Le service civique, oui, mais...

Le titre de la tribune de Bruno Leroux « Il ne faut pas brader le service civique » (Marianne du 04/08/12) a de quoi surprendre. Le service civique institué par la loi du 10 Mars 2010 avec le soutien du parti socialiste serait en danger d’être « bradé », c’est le président de groupe de ce même parti qui s’en alarme.

Le titre de la tribune de Bruno Leroux « Il ne faut pas brader le service civique » (Marianne du 04/08/12) a de quoi surprendre. Le service civique institué par la loi du 10 Mars 2010 avec le soutien du parti socialiste serait en danger d’être « bradé », c’est le président de groupe de ce même parti qui s’en alarme. Alors même que le service civique est plébiscité par les associations en manque de collaborateurs, alors même que le président nouvellement élu s’est engagé à le soutenir. Seulement voilà, il faut compter aussi avec deux autres engagements en faveur de la jeunesse, les emplois d’avenir et le contrat de génération. Ces trois dispositifs doivent se compléter, écrit Bruno Leroux, poursuivant Il serait tentant, dans une période budgétaire contrainte, de réduire l’un pour alimenter l’autre. On ne saurait mieux dire que ces trois dispositifs seront concurrents en matière de financement par l’Etat, et qu’ils devront justifier leurs demandes à hauteur de leurs prévisions, le service civique étant évidemment le seul des trois à devoir y joindre un bilan de son action passée.

Un rapport parlementaire récent (Lesterlin-Maurer, 8/11/2011) sur la mise en application de la loi relative au service civique note une application réglementaire satisfaisante de cette loi, mais aussi une mise en œuvre plus problématique sur le terrain. Parmi les points négatifs, le rapport note une mixité sociale encore imparfaite, une population de volontaires plutôt diplômée avec un glissement vers de la substitution à l’emploi, une implantation difficile dans les territoires ruraux, et l’absence d’une gouvernance locale de proximité. Rappelons que l’idée du service civique a été popularisée par une pétition de l’hebdomadaire  « la Vie » en 2006, suite aux révoltes des banlieues de décembre 2005. Ces révoltes, symptômes d’un malaise profond de la jeunesse, ont continué à se produire régulièrement dans les quartiers sensibles, comme récemment à Amiens. Il n’est bien sûr pas question de considérer le service civique comme la panacée des maux des quartiers sensibles. Néanmoins le rapport Lesterlin-Maurer ne permet pas de conclure que l’Agence du service civique a fait progresser la cohésion sociale à la mesure des moyens que l’Etat a mis à sa disposition.

Pour ouvrir le service civique à ceux et celles qui en ont le plus besoin on peut envisager une organisation des régions en réseau d’échange de volontaires de 16 à 18 ans. Dans ce schéma hors loi de 2010, chaque région participante validerait et financerait un certain nombre de postes d’auxiliaire de projet dans les associations et services de son territoire, afin d’accueillir le même nombre de volontaires venus des autres régions. D’autre part elle recruterait le même nombre de volontaires de 16 à 18 ans à destination des autres régions. Un essai* publié récemment sur ce dispositif en détaille les procédures d’échange équitable entre régions inégales et d’orientation équilibrée dans la région d’accueil. L’organisation en réseau décentralisé est souple et extensible, sans nécessiter d’arbitrage ni de péréquation interrégionale, poisons et délices du modèle centralisé. Chaque région est libre d’y participer -ou non- à hauteur des moyens d’accueil qu’elle décide de lui affecter. Il suffirait de l’engagement de 5 ou 6 régions pour former un embryon de réseau viable. On pourrait en attendre un retour d’expérience vers 2014, en s’y mettant dès maintenant.

Claude BASTIAN, auteur de l’essai « *Le Service Volontaire Interrégional, pour qui, comment ? »
                                                                              aux Editions Amalthée

Couverture de l'essai

 

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