DE L'HYDRO-APARTHEID ISRAÉLIEN

Des Palestiniens prennent de l'eau le 27 juin à une source du village de Salfit en Cis-Jordanie.

Les villageois ont vécu sans eau pendant des jours parce qu'un manque chronique d'approvisionnement dû aux autorités d'occupation israéliennes continue de frapper de grandes parties du territoire. (Nedal Eshtayah / APA Images).

Les pénuries d'eau ne sont pas un fait nouveau pour les Palestiniens. 

Que ce soit dans la bande de Gaza ou en Cisjordanie occupées, y compris à Jérusalem Est, la fourniture d'eau dans les foyers palestiniens est sévèrement plafonnée et entravée. 

Alors que la température monte en été, les robinets sont à sec.

Clemens Messerschmid, hydrologue allemand qui a travaillé pendant vingt ans avec les Palestiniens sur leur alimentation en eau, parle cette situation "Hydro-apartheid".

Cette année la journaliste israélienne Samira Hass a publié des données qui prouvent que l'Autorité israélienne de l'eau a réduit la quantité d'eau fournie aux villages de Cis-Jordanie.

Dans certains endroits, l'alimentation en eau a été brutalement réduite de moitié.

Ses comptes rendus contredisent les démentis officiels comme quoi l'alimentation en eau des villes et villages palestiniens est coupée en été, même si cela n´est pas nouveau.

Des villes et des villages ont passé jusqu'à quarante jours sans eau courante cet été, obligeant ceux qui pouvaient se le permettre à faire parvenir des citernes.

Quand Israël a pris la Cisjordanie en 1967, il a aussi pris le contrôle de l'aquifère de la montagne en Cisjordanie, principale réserve d'eau naturelle du territoire. 

Les accords d'Oslo au début des années 1990, ont donné à Israël 80% des réserves de l'aquifère.

Les Palestiniens étaient supposés obtenir les 20% restants, mais ces dernières années, ils n'ont pu avoir accès qu'à 14%, conséquence des restrictions  israéliennes sur leurs forages. 

Pour faire face aux besoins minimum de la population, l'Autorité palestinienne est obligée d'acheter de l'eau à Israël.

Mais même ainsi, ce n'est pas suffisant. 

Israël veut simpleme t vendre une quantité limitée d'eau aux Palestiniens.

En conséquence les Palestiniens utilisent beaucoup moins d'eau que les Israéliens et un bon tiers de moins que l'Organisation Mondiale de la Santé qui sont de100 litres par personne et par jour, pour l'usage domestique, les hôpitaux, les écoles et autres institutions. 

l'Electronic Intifada a parlé avec Clemens Messersschmid, qui travaille dans le secteur de l'eau de la Cisjordanie et la Bande de Gaza depuis 1997, à propos du manque d'eau provoqué pour les Palestiniens. 

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Charlotte Silver : La pénurie d'eau dans la zone est-elle la cause de la crise de l'eau en Cisjordanie ? 

Ou cette pénurie est-elle provoquée ?

Clemens Messerschmid : Bien sûr, il n'y a pas de pénurie d'eau en Cisjordanie.

Ce dont nous souffrons, c'est d'une pénurie induite - cela s'appelle l'occupation. 

C'est le régime imposé aux Palestiniens immédiatement après la guerre de juin 1967.

Israël gouverne via des ordonnances militaires, dont le résultat direct et intentionnel est de maintenir les Palestiniens à cours d'eau.

Il ne s'agit pas d'une dépossession graduelle continue comme avec la terre et les colonies, mais ce fut réalisé d'un seul coup en août 1967 par  l'Ordonnance militaire numéro 92.

La Cisjordanie possède une ample nappe phréatique. 

La pluviosité est élevée à Salfit, au nord de la Cisjordanie, maintenant connue pour ses sévères coupures d'eau. 

La Cisjordanie a la grande chance de posséder un trésor : sa nappe phréatique. 

Mais c'est aussi sa malédiction, parce qu'Israël l'a immédiatement ciblée après avoir pris le contrôle.

Ce dont nous avons besoin est simple : des puits dans la nappe phréatique pour avoir accès à ce trésor. 

Mais l'Ordonnance militaire numéro 158 interdit strictement les forages ou tous autres travaux aquifères, y compris les sources, canalisations, réseaux, stations de pompage, bassins d'irrigation, réservoirs d'eau,

simples citerne de collecte d'eau de pluie qui recueille la pluie qui tombe sur son propre toit.

Tout est interdit ou plutôt rien n'est "autorisé" par l'Administration Civile, régime israélien d'occupation. 

Même réparer et entretenir les puits exige des permis miliaires.

Et nous ne les obtenons tout simplement pas. 

C'est un cas pur et simple d'hydro-apartheid -

qui va bien plus loin que n'importe quel régime dont j'aie eu connaissance dans l'histoire.

