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Palestine

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Billet de blog 17 février 2016

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À l'occasion de rencontres pour la promotion de ce livre, j'ai été invité à l'université d'El Kouds (1), située dans les territoires occupés, à proximité de Jérusalem.

                            HUÉES

Lors des échanges qui ont accompagné ma conférence, j'ai été vigoureusement interpellé :

comment, après avoir écrit ce récit qui sape les mythes du sionisme et déligitime son entreprise de colonisation, puis continuer à vivre en Israël, et à exiger sa reconnaissance par les Palestiniens? 

Poussé dans mes retranchements, j'ai spontanément répondu que l'enfant né d'un    viol  a tout de même, lui aussi, le droit de vivre.

              TRAGÉDIE ACCOUCHEUSE

On ne corrige pas une tragédie en en créant une nouvelle.

                TRAITER LE TRAUMA 

Il nous incombe de faire prendre conscience à l'enfant des circonstances de sa naissance, et de l'empêcher de reproduire les agissements de son père.

Le problème dans le conflit du Moyen-Orient, réside effectivement dans ce que le descendant prolonge et renouvelle les actes qui ont présidé à sa naissance; de ce fait, les chances d'un compromis historique ne cessent de s'amenuiser.

    LA "TOURNÉE"PROMOTIONNELLE

La publication de la version française du livre m'a également conduit à entreprendre une "tournée" harassante de promotion, dans plusieurs villes.

              LE BOYCOTT DES TÉNORS

Curieusement, alors même que la grande presse parisienne (Le Monde, Le Figaro, Libération...) ne lui a pas consacré le moindre compte-rendu (seul Le Monde Diplomatique, Lire et Daniel Mermet, sur France Inter, osèrent le présenter, suivi un peu plus tard par Books et Le Nouvel Observateur, un public nombreux est venu assister aux conferences et le livre a connu un très notable succès de librairie.

                           LE PUBLIC

Les questions soulevées par le public français furent passionnantes et parfois embarrassantes.

Le public que j'ai rencontré est fréquemment revenu, avec insistance, sur deux points problématiques :

dois-je être défini comme négateur du peuple juif?

et le judaïsme est-il, à mes yeux, une religion, auquel cas, comment expliquer l'existence    d'une identité juive laïque ?

    MÉSUSAGE(S) DU TERME "PEUPLE"

Les juifs, selon moi, ne constituent pas un peuple; en effet, dans l'acception moderne du terme, un peuple désigne un groupe humain vivant sur un territoire spécifique où s'est développée une culture quotidienne commune à l'ensemble, de la langue parlée aux coutumes et modes de vie.

Ainsi peut-on parler, aujourd'hui, du peuple français, italien ou vietnamien, et non pas d'un peuple juif ou chrétien, malgré le poids et l'importance des traditions religieuses.

Un autre usage, généralement inapproprié, du terme "peuple", concerne son application à un groupe humain relevant d'une origine commune.

                  RECOURS DOUTEUX

Là encore, le recours au terme "peuple juif" se révèle impropre selon moi, comme ce livre tend  à le démontrer.

               "PLURALITÉ D'ORINES"

La présence  juive dans l'histoire résulte du dynamisme d'une religion qui s'est répandue dans le monde de l'Antiquité et du Moyen-Âge, ce qui confère aux juifs une grande pluralité d'origines.

        AIMANTATION IMMIGRATOIRE

Ceux qui, de façon erronée, s'en tiennent à la notion de "peuple juif" et sont conduits à lui reconnaître un droit sur sa "terre ancestrale" compromettent, de fait, la reconnaissance effective du peuple israélien, ou judéo-israélien, dans les frontières de 1967, en ce qui laisse sous-entendre que tous les juifs du monde ont vocation à venir s'installer sur tout le territoire mythique appelé "Eretz Israël".

                     DEUX PEUPLES

Aussi étrange que cela puisse paraître, l'entreprise de colonisation sioniste a créé deux peuples au Moyen-Orient : le palestinien et l'israélien.

À la suite d'un parcours douloureux, elle a été contrainte de reconnaître le premier, du bout des lèvres, tandis qu'elle dénie l'existence, en tant que tel, du second, convergeant ainsi avec une expression du nationalisme arabe qui conteste le droit des Israéliens à une existence souveraine au Moyen-Orient. 

Si les juifs ne constituent pas un peuple mais se définissent par la religion qui est la leur, que  dire, dans ce cas des juifs laïcs ?

Bien que, selon moi, aucune culture commune à un peuple juif, à l'échelle du monde entier, n'ait existé ni dans le passé, ni dans le présent, cela ne signifie pas pour autant qu'il faille nier l'existence d'identités subjectives, quand bien même elles seraient dépourvues d'étai anthropologique, linguistique ou autre.

Il serait stupide après Hitler et le nazisme, de dénier à quiconque le besoin de se définir comme juif.

               SOUTIEN (NÉ)CECITEUX

De même, il serait vain de récuser l'idée d'une solidarité juive, même si l'on peut remarquer qu'elle ne s'est pas véritablement manifestée lors des deux guerres mondiales, et qu'elle s'exprime, aujourd'hui, pour une grande part, sous la forme d'un soutien aveugle au militarisme israélien.

(...)

                       INDIGNATION

Toutefois, d'un point de vue moral et politique, comment ne pas rejeter avec indignation une identité qui cherche, à tout prix, à se différencier de l'autre, et en l'occurrence, du non-juif !

               CRIBLE  IDENTITAIRE 

Comment ne pas réfuter une identité qui fixe,   de façon déterministe, qui est juif, et refuse de reconnaître le droit d'un homme à se définir comme il l'entend !

                 DIFFÉRIENCIALISME

Et, s'agissant d'Israël, comment ne pas récuser la solidarité de la majorité juive qui s'obstine à vouloir se différencier de la minorité non juive à laquelle elle fait subir une ségrégation, et, au nom d'un passé imaginaire, dépouille de leur terre ceux qui vivent sous son occupation militaire !

                         SÉPARATISME

Le racisme et le séparatisme juifs d'aujourd'hui ne résultent pas uniquement des persécutions et des souffrances subies; ils se nourrissent, copieusement, de mythologies et d'historiographies ethnocentristes qui, venues de loin, continuent de façonner la mémoire collective.

         DÉFECTION DES PROFESSEURS

Rares sont en Israël, hélas, les professeurs d'histoire qui assument cette mission pédagogique "à haut risque" : dévoiler les mensonges convenus sur le passé.

C'est pourquoi, il m'était de plus en plus difficile de continuer à vivre en Israël sans écrire ce livre.

Je ne pense pas que les livres puissent changer   le monde, mais je crois que lorsque le monde commence à changer, il cherche des livres nouveaux.

Tout en voulant me garder de pécher par naïveté ou par orgueil, j'ai l'espoir que celui-ci sera du nombre.

                                     •

Comment le peuple juif fut inventé, Shlomo Sand, Flammarion, 2008, 2910.

                                      •

Note (1): El-Kouds, altération du nom arabe, d'El-Qods.

Choix, découpage, intertitres, E'M.C.

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