CROQUIGNOLESQUEMENT VÔTRE…

"Du goudron et des plumes,que l’on m’empaille tout nu au panthéon des Immortels!"

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Les drapeaux en berne cinglaient l’orgueil de la nation en deuil. Incroyable fait d’arme d’un homme de Droite venant de passer l’arme à Gauche ! Les petits anges noirs en pouffaient de rire dans leurs barbichettes démoniaques, nulle farce ne fût plus déjantée !

Pour des adieux solennels en grande pompe, quatre vingt chefs d’États, figés dans des postures protocolaires, prostrés sous les cantiques ronronnant aux lueurs de l’homélie de jours de funérailles. A l’aube du monde, du côté de l’Empire du levant, sous le drapeau tricolore, les gladiateurs des temps modernes arborent un brassard de crêpe sombre, signe kabbalistique pour conjurer le mauvais œil. Pour les dieux du stade, juste une minute de silence à exorciser ou bien tout plaquer !

Cette escapade à l’écart du monde politique l’avait exclus des artifices mondains, mis en sommeil du côté de la routine des jours sans soleil, déambulant dans l’errance des temps écharpés. Le regard perdu sur cette toile vierge, le souffle coupé, il rôde en catimini sur le parvis des Invalides parmi le cortège officiel, tapotant le cul de vaches furtives, se faufilant dans les intrigues et les inextricables mystères en suspensions, inséparables compagnes d’infortune. Burlesque et tragique traversée de la fragilité humaine confrontée aux errances de l’égarement. Une catastrophe qui se déploie progressivement et insidieusement dans les arcanes de ce cauchemar annoncé. La mémoire en gâtine, les neurones délavés par les lueurs de la nuit. Une histoire de vie éparpillée en un infini puzzle à reconstituer. Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.

Incapable d’affronter le réel, plongé dans le vertige abyssal des fantômes qui pourchassent sa vie, fourmillante de truculents personnages. Une plongée en eaux troubles, pris au piège de sa volonté pétrifiée dont la raison lui échappe au travers de l’inexorable décompte de la fuite des instants volages. Comme il s’imagine, une vie perpétuelle quand le ciel se déchire en lambeaux, sans grandiloquence officieuse. Une vie jusqu’à l’infini.

Au revers de son veston de cheviotte, d’élégantes initiales enluminées brodées de fil d’or : J. C.  Jules César, Jésus Christ, Julien Clerc… ? Dernier pied de nez du grand guignol de l’info ! Un ange sympatoche passe sans chichi, une tête de veau sous le bras. « Putain, j’me taperais bien une Corona ! »

« La vie, ce n’est pas seulement respirer, c’est aussi avoir le souffle coupé » Alfred Hitchcock

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