Manolis Glezos dit son fait à Tsipras

A 92 ans, la figure historique de la résistance du peuple grec n'a rien perdu de sa lucidité, ni de son esprit de lutte. Sans ménagement, il a dit son fait à Tsipras dont le Gouvernement a accepté vendredi un accord léonin avec l'UE.

Le site d'information grec Okeanews a publié la traduction en français de l'adresse que Manolis Glezos a publié sur son blog personnel. Le doyen des élus au Parlement européen, le mieux élu de tous les eurodéputés grecs, sur une liste Syriza, ne mâche pas ses mots. Cette adresse est reproduite ici :

 

"Changer le nom de la troïka en « institutions », celui du mémorandum en « accord » et celui des créanciers en « partenaires », ne change en rien la situation antérieure.

L’on ne change pas non plus, bien entendu, le vote du peuple Grec aux élections du 25 janvier 2015.

Il a voté pour ce que SYRIZA avait promis : abolir le régime d’austérité qui n’est pas seulement une stratégie de l’oligarchie allemande mais aussi de celle des autres pays créanciers de l’Union européenne et de l’oligarchie grecque.

Nous abolissons les mémorandums et la troïka, nous abolissons toutes les lois de l’austérité.

Au lendemain des élections, d’une seule loi, nous abolissons la troïka et ses effets.

Un mois est passé et cette promesse n’est toujours pas transformée en acte.

Dommage et encore dommage.

Pour ma part, je demande au Peuple Grec de me pardonner d’avoir contribué à cette illusion.

Mais, avant que le mal ne progresse.

Avant qu’il ne soit trop tard, réagissons.

Avant toute chose, par le biais d’assemblées extraordinaires, dans toutes les organisations, quel qu’en soit le niveau, les membres et les amis de SYRIZA doivent décider s’ils acceptent cette situation.

D’aucuns prétendent que, pour obtenir un accord, il faut savoir céder. En tout premier lieu, entre l’oppresseur et l’oppressé, il ne peut être question de compromis, tout comme cela est impossible entre l’occupé et l’occupant. La seule solution c’est la liberté.

Mais, même si nous acceptions cette aberration, ce que les gouvernements antérieurs ont fait avec le chômage, l’austérité, la pauvreté, les suicidés, en soutenant les mémorandums, va bien au-delà de toute limite de compromis.

Manolis Glezos, Bruxelles, le 22 février 2015"

http://www.okeanews.fr/20150222-glezos-je-demande-au-peuple-grec-de-pardonner-davoir-contribue-cette-illusion

 

Ne pouvant évidemment s'en prendre à ce dernier, le Gouvernement de Tsipras n'a pu trouver autre chose à dire que, peut-être, Manolis Glezos « n'est probablement pas bien informé des dures négociations qui se poursuivent. », comme si ce dernier n'avait pas lu ou bien compris le sens du texte adopté vendredi dernier par l'eurogroupe à Bruxelles.

Cette prise de position en a suscité d'autres comme l'indique cet article de Romaric Gaudin, publié cette après midi sur le site de la Tribune.

http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20150222trib582b866fb/le-heros-de-la-gauche-grecque-manolis-glezos-critique-le-compromis-de-l-eurogroupe.html

Ceci vient confirmer que le "moment Syriza" a pris fin vendredi 20 février à Bruxelles, un peu moins de quatre semaines après les élections du 25 janvier qui avaient fait naître, en Grèce et dans d'autres pays européens, l'espoir qu'une autre politique était possible...Il y aura un avant et un après 20 février.

Pour les Grecs, le plus dur continue...

Manolis Glezos a lutté toute sa vie, passant au total 16 années en prison. C'est un symbole vivant depuis que dans la nuit du 30 au 31 mai 1941, à 18 ans, il est allé avec son ami Apostolos Santas décrocher le drapeau nazi qui souillait l'Acropole. On trouvera son portrait notamment ici :

http://geopolis.francetvinfo.fr/manolis-glezos-le-resistant-grec-devenu-doyen-du-parlement-europeen-36423

http://fr.wikipedia.org/wiki/Man%C3%B3lis_Gl%C3%A9zos

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