institution d'archives). Il suffit d'avoir ouvert un journal du XIX siècle pour savoir ô combien il s'agit d'un trésor précieux. La recherche booléenne (par mot-clef) est permise pour un parcours thématique du journal. Il existe aussi une recherche par dates des Unes.

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Il n'en demeure pas moins un problème auquel j'invite la rédaction à répondre par une mise en situation (on appelle cela, une expérience de pensée). Imaginez, imaginez, je dis bien, le cas suivant : Nicolas Sarkozy meurt d'un arrêt cardiaque après un footing avec Barack Obama. Enfin, c’est ce que dit la version officielle. Mais l'enquête de Mediapart révèle qu'en fait, ce n'est qu'après que Nicolas Sarkozy ait dit à Barack Obama que la dépression et le suicide sont inscrits dans les gênes que le Président Américain, l'ayant très mal pris par rapport à ce que son père a vécu, a décidé de le rouer de coup. La CIA aurait camouflél'affaire en arrêt cardiaque. Mais quelques heures plus tard, il apparaît très clairement aux yeux de tous qu'il s'agissait d'une fausse information émanant du camp Républicain (cherchant à destituer Barack Obama avant qu'il ne termine la nationalisation des principales banques américaines suite aux conséquences catastrophique de la crise des subprimes. ).Nicolas Sarkozy est donc bien mort d'un arrêt cardiaque. Le journal a commis une grosse erreur qu’un Elkabbach n’aurait jamais commise…

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Que doit faire le journal après avoir publier l'article donnant une fausse information ? Laisser l'article et publier un démenti ? (ce qui se fait logiquement pour les versions papiers) ou purement et simplement « détruire » l'article ? Dans ce cas doit-on laisser un démenti ou la suppression de l'article suffit ? Qu'elle place donner à l’archive dans le cas d'une destruction ? Quel accès pour les abonnés ?

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Les billets de blog, articles d'édition et commentaires

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LE CAS DES BLOGS

A première vu, le billet de blog est personnel étant donné la nature même de ce qu'est un blog. Mais ceci n'est pas aussi simple quand on aborde des cas limites. Si des propos condamnables par la justice sont tenus sur un blog, le blogueur est tenu pour seul responsable de ses propos selon la charte, mais est-ce que la justice n'ira pas chercher la responsabilité de l'hébergeur si celui-ci n'a pas supprimé lui-même le billet condamnable ?

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Autre problème, la charte stipule : « Pour vous permettre d'exercer pleinement votre liberté d'expression et de corriger un éventuel abus, vous pouvez à tout moment, supprimer ou modifier tout ou partie d'un Contenu que vous avez publié via votre compte, sans notre intervention ». Ce « droit » n'est toujours pas totalement acquis puisque l'on ne peut pas supprimer un commentaire auquel il a été répondu. Mais, plus important, qu'en est-il quand la suppression du billet entraine celle des commentaires des autres abonnés ? Le respect des autres est-il conditionné au retrait des paroles blessantes par la suppression du billet ou par la sauvegarde de ce même billet qui permet ainsi la conservation des commentaires ? Est-ce que les commentaires sous mon billet m'appartiennent ?

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Le rédacteur en chef d'une édition (il apparaît en jaune caca d'oie ou or selon les interprétations) a le pouvoir de supprimer tous les articles et les commentaires, un à un, même ceux qui sont suivis d'une réponse. Est-il le seul responsable des propos tenus sur son édition ? Peut-il supprimer ce qu'il ne juge pas opportun d'être publié (un hors sujet par exemple) ?

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LE CAS DES EDITIONS PARTICIPATIVES

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Les éditions participatives sont par nature tenues collectivement, dans ce cas le droit de suppression, ne doit-il pas être soumis à l'approbation de tous les autres abonnés de l'édition participative ? A qui appartient, un article de cette édition ? Au rédacteur ou à tous les rédacteurs ? Et les commentaires appartiennent-ils vraiment à ceux qui les font puisque une autre personne peut les supprimer ?

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Le projet Mediapart

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Mediapart est composé de deux parties, vous le savez. Le journal est tenu par des journalistes, le club (blogs et éditions) par les abonnés et/ou plus rarement par les journalistes. Voici ce que l’on peut lire ici ou là : « Mais, puisque c'était là notre ambition collective, l'heureuse réussite, pour nous, n'est pas venue [du journal]. Elle est venue de vous, les lecteurs, autrement dit du club. La véritable originalité de l'équation Mediapart tient à cette alliance participative d'un journal de journalistes et d'un club de citoyens. » « Depuis le premier jour, nous répétons que le lecteur fera le lecteur et, par conséquent, l'abonné le nouvel abonné. Bref, nous comptons d'abord sur vous, nos abonnés et lecteurs fidèles, pour étendre le cercle de Mediapart. Deux instruments sont désormais à votre disposition: le parrainage récurrent et l'offre d'un article. ».

