L’individu comme un des axes de la critique du capitalisme

Un livre d'ATTAC, Le capitalisme contre les individus. Repères altermondialistes remettant l'individu au cœur de la critique sociale : une nouveauté dans la galaxie altermondialiste. Le sixième titre de la collection « Petite Encyclopédie Critique » des éditions Textuel...

Un livre d'ATTAC, Le capitalisme contre les individus. Repères altermondialistes remettant l'individu au cœur de la critique sociale : une nouveauté dans la galaxie altermondialiste. Le sixième titre de la collection « Petite Encyclopédie Critique » des éditions Textuel...

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L'individu comme un des axes de la critique du capitalisme

 

 

Par Claude Calame, Christine Castejon, Philippe Corcuff, Jacqueline Pénit-Soria et Stéphanie Treillet

 

 

« C'est la faute à l'individualisme », « Le néolibéralisme c'est la promotion de l'individu », « L'individualisme aujourd'hui fait perdre le sens du collectif », « Il faut opposer la solidarité à l'individualisme »... : combien de fois n'a-t-on pas entendu des militants et sympathisants des différentes couleurs de la gauche et des mouvements sociaux, dans des réunions publiques ou des échanges informels, tenir de tels propos ! Or ce type de vision des choses, trop unilatérale, laisse entendre que la droite et le capitalisme auraient une sorte de monopole de l'individu. Notre livre Le capitalisme contre les individus. Repères altermondialistes, issudes travaux du groupe « Individualisme contemporain » d'ATTAC France, prend le contre-pied de ces préjugés, en faisant de l'individualité un des axes (avec la question sociale, la question écologiste et la question démocratique1) de la critique actuelle du capitalisme, et en proposant de repenser l'articulation de l'individuel et du collectif.

 

Mais une réévaluation altermondialiste de l'individu comme pôle de la critique sociale et, partant, de l'émancipation suppose une redéfinition des termes du débat, dans au moins cinq directions :

 

1) Les penseurs socialistes historiques ont souvent mis tout à la fois l'accent sur l'importance de la question sociale et sur les aspirations de l'individualité, qu'ils s'agissent des anarchistes (Bakounine, Kropotkine, etc.), de Marx (plus individualiste que ne l'ont diffusé une série de lectures marxistes simplificatrices), des syndicalistes révolutionnaires des débuts des Bourses du travail et de la CGT (Pelloutier, Pouget, etc.) ou du socialisme républicain de Jaurès. Toutefois, après la guerre de 1914-1918, la question de l'individu va progressivement s'effacer du premier plan des gauches, en particulier en France, au profit d'une exclusivité de thèmes plus « collectivistes », sauf dans les courants libertaires, féministes ou écologistes qui ont continué à lui donner davantage de place.

 

2) Nous n'appréhendons pas les individus comme étant animés par le seul goût égoïste du profit et de ce fait en concurrence féroce les uns avec les autres. Nous récusons l'« individualisme méthodologique » de l'économie néolibérale ne voyant la société que comme la simple agrégation de comportements individuels séparés. Nous avons une approche relationnaliste de l'individu, qui est toujours pour nous fabriqué dans le cours de relations sociales et historiques. Nous défendons un relationnalisme méthodologique.

 

3) L'individualisme contemporain est né de facteurs pluriels (individualisme marchand certes, mais aussi consolidation des intimités personnelles, dynamique des droits individuels ou transformations de la famille patriarcale). Et sur fond d'un long processus d'individualisation amorcé à la Renaissance et accentué au siècle des Lumières, d'abord dans l'aire occidentale, un tel individualisme contemporain s'est développé après la seconde guerre mondiale. Dans ce cadre, l'émancipation de la personne a pu prendre appui sur la définition et l'affirmation des libertés relatives aux droits de l'homme et du citoyen. L'individualisme contemporain n'est donc pas réductible, ni dans les logiques à l'œuvre, ni dans les rythmes temporels concernés, à la phase néolibérale plus récente du capitalisme, même si celle-ci contribue à une certaine individualisation.

