Billet de blog 26 nov. 2010

Une contribution climat-énergie ne peut pas financer les retraites !

Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Christiane Marty, membres du Conseil scientifique d'Attac, ne sont pas du tout d'accord avec la récente proposition de trois économistes de financer les retraites avec une taxe sur l'énergie. Explications.

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Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Christiane Marty, membres du Conseil scientifique d'Attac, ne sont pas du tout d'accord avec la récente proposition de trois économistes de financer les retraites avec une taxe sur l'énergie. Explications.

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La «réforme» Sarkozy, c'est entendu, ne résout absolument pas la question du financement des retraites. Outre son caractère profondément injuste, elle est basée sur des hypothèses économiques irréalistes. C'est donc avec raison qu'Emmanuel Combet, Baptiste Perrissin Fabert et Philippe Quirion se posent la question, pour l'avenir, de l'équilibre financier des retraites. De même, c'est avec raison qu'ils avancent l'idée de taxer la pollution avec une contribution climat-énergie (CCE). Mais peut-on utiliser les recettes de celle-ci pour financer les retraites ? Pour répondre positivement à cette question, nos auteurs mettent en avant quelques affirmations et sous-entendus pour le moins discutables.
Première affirmation, toute hausse des cotisations sociales, «des charges sociales» pour employer leur vocabulaire, pénalise l'emploi. Or l'idée que le volume d'emploi est lié au coût du travail n'a jamais été démontrée. Bien au contraire, nombre de rapports officiels ont mis en évidence que les allègements de cotisations sociales ont procuré de purs effets d'aubaine aux entreprises, sans création d'emplois. Certes, toute entreprise cherche à payer ses salariés le moins cher possible, mais bien d'autres facteurs interviennent dans la décision d'embauche et notamment celui de la demande solvable, déterminée en grande partie par le pouvoir d'achat des salariés.
Mais prenons au mot l'hypothèse de nos auteurs. Une hausse des cotisations sociales correspond à une augmentation de la masse salariale globale et, toutes choses égales par ailleurs, à une modification du partage de la valeur ajoutée entre salaire et profit en faveur de la part salariale. Or nous avons assisté depuis une trentaine d'années à une baisse importante de cette part, baisse qui s'est traduite essentiellement par une augmentation considérable des dividendes versés aux actionnaires. Ils représentaient 8,5 % du PIB en 2007 contre 3,2 % en 1982. Nous n'avons pas remarqué que cette baisse de la part salariale ait été particulièrement profitable à l'emploi. Il suffirait donc de diminuer les dividendes versés aux actionnaires sans toucher à l'investissement productif, ce qui ne pénaliserait pas la sacro-sainte compétitivité des entreprises, ni l'emploi. La question centrale est celle du partage de la richesse produite, point totalement absent dans la démarche de nos auteurs.
De plus, dans leur schéma, les entreprises ne semblent visiblement pas touchées par la CCE. En effet, si tel était le cas, dans leur logique, cela ne pourrait que peser sur la compétitivité des entreprises et donc sur l'emploi. Les ménages seuls seraient concernés. Il s'agit alors clairement, sous le couvert d'un discours écologique, de transférer sur les ménages ce qui est aujourd'hui à la charge des entreprises, c'est-à-dire d'amputer le pouvoir d'achat des salariés pour augmenter les profits.
Deuxième affirmation, la CCE produirait des recettes stables. La CCE vise à taxer la pollution, mais normalement dans le but de la faire diminuer ainsi que la consommation d'énergie. Soit on considère que cette taxe ne changerait rien au comportement des acteurs, auquel cas il s'agirait simplement d'un nouvel impôt sur la consommation, une sorte de «TVA sociale». Soit la CCE est efficace, ses recettes diminueront alors au fil du temps et elle sera loin de constituer un financement stable et pérenne !
Troisième affirmation, depuis 1960, le coût relatif du travail par rapport à l'énergie n'a cessé de croître et nos auteurs de nous asséner des chiffres qu'ils veulent définitifs: «l'amélioration de l'efficacité des moteurs a réduit de 46 % le coût du carburant nécessaire pour parcourir 100 km, tandis que les cotisations par salarié ont été multipliées par 6 et le nombre de chômeurs par 7.» On pourrait mettre en évidence d'autres corrélations, comme par exemple le fait que depuis 1960 l'amélioration de l'efficacité des moteurs s'est accompagnée d'une augmentation non moins importante des émissions de gaz à effet de serre. Doit-on pour autant en déduire que celle-la est responsable de celle-ci ? Bref, corrélation n'est pas raison.
Enfin, nos auteurs oublient un fait fondamental. Pour lutter contre le changement climatique, il faudra une transformation considérable des structures productives qui nécessitera des investissements massifs. Une CCE devrait servir à les financer, au moins en partie. L'utiliser pour un autre usage, c'est se priver de recettes précieuses et hypothéquer cette nécessaire mutation.

Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa et Christiane Marty, membres du Conseil scientifique d'Attac, co-auteurs du livre Retraites : l'heure de vérité (2010, Editions Syllepse)

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