Professeur Cyclope, bon pied bon oeil

Aujourd’hui, la bande dessinée s’invite et s’invente sur vos écrans. La promesse est intéressante et le défi de taille : créer sur Internet ce que furent Pilote, A Suivre… ou Métal Hurlant en leur temps et sur le papier. Osons le jeu de mots, Professeur Cyclope propose un regard unique sur la manière de faire de la bande dessinée en ligne.

Aujourd’hui, la bande dessinée s’invite et s’invente sur vos écrans. La promesse est intéressante et le défi de taille : créer sur Internet ce que furent Pilote, A Suivre… ou Métal Hurlant en leur temps et sur le papier. Osons le jeu de mots, Professeur Cyclope propose un regard unique sur la manière de faire de la bande dessinée en ligne.

 

Le projet est ambitieux : à la suite de Mauvais Esprit, 8 Comix ou BD Nag, quelques mois après l’arrêt de la bd novella Les Autres Gens de Thomas Cadène et avant l’arrivée prévue en septembre prochain de La Revue Dessinée, Professeur Cyclope a ouvert son oeil il y a une semaine. Initiative de création entièrement numérique, le site propose non pas un mais des contenus inédits, des feuilletons, des séries, des histoires courtes, des strips, des prépublications. Ce nouveau site se veut un terrain de jeu pour des auteurs en recherche de nouveaux modes d’expression

Aux origines, un collectif d’auteurs, dont Gwen de Bonneval, Brüno, Hervé Tanquerelle, Cyril Pedrosa et Fabien Vehlmann. Auxquels il faut ajouter Marine Blandin, Hervé Bourhis, Marion Montaigne, Anouk Ricard et bien d’autres. Dans ce premier numéro (dont une version gratuite est disponible sur le site de leur partenaire), neuf créations (strips animaliers à l’humour corrosif, roman du quotidien, absurde…), autant de regards sur un site unique ; et une diversité qui fait plaisir à lire et à voir. L’ergonomie et la mise en page (en scrolling horizontal ou vertical, en page à page) ont été étudiées pour un grand confort de lecture. Le résultat est plus que séduisant et très attractif. 

Mais derrière le postulat de la création, un but également avoué, celui de procurer une exposition aux auteurs et de les rémunérer directement pour leur participation. En s’affranchissant d’un éditeur ou d’un diffuseur traditionnel comme dans le cas souvent de la bd papier. Le projet se fait donc laboratoire à l’heure des discussions entre les auteurs et les éditeurs sur l'épineuse question du contrat d'édition. Car parler de création et de diffusion numériques ramène invariablement à poser la question des droits d’auteurs et de la reconnaissance du travail des graphistes, dessinateurs, scénaristes, illustrateurs. Dans cet esprit, Professeur Cyclope propose donc un fonctionnement par abonnement, là où nombre d’auteurs en passent par une diffusion gratuite de leurs œuvres sur des blogs, des sites communautaires. 

A plus d’un titre, Professeur Cyclope est donc novateur, le site entend toucher directement un lectorat bd et technophile, se proposant d’être une alternative accessible sur différents supports numériques, avec pour crédos l’indépendance, l’exigence et la qualité. 

Il est bien évidemment trop tôt pour présager du succès ou non de cette formule, mais il faut saluer l’initiative : les fondateurs du mensuel Professeur Cyclope (comme ceux de l’hebdo Mauvais Esprit) tentent de trouver une voie qui permette d’inventer, de créer tout en étant économiquement viable. Comme un écho avec l’actualité récente et les débats opposant les adeptes du « tout gratuit » aux tenants du « moyennant finances » sur Internet, les échanges entre Google et les éditeurs de presse et les diffuseurs de contenus au sens large ayant montré toute la difficulté de résoudre l’équation. Thomas Cadène avait été un des pionniers, après des années à se demander « quel futur pour la BD numérique ? », on ne peut regarder ce Professeur Cyclope que d'un bon oeil.

 

  • Professeur Cyclope, Mensuel de bandes dessinées et fiction numériques (Crédits images : © Professeur Cyclope / Silicomix)

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