CS : Israël a augmenté la quantité d'eau qu'il vend aux Palestiniens, mais cela ne suffit encore pas à empêcher les villages d'être à secs.

Si on laisse de côté le fait que le contrôle des ressources aquifères par Israël est très problématique pourquoi Israël ne vend-il pas suffisamment t d'eau aux Palestiniens ?

CM : Tout d'abord Israël a drastiquement réduit la quantité d'eau disponible pour les Palestiniens. 

Il a empêché tout accès au Jourdain, qui est maintenant littéralement asséché au lac Tibériade.

Et puis, Israël impose un quota sur le nombre des puits et refuse régulièrement les permis pour la réparation plus que nécessaire des vieux puits de l'époque jordanienne - la Jordanie a administré la Cis-Jordanie de 1948 jusqu'à l'occupation israélienne - spécialement les puits agricoles.

Ceci signifie que le nombre des puits diminue constamment. 

Nous en avons moins qu'en 1967.

Maintenant la seule chose qui ait augmenté, c'est la dépendance pour acheter l'eau aux expropriateurs, Israël et Mekorot, compagnie nationale des eaux d'Israël.

Ceci est rapporté encore et encore dans la presse occidentale, parce qu'il s'agit d'un point qu'Israël met en avant : "Voyez comme nous sommes généreux!"

Alors oui, depuis Oslo, les achats à Mekorot ont constamment augmenté. 

Ramallah reçoit maintenant cent pour cent de son eau de Mekorot.

Pas une goutte ne vient d'un champ de captage nous apoartenant.

L'alimentation des villages par Israël n'a pas été réalisé comme une faveur. 

Elle a été initiée en 1980 par Ariel Sharon, Amors ministre de l'agriculture. quand la rapide croissance des colonies a commencé, l'alimentation en eau a été "intégrée" afin de rendre l'occupation irréversible.

Ce qui est important ici, c'est l'apartheid structurel, cimenté et coulé dans le fer de ces canalisations.

Une petite colonie est alimentée via de larges canaux de transmissions d'où partent de petites canalisations vers les zones palestiniennes.

Israël est très heureux d'Oslo, parce que maintenant les Palestiniens sont "responsables" de leur approvisionnement.

Responsables mais sans une once de souveraineté sur les ressources. 

L'actuelle soit-disant crise de l'eau n'est pas une crise du tout. 

Une crise, c'est un changement soudain, un tournant nouveau ou un virage dans un développement.

La sous-alimentation des Palestiniens est souhaitée, planifiée et soigneusement exécutée.

La "crise estivale de l'eau " est la caractéristique la plus sûre du calendrier palestinien de l'eau. 

Et le taux de pluie, ou de sécheresse, annuelle n'a aucune portée quelle qu'elle soit sur l'occurrence ou l'importance de cette "crise".

Je devrais souligner que, quelque que soit la régularité de cette situation, chaque fois sans exception, c'est le fait d'une décision consciente de quelque bureaucrate ou quelque bureau en Israël ou de l'Administration Civile. 

Quelqu'un n'a qu'à aller sur place et fermer la valve au point de jonction vers le village palestinien.

Comme tous les étés, c'est ce qui a été fait en juin, d'où la crise de l'eau en Cisjordanie.

CS : Quels facteurs peuvent-ils contribuer à l'aggravation des coupures d'eau cette année ?

CM : Il semble que les exigences des colons ont augmenté drastiquement l'année dernière.

L'Autorité israélienne de l'Eau a eu 20 à 40% de demandes supplémentaires, ce qui est tout à fait remarquable.  

Alexander Kushnir, directeur général de l'Administration des Eaux, attribue ce fait à l'expansion de l'irrigation coloniale dans les montagnes des colonies du nord de la Cisjordanie, autour de Salfit et de Naplouse. 

CS : Comment de fait-il qu'on dise que dans l'Israël d'aujourd'hui, les gens bénéficient d'un surplus d'eau depuis que le pays a commencé à utilisé la déstalinisation, tandis que les gens sous occupation én Cisjordanie, sont laissés avec si peu ? On dit que même les colons israéliens souffrent parfois de coupures d'eau.

CM : Il est vrai qu'Israël a déclaré pour la premiète fois, il y a quelques années, qu'il avait économisé un surplus d'eau et qu'il souhaitait vendre plus d'eau à ses voisins, qu'il avait tout d'abord expropriés de leur eau. 

Les Palestiniens achètent déjà de l'eau qu'Israël a volée, mais comme on l'a remarqué, ni de façon fiable ni en quantité suffisante. 

Franchement, je ne sais pas. 

Pourquoi ce désir particulier, fort et aggravé, de ne pas même pas vendre assez d'eau à la Cisjordanie ?

Dans certaines zones, l'eau est activement utilisée comme une arme pour le nettoyage ethnique, comme dans la Vallée du Jourdain. 

L'agriculture a toujours été une cible depuis le premier jour de l'occupation.

