Canardo et l'inconnue du lac

Ce n’est pas une nouveauté : il y a toujours quelque chose de pourri au Grand-Duché du Belgambourg. Et Canardo va devoir plus que jamais nager en eaux troubles s’il veut mener à bien sa 23ème enquête : Mort sur le lac.

Ce n’est pas une nouveauté : il y a toujours quelque chose de pourri au Grand-Duché du Belgambourg. Et Canardo va devoir plus que jamais nager en eaux troubles s’il veut mener à bien sa 23ème enquête : Mort sur le lac.

Critique. Paradis fiscal et enfer de cynisme, le Belgambourg est en proie à une immigration lacustre et clandestine non contrôlée : des jeunes femmes (des chômeuses wallonnes pour la plupart) affluent en nombre depuis la Belgique voisine. Ce qui n’est pas sans heurter (le mot est faible) la sensibilité de la Grande-Duchesse qui n’est pas contre l’immigration massive quand elle est le fait de candides exilés fiscaux mais est beaucoup moins ouverte lorsqu’il s’agit de migrants désargentés. Pire, la dirigeante du petit état craint les pires répercussions sur le tourisme balnéaire si d’aventure la prostitution et le travail au noir se généralisaient, sans compter que les candidates à la grande traversée ont une fâcheuse tendance à mourir en chemin.

Benoît Sokal nous revient très en verve avec cette nouvelle enquête du palmipède détective en loden à la Mike Hammer et à l’impassibilité imbibée d’un Philip Marlowe. Traînant comme toujours son regard désabusé sur le monde et ses contemporains, Canardo va se jeter bec en avant dans la bataille pour la vérité. Mais derrière le canard qui enquête, il y a un Benoît Sokal très inspiré qui prend la fable anthropomorphe très au sérieux : Mort sur le lac (em)brasse des thèmes très actuels tels que l’immigration clandestine, la prostitution, les réseaux de passeurs maritimes et l’exil économique – dont les raisons profondes diffèrent selon que l’on est puissant ou misérable.

Flanqué de l’inénarrable ex-commissaire Garenni et d’un curieux reporter à « Walloniapart » (sic), Canardo se met en quête du passé d’une mystérieuse et splendide inconnue laissée pour morte en pâture aux anguilles dans les eaux du lac Belga. Une amnésique dont le corps porte encore les traces de son passé récent, corps qui ne laisse pas l'animal indifférent : on a beau être un canard, on n’en est pas moins homme…

Savoureux, drôle et grinçant, Mort sur le lac est un excellent cru, porté par le scénario sans faille de Sokal et servi par le dessin irréprochable de Pascal Reignauld. Riche en rebondissements, avec un sous-texte très actuel, cette nouvelle aventure de Canardo est à consommer sans modération. En attendant le dénouement dans le prochain épisode.

 












  • Canardo, T23, Mort sur le lac, 48 pages couleur, éditions Casterman (collection Ligne Rouge), 11,50€.



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