LA HAINE

Aux quatre coins de la planète, les néos dictateurs en verve, dopés d’un culte immodéré de leur personnalité, prêchent le despotisme totalitaire du nouvel ordre mondial, sous le haro des foules fascinées, scandant en staccato le nom des nouveaux prophètes de la tyrannie.

La mémoire © René Magritte La mémoire © René Magritte

Pour s'implanter, le Totalitarisme a besoin d'individus isolés et déculturés, déracinés des rapports sociaux organiques, atomisés socialement et poussés à un égoïsme extrême. Hannah Arendt

 

Terreau social des inégalités, la Haine avait étendu ses racines au plus profond des territoires délités sous l’inébranlable érosion des strates politiques, s’acoquinant avec les pires infamies de cette frénétique autocratie. Les valeurs humaines, morales et spirituelles, fleurons d’antan, flirtaient entre survie et désespoir. La loi du plus fort régnait en maître absolu au milieu du chaos. Le chacun pour soi avait pris place à l’aversion de cette nouvelle doctrine, tout ce qui était différent de, devenait élément de suspicion, soumis à la vindicte des pourfendeurs du désordre social. L’instinct de survie ébranlait la véhémence des masses laborieuses.

L’humain avait vendu son âme au diable pour quelques shoots d’adrénaline. Ses plus bas instincts avaient eu raison des grands fondamentaux républicains. Désordre, misère sociale, précarité,  exclusion, pauvreté, dérapages, frictions, affrontements, violences, répressions policières, harcèlements judiciaires, le  puissant et savant cocktail d’une société sacrifiée, au bord du souffre. La Haine avait éconduit l’humanité dans les cordes, bousculant tous les codes de bonne conduite, les barbus venaient de faire un grand retour en fanfare, à grandes embardées de subreptices.

A vrai dire, rien n’avait réellement changé, le cycle infernal de la chienlit. Sous les coups de butoirs de l’ennemi juré, les âmes les plus sensibles s’étaient desséchées. Les cœurs les plus tendres s’étaient racornis, tandis que les plus viles appétences  pourrissaient les idéaux, tapis dans les recoins du quotidien. Tout était allé si vite, que personne n’avait pu voir venir l’ennemi intérieur. La radicalité de l’emprise alliée à la vélocité de la confiscation des affects.

La Haine de soi s’était radicalisée en Haine de l’autre, simple transfert d’émotions négatives. Les déficiences étaient devenues fractales, créant de multiples cessions au sein même de la cohésion sociale, faisant voler en éclats le précaire équilibre de l’harmonie du monde. Moteurs essentiels et providentiels de la nouvelle pensée mondiale, les médias officiels diffusaient la bonne parole des nouvelles Évangiles. Apôtres du sang- sationnel, ils distillaient en continu leurs sonates morbides aux masses hypnotisées, assoiffées de délires irrationnels. Mo-lo-tov ! scandaient les foules en proie à la propagation de pulsions, débordées par cette intangible soif de rage.

Élément de subversion politique de terre brûlée, la Haine, était la conséquence réfléchie et aboutie d’éléments factoriels, presque tous insignifiants, qui, mis bout à bout avaient fait basculer l’intangible. Les états souverains et totalitaires tenaient entre leurs mains, le destin de milliers de citoyens. Santé, Sécurité, Autorité, le nouvel ordre mondial en lieu et place du triptyque républicain. Fermez le ban…

Les nations, les peuples, les races, les religions, les couleurs de peau, pensées et argumentées par la police des mots, étaient devenues fractures multiples forçant l’individualisme, scandées en chants de gloire, par les aficionados du chacun pour soi. Ils avaient semé les graines de la discorde sur un terreau propice, elles avaient germé sous la coupe d’illusionnistes à la langue de bois. D’un revers de marée, le tsunami avait balayé des siècles d’humanité.

HAINE / Hais-Ne /N-Eux / N.Symbole universel du nouvel ordre mondial. Ultime profession de foi de politiques avides d’un pouvoir diabolisé, enchevêtré du côté de l’obscurantisme d’un horizon défait. A haïr ainsi chacun son prochain, survivant avec l’angoisse  de l’amour perdu, les roses n’avaient plus que les épines. L’humain s’était flétri dans l’écornure de ses entrailles.

 Peuples soumis, ivres de frénésie, dopés à coups de slogans barbares. Girouettes manipulées sous le joug de la tyrannie, prostrées en chiens de faïence, en proie aux délires suprêmes. Face au réquisitoire universel des maux, ils avaient tout perdu, Liberté, Égalité, Individualité. Noyés dans la masse, prisonniers dans la nasse de cet univers délavé bordé de barbelés. Ils n’avaient plus rien, ils n’étaient plus personne. Bien pire que le néant qui les avait engloutis dans sa nébuleuse jusqu’à l’authenticité de leurs âmes fécondes.

Mais le cœur de l’homme, énigme pour lui même, demeure inexpugnable…George Orwell -1984

 

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