L'économie sociale et solidaire constitue-t-elle une réelle alternative au capitalisme ou est-elle condamnée à lui être subordonnée, à en être un faire-valoir ? Nous en avons débattu avec Laurent Fraisse, Madeleine Hersent et Alain Lipietz (lien son et vidéo en fin d'article).

 

Les mouvements alternatifs ou contestataires se sont souvent constitués et érigés, directement ou indirectement, en opposition à l’hégémonie du système capitaliste. Cependant, au fur et à mesure de leur apparition et de leur succès, le capitalisme est parvenu non seulement à leur résister, mais à les récupérer, à les intégrer à son tour, pour s’en faire une vertueuse plus-value.

Ce processus est frappant concernant la protection de l’environnement ou du vivant, nouveaux mots-fétiches, totems officiels - assez inefficients, au demeurant. Pourtant, les problèmes qu’ils désignent et recouvrent ont été, pour l’essentiel, créés et entretenus par le système capitaliste lui-même. Nous aimerions analyser ce type de processus à propos de l’économie sociale et solidaire : constitue-t-elle une réelle alternative au modèle dominant, ou est-elle condamnée à devenir une nouvelle cerise sur le même gâteau ?

 

6èmeséance de notre séminaire, avec :

 

Laurent Fraisse, socio-économiste, membre du Laboratoire interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE / CNAM-CNRS) et du Centre de recherche et d’information sur la démocratie et l’autonomie (CRIDA). Il est notamment l'auteur de l'ouvrage collectif Pour une autre économie publié par Alternatives économiques (2010).

 

Madeleine Hersent, consultante et chercheuse, co-fondatrice de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) et du Mouvement pour l’économie solidaire (MES), elle dirige depuis 1983 l'Agence pour le développement de l'économique locale (ADEL).


et Alain Lipietz, économiste, membre d'Europe Ecologie - Les Verts (EELV) et de la Fondation Copernic, il a notamment publié Pour le tiers secteur. L'économie sociale et solidaire : pourquoi, comment (La Découverte - La Documentation française, 2001) - voir son site personnel.

 

La séance a eu lieu le 12 février 2013. Les enregistrements sonores et vidéos sont consultables à ce lien.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

L'hégémonie du capitalisme sur la société, empêche de voir une partie importante de l'économie réelle. Pour les néo-libéraux  le capitalisme est présenté comme le seul modèle possible.There is no alternative (TINA, « il n'y a pas de solution alternative » en français) martelait Margareth Thatcher  signifiant que la mondialisation, le marché et le capitalisme  sont des phénomènes indispensables et bénéfiques et que tout régime qui prend une autre voie court à l'échec.

Comme le souligne mon maître de recherche Jean-Louis Laville, cette prétention est aujourd'hui très contestée, en particulier par le mouvement de l'altermondialisation. (Dictionnaire de l'autre économie avec Antonio David Cattani, Desclée de Brouwer, 2005, 364 p.). L'économie sociale et solidaire ne se réduit pas à la seule critique du capitalisme, elle est en capacité de produire des propositions concrètes pour promouvoir plus de solidarité et de démocratie, ce dont le capitalisme est totalement étranger voire hostile.L'économie domestique, l'économie sociale et solidaire apportent leurs contributions respectives indispensables, dès lors qu'une économie réduite au  seul capitalisme s'avère nuisible et dangereuse et dont il a  été prouvé ses dernières années, la vacuité et les limites: celle d'une marchandisation poussée à l'extrême.Ce qui n'est ni favorable à l'environnement ni au développement du bien-être humain.

Je profite de ce commentaire pour saluer Laurent Fraisse qui fut membre du jury lors de mon Master II au CNAM (2006)