Galvan dans la déroute

Au festival de Nîmes, point de flamenco dans cette Fiesta, qui n'en est pas une, proposée par Israël Galvan. Une heure et demie de bruit et de fureur lassante.

Sur la planète flamenco, il était inévitable que ne se rencontrent les deux artistes les plus déjantés qui soient, Israël Galvan le bailaor, maître d'œuvre de cette « Fiesta », et Niño de Elche, cantaor, directeur musical du spectacle, acteur et chanteur sur scène. Le moins qu'on puisse dire est que le résultat est détonnant et l'accueil plus que mitigé.

Israël Galvan entouré de ses artistes sur une scène jonchée d'immondices © Jean-Louis Duzert Israël Galvan entouré de ses artistes sur une scène jonchée d'immondices © Jean-Louis Duzert

De flamenco point, nada, zéro. Donc abandonnons l'idée que nous sommes venus voir un spectacle de flamenco. Les artistes émettent des borborygmes, des onomatopées, titubent, tombent, chantent vautrés dans la fange, dans une lumière noire ou rouge évoquant l'enfer. Galvan se traine d'un côté à l'autre de la scène, les jambes enserrées dans des genouillères de vieux souffrant d'arthrose, une nuisette juste-au-corps noire agrémentée de voiles vaporeux et une rose fichée dans les cheveux. La transparence laisse voir sa maigreur. En pendant, Niño de Elche, chemise ouverte, affiche sa rondeur, ses bourrelets et ses poils. Il va jusqu'à mimer une défécation, le pantalon sur les chevilles et les bruits y afférant. Le comble de l'humiliation assumée. Galvan danse un assez long solo vers la fin du spectacle. Et là, et c'est sans doute le plus triste, tout est répétition et redite de son vocabulaire, les mêmes pirouettes, les mêmes gestes méprisants de la main, les mêmes arrêts sur image. Aucune surprise. C'est un peu comme s'il était allé au bout de quelque chose. Et cette fiesta peut aussi être entendue comme un enterrement de première classe.

Mais le plus gênant dans tout ça est l'argumentaire de cette parodie. Il serait question de ces fins de nuit, fiestas pour béotiens, « imposées » aux artistes, donc non consenties, qui seraient des moments faux en opposition avec les fiestas « vraies » de l'entre soi que seraient les fêtes de famille, fêtes privées où n'auraient accès que les élus. Ceci est une libre interprétation du texte, flou et abscons, vendu avec le spectacle. Une certitude : on voit évoluer des personnes avinées, pour ne pas dire complètement bourrées. Elles dégueulent des chips en bâtonnet. La scène se couvre d'immondices. Fête privée ou fête publique, jamais n'affleure la moindre humanité ou sensualité. Tout est laid et glauque comme peuvent l'être ces bars de nuit à l'abord des gares où seuls surnagent la solitude et l'enfermement qu'entraînent une ivresse proche du coma éthylique.

Israël Galvan nous entrainerait-il dans une grande opération Monsieur Propre ? Pas de vin, pas d'alcool. Hygiénisme à tous les étages. Oubliés les grands artistes morts très tôt pour être allés au bout de leur souffrance et de leur art, les Terremoto padre, les El Torta, les Camaron, pour ne citer qu'eux. Mais l'argument m'a sans doute échappé. Et ce « Fiesta », qui n'a de fiesta que le nom, est à oublier, très vite.

 

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