Deuxième mi-temps du festival de Nîmes

Cette deuxième partie du 28e festival flamenco de Nîmes a permis de découvrir des étoiles montantes et de démontrer que trop de mise en scène nuit à l'émotion et à l'âme de cette culture.

Fabiola Perez La Fabi, accompagnée par Antonio Moya © Jean-Louis Duzert Fabiola Perez La Fabi, accompagnée par Antonio Moya © Jean-Louis Duzert

Le festival a refermé ses portes sur un concert acoustique de haut niveau. La jeune Fabiola Perez « La Fabi » emplissait de sa présence la petite scène de l'Institut d'Alzon, devant une salle pleine à craquer. Elle ne choisit pas la facilité en commençant son récital par une taranta de derrière les fagots. Elle enchaîne sur une alegria La seule ombre au tableau est l'omniprésence de trois palmeros, là où deux auraient été largement suffisants. L'accompagnement d'Antonio Moya a été parfait et juste. Ce concert a été de bout en bout d'un très haut niveau. Sa siguiriya m'a bouleversée et ses bulerias qui clôturaient mon festival furent ébouriffantes.

Mari Peña et Antonio Moya © Jean-Louis Duzert Mari Peña et Antonio Moya © Jean-Louis Duzert

Avant La Fabi, le festival a déroulé son programme. Revenons à mardi, jour de « Mi Tierra » de Mari Peña. La première partie a été formidable. Mari chante avec son âme, accompagnée sans faille par Antonio Moya. Le cante de Utrera et de Lebrija réuni dans une même voix. Le point culminant ont été les cantiñas qu'elle a chantées pour Carmen Ledesma, danseuse unique. Elle n'a besoin ni de taconeo/mitraillette, ni d'effets poudre aux yeux. Un seul mouvement du poignet, un seul remate (arrêt) et tout est dit. Moment inégalable.

Carmen Ledesma © Jean-Louis Duzert Carmen Ledesma © Jean-Louis Duzert

Et puis tout a basculé avec l'arrivée d'un pianiste, Pedro Ricardo Miño, dont Mari fait grand cas. Elle qui chante si bien les tientos, son chant favori, a troqué la guitare pour le piano. Et d'un chant profond, les tientos sont devenus chansonnettes. Toujours accompagnée du piano, elle a chanté quelques coplas qui ne sont pas son registre. Heureusement, en fin de récital, Antonio Moya et Carmen Ledesma ont repris la main pour des bulerias déchainées. La sororité palpable entre Carmen et Mari a donné un moment rare, les deux se tournant autour, montant crescendo.

 

Luis Moneo © Joss Rodriguez Luis Moneo © Joss Rodriguez

Le mercredi, chant orthodoxe au programme. Luis Moneo, dépositaire de la dynastie jerezane du même nom, et Antonio Reyes, celui de Chiclana, deux chanteurs à l'opposé l'un de l'autre. Luis Moneo, accompagné par son fils au toque classique, excellent, ne semble pas à l'aise. Chanter en solo semble être une expérience nouvelle pour lui. Il est froid, emprunté, sur la réserve et ne se livre pas, comme pouvait le faire son frère El Torta dans ses bons jours. Classique, mais décevant.

Antonio Reyes © Joss Rodriguez Antonio Reyes © Joss Rodriguez

En revanche, le jeune Antonio Reyes est flamboyant et généreux. Sa voix évoque celle d'Archangel ou de Miguel Poveda. Il chante avec majesté, sans accélération. Il prend son temps. Rien de vulgaire ou de racoleur. Il était accompagné parfaitement par Diego Amaya Gonzalez.

 

Chacun dans sa bulle, à la contre-basse Pablo Martin Caminero, au cante David Carpio, à la guitare Manuel Valencia et à la danse Manuel Liñan © Jean-Louis Duzert Chacun dans sa bulle, à la contre-basse Pablo Martin Caminero, au cante David Carpio, à la guitare Manuel Valencia et à la danse Manuel Liñan © Jean-Louis Duzert

Le jeudi, David Carpio, au théâtre de l'Odéon. Après sa prestation acoustique de l'année dernière, c'était un bonheur de le retrouver. Première catastrophe la sono, à fond la caisse et une réverb à faire frémir. Apparemment cela n'a gêné que moi et mon voisin. Cela écrase le chant, ses finesses et ses subtilités. Mais le pire n'était pas là ; aujourd'hui, même le chant est chorégraphié. Et un solo de guitare, et un solo de contre-basse (excellente mais omniprésente) et un solo de chant quand même (des tonas a gusto) et un solo de danse. Le danseur invité était Manuel Liñan. Comme m'a dit mon voisin, étions-nous à un spectacle de Liñan ou à un récital de Carpio ? La question reste ouverte.

Vendredi, Israël Galvan et son « Fiesta » pour le moins controversé (voir Galvan dans la déroute).

Je ne peux pas terminer cette chronique sans rendre hommage à deux personnes qui faisaient leur despedida (leurs adieux) au festival. Le magicien Patrick Bellito vivait son dernier festival, après de longues années à orchestrer la programmation. Aux côtés de Pepe Linares d'abord, puis seul aux commandes, il a concocté, année après année, ce festival qui fait briller les yeux, y compris à Séville ou à Jerez. Reviens-nous comme aficionado.

Le magicien des images, Jean-Louis Duzert, faisait lui aussi ses adieux au festival. L'imagier du flamenco savait saisir ce moment précis qui fait qu'une photo est inoubliable et unique. Lui aussi va nous manquer. Mais je ne peux pas croire que son appareil croupira longtemps dans un placard.
Enhorabuena a los dos. Et un grand merci à toute l'équipe du festival, François Noël, Houria Marguerite, Elodie Calas qui nous accompagnent pendant dix jours.

Merci Jern-Louis Duzert et Joss Rodriguez pour les photos qui illustrent cet article.

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