Unité Populaire en Grèce : pourquoi l'échec ?

y100.pngΕνότητα ou Laiki Enótita (LAE) , Unité Populaire en français, a obtenu 155 242 voix, soit 2,86% des suffrages exprimés. Il a manqué environ 7 000 voix au nouveau parti pour être représenté à la Vouli ou il aurait obtenu 8 députés s'il avait atteint le seuil minimum de 3% des suffrages exprimés pour être représenté.

Leur score varie, selon les circonscription régionales, de 1,23% à 5,05% (cliquer sur la ligne ENOTHA)  :

http://ekloges.ypes.gr/current/v/public/index.html#%7b%22cls%22:%22level%22,%22params%22:%7b%22level%22:%22epik%22,%22id%22:1%7d%7d

Quand on croise ce tableau avec celui de la réparition régionale des voix de Syriza, on voit qu'ils ont fait leurs meilleurs scores dans des circonscriptions ou Syriza est fort, mais leurs scores les plus bas sont également dans des circonscriptions ou Syriza est fort de sorte qu'une interprétation des résultats est délicate. Pour ma part, j'attendrai des analyses de la réparition géographique et sociologique des votes que ne manqueront pas de développer des analystes politiques grecs.

Quelques explications ont été avancées pour expliquer le faible score d'UP : 

La premiere consiste à dire qu'ils n'ont pas eu assez de temps, la campagne électorale ayant duré un mois, et même trois semaines si l'on s'en tient à septembre, et qu'ils n'ont pas eu le temps d'investir des candidats, former des militants, bref qu'ils ont été pris de vitesse par Tsipras qui démissionne le 20 août. Cette explication passe sous silence le fait que les 25 députés dissidents de Syriza qui ont formé Unité Populaire ne l'ont fait que le lendemain de la démission de Tsipras, soit le 21 août. Or, ceux qui étaient au Gouvernement ont démissionné immédiatement après la signature du Diktat du 13 juillet et auraient donc pu former UP dès cette date puisque dès ce moment là, l'idée de législatives anticipées était dans l'air. On peut aussi faire remarquer qu'ils auraient pu démissionner bien avant, dès la signature du pré-accord du 27 février, et former un nouveau parti à ce moment là. Manolis Glézos a dit son fait à Tsipras à ce moment là, pour reprendre le titre de l'un de mes billets. Bref, tactiquement, Tsipras a été meilleur qu'eux.

Une deuxième explication consiste à dire que décidemment les Grecs sont très attachés à l'euro et ne sont pas prêts à voter pour des gens qui militent pour une sortie de la Grèce de l'eurozone. Le score d'UP en serait la preuve, de même que la stagnation du KKE (1) et celle des néo-nazis d'Aube Dorée (2), seuls partis significatifs à être favorable à cette sortie. Il est clair que les Grecs sont effectivement majoritairement favorables au maintien de la Grèce dans l'eurozone, sans doute encore davantage quand Shaüble a prétendu les en exclure, et que les convaincre du contraire est une oeuvre pédagogique de longue haleine dont ne disposaient pas les dirigeants d'UP. Mais cette explication est partielle car il ne fait pas non plus de doute que davantage de Grecs sont prêts à sortir de l'eurozone que le total des suffrages qui se sont portés sur ces trois partis et que, parmi les 62% de OXI en juillet, se trouvaient une fraction élevée, bien qu'indéterminée, de Grecs prêts à sortir de l'eurozone si tel devait être le cas plutôt que d'accepter les conditions alors exigées par les créanciers.

Une autre consiste à dire que les dirigeants d'UP sont des intellectuels, souvent des professeurs d'université, et qu'ils sont en quelque sorte peu compris du peuple, employant un langage qui n'est pas celui que parle les Grecs. Cette explication est peu convaincante. Ils sont au contraire assez pédagogues et savent se faire comprendre par divers moyens comme quand, par exemple, Zoé Konstantopoulou brûle un pneu symbolisant la dette publique grecque sur la Place Syntagma. Ce qui est possible en revanche est qu'UP a manqué d'un porte parole charismatique. Varoufakis aurait pu jouer ce rôle mais après avoir fait part de son désaccord tant avec Syriza qu'avec UP, il a finalement voté UP en ne le faisant savoir qu'au dernier moment, et sans appeler à voter pour eux. 

En définitive, l'explication essentielle que je vois à cet échec est plus simple et purement électorale : Unité Populaire a été tout simplement été victime du vote utile.

Tant que Syriza était donné gagnant devant le principal parti de droite de Néa DémokratiaUP obtenait un soutien significatif dans l'opinion. Ainsi, le premier sondage sorti lui donnait 5,4% le 24 août. Un sondage le 28 août lui donnait 9,2%, et plusieurs autres lui ont accordé entre 6 et 7,5% des voix. Mais, à partir du 2 septembre, plusieurs sondages ont donné ND devant Syriza et ceci a continué jusqu'à la fin de la campagne alors que les sondages tendaient à laisser penser que les deux partis étaient au coude à coude, ce qui s'est révélé faux, et que comme d'habitude, les scores de Syriza (ou du OXI au référendum) ont été massivement sous estimés. A l'arrivée, Syriza a 7,36 points d'avance sur ND...

Au début de septembre commence donc a émerger l'idée que Syriza pourrait perdre cette élection alors que depuis l'élection de janvier, Syriza avait accru son avance sur la droite jusqu'à la veille du 13 juillet. Le seul sondage paru entre le référendum du 5 juillet et la signature du Diktat du 13, donne, le 8 juillet, 38,5% à Syriza contre 18,1% à ND, alors en déroute et privée de leader, Samaras ayant démissionné dans la foulée du résultat du référendum. Le dernier "bon" sondage pour UP lui accorde 6,5% le 11 septembre. Passée cette date, un seul sondage est au dessus de 4% et de peu (4,2%). Au cours de la dernière semaine ou se cristalisent les votes, et alors que Syriza et ND sont au coude à coude, UP baisse inexorablement et son résultat est finalement conforme à la moyenne des derniers sondages : un peu plus, ou un peu moins de 3%. Ce sera 2,86%...     

Tous les sondages publiés peuvent être consultés sur cet article de Wikipédia sur les élections de septembre. LAE est la colonne identifiant UP

 https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_grecques_de_septembre_2015#Sondages_d.27opinion

En définitive, devant le risque de voir la droite gagner, un large fraction de l'électorat potentiel d'Unité Populaire, peut être plus de la moitié, a finalement décidé de voter Syriza lui assurant un net succès, presque identique à celui de janvier dernier, mais dans une toute autre ambiance...

 

(1) Le KKE a obtenu 301 632 voix, contre 338 118 voix en janvier dernier et 277227 en juin 2012. En pourcentage des suffrages exprimés, leur score représente 5,55% dimanche dernier contre 5,47% en janvier et 4,50% en juin 2012. 

(2) Les néo-nazis d'Aube Dorée ont obtenu 379 581 voix contre 388 447 en janvier dernier et 426 025 aux élections de juin 2012. Ils baissent donc régulièrement en depit de l'aggravation de la crise économique et sociale et de la crise des réfugiés. En pourcentage des suffrages exprimés, compte tenu des variations du taux de participation, ils ont obtenu dimanche 6,99% des suffrages exprimés, contre 6,28% en janvier et 6,92% en juin 2012.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.