Ainsi, les contributeurs-abonnés sont un élément de la réussite du journal (par la qualité d’informations, d’écriture ou d’humour de certaines contributions). De plus, ces contributeurs-abonnés jouent aux VRP en mettant à disposition (indirectement) leur fichier email pour trouver d’autres abonnés. Mais si le projet de Mediapart est de construire un journal libre, en vu de réaliser au mieux nos idéaux démocratiques, il est aussi un projet industriel qui fait vivre journalistes, la Netscouade, etc…

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Par conséquence, un billet de blog, un article d’édition appartiennent-ils totalement à leurs auteurs, s’ils contribuent à la réussite économique du journal ? Un carnet d’adresse à un prix et trouver des clients est un métier. Dans quelle mesure un client (c’est-à-dire un abonné) n’offre t’il pas du temps et du travail pour rendre rentable une entreprise ? Est-ce un don ? Du bénévolat ? Le blogueur, n’est-il pas lui aussi « propriétaire » du journal ? Ne devrait-il pas le devenir en entrant dans le capital ?

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En retour, en payant, l’abonné n’a-t-il pas accès à un espace ergonomique permettant la visibilité de ses textes ? N’est pas un service payant que d’offrir la possibilité « d’éditer » librement des textes qui bénéficient d’un environnement favorable ? A partir de combien d’abonnés peut-on dire que la visibilité d’un blog est suffisante et donc rentable pour l’abonné (en rapport à ce qu’il donne à l’entreprise) ?

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Enfin, si « une couleur » politique (voire des partisans) domine dans le club, est-ce que cela ne va pas « déteindre » sur le journal en quête d'abonnés ? Est-ce que cela pourrait condamner le projet ? Doit-il y avoir une lutte entre abonnés pour éviter toute tendance du Club ? Est-ce que le journal doit intervenir dans le Club ? Ou est-ce que le journal ne doit plus intervenir dans des clubs partisans même si on estime à juste titre partager en valeur « l'indépendance de la presse » ?

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L’identité

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Avec les écussons nous montrant le visage des journalistes et la possible interpellation directe de ces derniers (par les commentaires ou les messageries), Mediapart renoue avec un journalisme de signatures. Les journalistes ne sont plus fondus dans la ligne éditoriale de leur journal.

Qu’en est-il des blogueurs ? Qui sont-ils ? Ou plutôt comment deviennent-ils « contributeurs » à Mediapart ?

Le thème de l’identité, via la signification du nom, a fait l’objet de recherches chez des philosophes du langage. Reprenons cette problématique à partir de la sauce expérimentale Mediapart: à qui appartient mon nom (ou pseudo) de blogueur ? Si ce n'est pas le visage qui fait de moi une personne (comme le prouve Internet) mais mon nom (ou pseudo) et mes activités, si donc je m'identifie à mon nom et que l'on m'identifie à mon nom comme une personne, peut-on se défaire de son nom sans se défaire soi-même et les liens (activités) avec les autres ? Est-ce que je m’appartiens sur Mediapart ou suis-je médiatisé (au deux sens du terme) par le journal ?

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Conclusion

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Il serait hypocrite de ne pas écrire qu'un abonné a tout particulièrement testé certaines limites de l'utilisation de soi et de ses activités sur Mediapart. Pourtant, ce n'est pas un message qui lui est adressé. Je ne l'incrimine pas (même si je ne suis pas d'accord du tout avec lui sur son utilisation de Mediapart) mais il me conduit à vous poser, à tous, des questions plus générales.

Comme le montre le débat sur l'euthanasie, certaines personnes estiment qu’il n'est pas évident que notre propre corps nous appartienne. Nous n’aurions pas le droit de demander une assistance pour mourir. Il y a des raisons philosophiques et morales fortes derrière cette position. Pareillement, il n'est pas évident que tout ce que nous faisons sur Mediapart nous appartienne en propreseulement parce que nous l'avons produit.

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A vos réponses. Les questions sont nombreuses (choississez ;-)). Libre à vous.

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Je finirai par une remarque : étrangement, cette aventure collective s’appuie sur des personnes « hyper-individualisé » usant d’une liberté totale de parole qui en retour n’aurait aucune visibilité sans le collectif.

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