EN ISRAËL, LES MANUELS SCOLAIRES ÉVITENT SOIGNEUSEMENT LA QUESTION PALESTINIENNE

Durant toute sa scolarité, un élève israélien ne sera que très peu confronté à l’existence des Palestiniens.

Une étude d’Avner Ben-Amos de l’université de Tel-Aviv montre ainsi que l’occupation est rarement mentionnée dans les manuels d’histoire, d’éducation civique ou de géographie.

Avner Ben-Amos est professeur d’histoire de l’éducation à l’université de Tel-Aviv, auteur notamment d’Israël, la fabrique de l’identité nationale, aux éditions du CNRS.

Le quotidien israélien Haaretz revient sur l’une de ses récentes études portant sur l’approche scolaire de l’occupation choisie par le pays. 

             DES INÉGALITÉS INVISIBLES 

Dès le plus jeune âge, les élèves israéliens semblent avoir droit à une vision géopolitique très orientée.

Le professeur prend l’exemple d’un manuel pédagogique d’une quarantaine de pages destiné aux enfants d’une dizaine d’années.

Mené par une fillette fictive nommée Shulamit qui parle de sa maison et de sa famille, l’ouvrage donne un aperçu des divers communautés de la société israélienne.

« Neveh Daniel est une communauté rurale située dans la région de Judée-Samarie et appartient au Conseil régional de Gush Etzion», explique Shulamit, «Déjà àl’époque biblique, les juifs vivaient dans cette région et laBible raconte divers événements qui s’y sont déroulés.

Par exemple, c’est là que les patriarches et les matriarches ont été enterrés, et cents ici que les histoires du roi David et du livre de Ruth ont eu lieu.»

Le livre qui décrit dans le détail l’organisation de la vie en communauté oublie,

néglige cependant un détail: les voisins palestiniens de Shulamit n’ont pas les mêmes droits que les membres de sa famille.

La seule mention de ce fait pourtant peu anodin tient en quatre mots à la fin d’une phrase: «Les 1,7 millions à 2,9 millions de Palestiniens qui vivent dans la région de Judée et Samarie ne sont pas des citoyens israéliens».

                  UN COMBAT POUR LA MÉMOIRE 

Pour Ben-Amos il s’agit d’une forme de «déni interprétatif» tout à fait conscient.

Dans la plupart des ouvrages, le contrôle juif des territoires et le statut inférieur des Palestiniens apparaissent comme une situation naturelle et évidente à laquelle on n’a pas à penser.

Or cela n’a pas toujours été le cas. 

La première édition du principal manuel d’éducation civique du pays abordait ainsi en détail le récit israélien sur l’occupation.

Utilisé pendant 15 ans, il a ensuite été réécrit au profit d’une version qui ne mentionne pas les droits limités des Palestiniens en Cisjordanie.

La question du conflit et de la colonisation ayant été réduite à quelques phrases par des ministères de l’Éducation orientés à droite.

De m’a même façon le gouvernement, entre 2001 et 2006, s’est également opposé aux tentatives d’enseigner le récit palestinien.

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Le professeur considère que le message véhiculé par les manuels scolaires dans les 30 premières année après 1967 s’apparente à «une lente intériorisation de l’importance de la guerre», tous les livres d’histoire ne cessant de célébrer «la grande victoire».

Ces deux dernières décennies, une reconnaissance limitée de l’occupation est apparue,

mais avec un déni de ses répercussions. 

Certains des manuels d’histoire qu’il a examinés se terminent en 1970. 

Ce qui suggèrerait «un désir d’éviter de traiter d’un passé plus récent qui pourrait être controversé.

               DE LA CARTE AUX TERRITOIRES

Concernant la géographie qui n’est pas une matière obligatoire, Ben-Amos a constaté que les manuels n’ignorent pas complètement le conflit israélo-palestiniens autour des frontières,

mais évite soigneusement de parler des inégalités de l’affrontement et de la violence a l’œuvre.

l’Ancien Testament est quant à lui souvent convoqué dans le débat pour justifier les racines du peuple et de la culture Israélienne au sein des régions de Judée et Samarie.

Les cartes des manuels de géographie décrivent la zone entre la mer Méditerranée et le Jourdain comme un espace unifié, parfois semé de quelques taches brunes marquant la zone A régie par l’autorité palestinienne.

«L’approche transmise aux étudiants est qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre ce qui se passe au-delà de la ligne verte et la réalité à l’intérieur de la ligne; qu’il s’agit d’une continuation géographique et historique naturelle» affirme l’historien.

Pour lui ces «absences» et la vision du conflit qui en découle sont liés à une forme d’autocensure des autorités éducatives. 

En l’absence de directives claires, personne ne veut être mis sur liste noire et dénoncé 

- sort réservé aux enseignants et éditeurs qui tentaient de véhiculer un message plus nuancé.

«Ce n’est pas un déni simpliste, affirmant que cette réalité n’existe pas.

C’est un déni plus complexe basé sur le fait que les responsables pédagogiques connaissent la réalité dans les territoires,

mais ne veulent pas ou ne peuvent pas l’admettre» conclue le professeur. 

crédit photos: Photos RNW.org CC BY-ND 2.O

Gariépy Raphaël 11 08 2020

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