Henri Calet - La Belle Lurette

Il est des livres comme cela qui sont comme une musique de l'âme. Pas une âme pure. Pas une âme brisée. Une âme qu'on n'a pas envie de qualifier. Il faut le lire, comme une rencontre. Un monde - et pas toujours joli joli - et la musique, malgré tout, de ce monde.

Après Bruno Remaury, le défi était lancé à mon libraire... Il n'aurait pas dû me faire lire Remaury, ça allait être dur de trouver mieux. Il trouverait, m'avait-il dit !

C'était au beau milieu de notre tragédie minuscule. Les magasins non essentiels étaient fermés. Librairie en drive. Soutenir son libraire. Lui écrire pour passer commande : un Vuillard que je n'aurais pas lu, et deux autres romans de son choix. Je vous fais découvrir Calet et Bove, m'avait-il répondu.

De Calet, il ne m'a lu alors que trois phrases.


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La suite, j'allais la lire sur un bancs, dehors, instants de liberté, au pied de l'église. Là ni pour faire du sport, ni pour faire des achats. Micro-fraude... Beauté des lieux, froidure et sourires énigmatiques pour qui serait passer.



© Anne Carré



Calet ? Une évidence...

          Sauras-tu jamais ce qui me traverse
          Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
          Sauras-tu jamais ce qui me transperce
          Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli

L’atroce dit en retenue musicale.
Rien à dire.



Henri Calet, La belle lurette, première édition 1935, Gallimard, Collection L'imaginaire, 1979 - 8,50 euros



Pour aller plus loin :
La fièvre des polders: la première scène est une merveille..."   Sauras-tu jamais ce qui me traverse"....



A ma mère, en son jour anniversaire...: 

 "..confiante, serrée contre une poitrine chaude, j'ai eu les bons jours de la vie dans le vide.

Rien que du chaud. (...) "








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