" LE MOUSTIQUE "

Le moustique, je ne connais pas le nom de sa femelle, est plus meurtrier que les commérages.

Non content de sucer ton sang, il te jette dans une bataille absurde.

Il ne rend visite que dans la nuit, ainsi que la fièvre à Mutanabbi.

Il bourdonne et vrombit tel l'avion de combat que tu n'entends qu'une fois la cible atteinte.

Ton sang est la cible.

Tu allumes pour le voir, il disparaît dans le coin de la pièce et de ta hantise pour se poser sur le mur...

Confiant, pacifique, comme résigné.

Tu essayes de l'écraser avec ta chaussure, il te feinte, t'échappe et réapparaît, arrogant.

Tu l'insulte à haute voix, mais il n'en a cure.

Tu négocies une trêve d'une voix aimable : Dors que je dormes !

Tu crois l'avoir convaincu, tu éteins et te rendors.

Mais ayant sucé encore ton sang, il recommence à bourdonner annonçant un nouveau raid.

Il t'accule à l'insomnie dans une bataille collatérale.

Tu rallumes et tu te bats contre l'insomnie et lui, par la lecture.

Mais le moustique se pose sur la page que tu lis.

Tu te réjouis en ton for intérieur : il est pris au piège.

D'un coup, tu refermes avec force le livre : je l'ai eu ... Je l'ai eu !

Mais quand tu rouvres le livre pour jouir de ta victoire, tu ne trouves ni le moustique, ni les mots.

Tes pages sont blanches !

Le moustique, et je ne connais pas le nom de sa femelle, n'est ni métonymie, ni rhétorique, ni euphémisme.

C'est un insecte qui aime ton sang et le flaire à vingt lieues.

Et le seul moyen de conclure une trêve avec lui, c'est de changer de groupe sanguin.

Mahmud Darwich.

                 -------         -------       -------

Publié par E'M.C. dans La Cigogne, numéro 102, septembre-octobre 2010.

Choix et découpage d'El'Mehdi Chaïbeddera


Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.