 

4) Le capitalisme néolibéral peut être critiqué non seulement au nom d'exigences de solidarité, mais aussi d'aspirations à l'autonomie, à la reconnaissance et à la créativité individuelles. Les individus constitués en tant que personnes sont particulièrement brimés et blessés à notre époque : stress et souffrance au travail (débouchant parfois sur l'extrême du suicide comme à France Télécom) propres au management néocapitaliste, déstabilisation néolibérale des « supports sociaux » de l'autonomie individuelle (État social, services publics, statut salarial....) dans la précarisation généralisée, ou frustrations associées à la consommation marchande. On a pu ainsi mettre en cause le projet sarkozyste sur les retraites au nom d'une alliance de la justice sociale et de l'individualité (voir le texte « Contre-réforme Sarkozy : retrait(e) de l'individu », Le Monde.fr, 17 septembre 2010, repris sur Mediapart, 21 septembre 2010).

 

5) Nous proposons d'analyser l'individualisme contemporain de façon tout à la fois compréhensive et critique, dans ses ambivalences, dans ses aspects positifs et négatifs. Il a pour nous une double face : certes des aspects destructeurs pour les sociétés (recul des liens sociaux et de repères collectifs) comme pour les individus (développement de pathologies narcissiques, notamment), mais aussi des acquis émancipateurs (citoyenneté, élargissement des marges d'autonomie des individus dans la vie quotidienne, développement de l'individu en personne avec son intimité intellectuelle et affective, etc.), en lien avec les mises en cause de la famille patriarcale (féminisme, droits des enfants ou luttes des homosexuel-le-s) et base possible de la construction d'un collectif conscient, porteur d'une libération des sujétions diverses. La perspective à la fois politique, sociologique et anthropologique qui est la nôtre, dans une interdisciplinarité critique, devrait pouvoir alors déboucher sur des propositions rendant possible la construction solidaire d'individus épanouis.

 

Á partir de ces cinq directions, une critique renouvelée du capitalisme comme une perspective rénovée d'émancipation pourraient se déployer. Notre livre développe la partie critique et amorce simplement la partie alternative.

 

L'ouvrage est dédié à notre camarade Albert Richez (1940-2009), philosophe et animateur du groupe « Individualisme contemporain » du Conseil Scientifique d'ATTAC France, qui en est aussi un des co-auteurs.

 

 

Claude Calame, Christine Castejon, Philippe Corcuff, Jacqueline Pénit-Soria et Stéphanie Treillet

 

Notes :

 

1 : Sur ces trois dimensions de l'altermondialisme, voir ATTAC, Manifeste altermondialiste. Construire un monde solidaire, écologique et démocratique, Paris, Mille et une nuits, 2007.

 

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Sommaire du livre

 

Introduction : Vers une approche altermondialiste de l'individualisme contemporain

1 : L'individu en régime néolibéral et les droits sociaux de la personne, par Claude Calame

2 : Une autre individualité : repenser les rapports entre l'individuel et le collectif, par Philippe Corcuff

3 : Individualisation, néocapitalisme et travail : des contradictions porteuses d'avenir, par Christine Castejon

4 : Ambivalences de l'individualisme contemporain dans un monde néolibéral, par Albert Richez

5 : Genre et individualisme, par Stéphanie Treillet et Jacqueline Pénit-Soria

Bibliographie générale commentée

 

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Claude Calame (anthropologue), Christine Castejon (analyste du travail), Philippe Corcuff (sociologue), Jacqueline Pénit-Soria (chercheuse féministe) et Stéphanie Treillet (économiste) sont co-auteur-e-s du livre d'ATTAC, Le capitalisme contre les individus. Repères altermondialistes (éditions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 144 pages, 9,90 euros, septembre 2010). Ils sont membres du groupe « Individualisme contemporain » du Conseil Scientifique d'ATTAC France.

 

 

Pour faire venir un des co-auteur-e-s pour un débat (dans une librairie, un cadre militant ou autre), contacter Juliette Rousseau à ATTAC <juliette@attac.org> ou Eve Bourgois aux éditions Textuel <eve.bourgois@editionstextuel.com> .

 

Les comités locaux d'ATTAC peuvent commander directement le livre à ATTAC à partir de 5 exemplaires à 6,50 euros en envoyant un courriel à attacfr@attac.org (voir les informations sur : http://www.france.attac.org/spip.php?article2132 ).

 

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