ALLEZ À GAZA ET CRIEZ «PLUS JAMAIS ÇA!» (1)

Les dizaines de chefs d’Etats qui sont arrivés en Israël hier se souviennent peut-être mais ils gomment le présent.

En se taisant,

en détournent leurs yeux de la réalité tout en s’alignant de manière inconditionnelle sur les positions d’Israël,

ils ne manquent pas seulement à leurs devoir, ils trahissent aussi la mémoire du passé au nom duquel ils sont ici. 

Être reçus en Israël sans faire mention de ses crimes,

commémorer l’holocauste tout en ignorant les leçons a en tirer,

visiter Jérusalem sans aller dans le ghetto qu’est Gaza, lors de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste,

il est difficile de trouver plus grande hypocrisie. 

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C’est une bonne chose que les rois, président et autres notables viennent ici en l’honneur de cette journée du souvenir.

Il est déplorable qu’ils ignorent ce que les victimes de l’Holocauste infligent à une autre nation. 

La ville de Yerevan ne sera jamais témoin d’un tel rassemblement pour commémorer l’Holocauste arménien.

Les dirigeants du monde n’iront jamais à Kigali pour commémorer le génocide qui s’est produit au Rwanda.

L’Holocauste est en effet le plus grand crime jamais perpétré contre l’humanité,

mais ce n’est pas le seul. 

Mais les Juifs et Israël savent bien comment sanctifier sa mémoire,

ainsi que comment l’utiliser à ses propres fins. 

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En cette journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, les dirigeants du monde sont les invités d’un premier ministre israélien, 

qui, à la veille de leur arrivée, 

a demandé des sanctions, 

croyez-le ou non, 

contre la Cour Pénale internationale de la Haye,

héritage des tribunaux mis en place pour juger les crimes de la deuxième guerre mondiale. 

En cette journée du souvenir ils viennent rencontrer un premier ministre qui essaie de les pousser à se positionner contre la Cour de la Haye.

 Il est difficile d’imaginer utilisation de l’Holocauste plus scandaleuse que celle-ci.

Il est difficile de concevoir plus grande trahison de sa mémoire qu’en tentant de discréditer la Cour de la Haye,

seulement parce qu’elle tente de remplir son rôle en enquêtant sur Jérusalem.

Certains d’entre eux seront peut-être convaincus que le problème se situe à la Haye et non à Jérusalem.

Qu’il faut sanctionner la Cour plutôt que l’État occupant. 

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Gidéon Levy, vendredi 24 janvier 2020. 

 

 

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