Mais cette logique ne s'applique pas aux villes palestiniennes densément peuplées et aux cités de l'ainsi nommée Zone A de Cisjordanie, qui lutte encore. 

Vingt ans après, ceci me laisse pantois.

Un autre élément est important à comprendre : Israël a besoin d'apprendre constamment quelque chose aux Palestiniens. 

Toute fourniture d'eau, la moindre goutte livrée devrait être perçue comme une faveur généreuse, comme un acte de pitie, pas comme un droit. 

Israël a augmenté ses ventes d'eau à la Cis-jordanie de 25 millions de mètres cubes par an en 1995 à environ 60 mètres cubes par an maintenant.

Pourquoi ne lui en vend-il pas beaucoup plus ?

Il pourrait certainement se le permettre sans danger, il a un surplus gigantesque.

L'une des questions matérielles que je peux déceler est la question du prix, et donc celui de l'eau.

Israël veut en fin de compte obtenir le prix le plus haut pour l'eau désalinisée qu'il vend aux Palestiniens. 

Tandis que nous parlons simplement de quelques centaines de millions de shekels (quelques dizaines de millions de dollars) - ce qui n'est pas grand chose pour Israël - Israël veut mettre fin une bonne fois pour toutes au débat sur les droits à l'eau des Palestiniens. 

Israël n'exige rien, si ce n'est une reddition totale : les Palestiniens devraient accepter que l'eau qui est sous leurs pieds ne leur appartienne pas, mais appartienne pour toujours à l'occupant.

En exigeant des prix élevés pour l'eau désalinisée, les Palestiniens admettraient et accepteraient une nouvelle formule.

Un mot sur la bande de Gaza, contrairement à la Cisjordanie, Gaza n'a aucune possibilité physique d'accéder à l'eau.

La Bande confinée et densément peuplée ne peut jamais s'auto-approvisionner.

Pourtant Gaza, ne bénéficie pas de telles livraisons d'eau par Israël. 

Ce n'est que récemment qu'Israël a commencé à vendre à Gaza les cinq millions de mètres cubes d'eau par an décidés à Oslo.

Une minuscule augmentation cosmétique a été décrétée.

D'une certaine façon, vous pourriez interpréter cette différence de traitement entre Gaza et la Cisjordanie comme l'acceptation par Israël d'un certain degré de dépendance hydrologique.

Israël reçoit la plupart de son eau des territoires conquis en 1967, y compris des Hauteurs du Golan syrien, mais pas une goutte de Gaza.

Concernant l'eau, Gaza n'a aucune ressource à offrir à Israël.

C'est la même chose qu'avec la principale ressource: la terre.

D'où une approche très différente des droits de Gaza depuis le début en 1967.

Israël ne dépend de Gaza pour rien en matériel. 

Toujours depuis Osolo, Israël a exigé de Gaza qu'elle se suffise à elle-même, comme par exemple par la désalinisation de l'eau de mer.

CS : Quel a été le rôle des donateurs dans tout cela ?

Ont-il défendu les standards mondiaux minimum pour l'eau, ou ont-ils confirmé et soutenu le contrôle par Israël des ressources en eau de la  Cisjordanie occupée ?

CM : Malheureusement, la seconde attitude.

Quand Oslo a démarré, nous avions tous l'illusion qu'une phase de développement allait commencer. 

Des puits de forage interdits depuis 18 ans seraient enfin mis en place.

Bientôt, nous avons appris qu'en fait Israël ne voudrait jamais donner de "permis ... pour l'expansion de l'agriculture et de l'industrie, ce qui les mettraient en concurrence avec l'État d'Israël" comme Itzhak Rabbin, alors ministre de La Défense, l'a dit en 1986. 

Ce dont on avait besoin alors et maintenant - et tout le monde le savait - c'était d'une pression politique pour arracher le minimum de permis de forage de puits garanti par les accords palestino-israéliens.

Cette pression n'est jamais venue. 

Et ni l'UE, ni mon gouvernement allemand n'ont émis ne serait-ce qu'un communiqué public dans lequel ils auraient "déploré" ou "regretté" les instructions dans le secteur de l'eau. 

C'est un véritable scandale.

Mais pire encore, quelle fut notre réponse occidentale ?

Tous les projets financés par des donateurs ont en réalité abandonné la branche vitale de forage de puits. 

Le dernier puits financé par l'Allemagne a été foré en 1999. 

Quant à l'actuelle soi-disant crise de l'eau, nous, en tant que donateurs, nous occupons à financer généreusement la livraison d'anachroniques citernes d'eau aux villes et Cités palestiniennes victimes de coupures - nous adaptant ét stabilisant le statu quo de l'occupation et de l'apartheid de l'eau.

Charlotte Silver, The Electronic Intifada, 1 août 2016.

Traduction J, Ch. pour l'Agence Médias Palestine.

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Choix, découpages, E'M.C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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