Un festival flamenco sous le signe de la diversité

Cette année, le XXVIIIe Festival flamenco de Nîmes oscille comme toujours entre tradition et modernité. Mais les amoureux du chant seront comblés. C'est du 11 au 20 janvier, au théâtre Bernadette Lafont, en passant par l'Odéon et l'Institut Emmanuel d'Alzon, pour grimper jusqu'à la Paloma.

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Nîmes le retour. Jeudi 11 janvier commence le XXVIIIe festival de flamenco qui va réchauffer le cœur de l'hiver nîmois. Deux locomotives ouvrent et ferment le ban, Andrés Marín et son « Don Quixote » le jeudi 11janvier, Israel Galván et son « Fiesta », créé cet été au festival d'Avignon, les vendredi 19 et samedi 20 janvier. Cette entrée en matière et ce baisser de rideau sont somme toute assez convenus. Pas de surprise, ces spectacles tournent dans la France entière, en Espagne bien sûr et partout dans le monde. Mais qu'importe, car le cœur du festival recèle de belles surprises, avec une place toute particulière faite au chant. Pour les aficionados al cante y a la guitarra, quelques points de repère pour ne pas se perdre.

Pour la 6e année consécutive, le flamenco extremeño prend ses aises au théâtre. En lumière, la cantaora La Kaíta qui excelle dans le chant de sa terre, les jaleos. Elle sera entourée par la fine fleur du cante d'Extremadure, Enrique El Extremeño, Antonio Suárez Salazar Guadiana, le danseur El Peregrino et les guitaristes Miguel Vargas et Juan Vargas.

Après des années d'absence, Rafael Riqueni revient dimanche soir. Le génial guitariste, fantasque et volatile, va rendre hommage au plus célèbre parc de Séville, « El parque Marie-Luisa », titre de son disque éponyme. Les guitaristes en trépignent déjà d'impatience.

Au théâtre Bernadette Lafont, le cœur de la semaine sera consacré au cante grande et à ses dynasties flamencas, garantes de la transmission. Mardi, Mari Peña, la cantaora d'Utrera, héritière d'une longue lignée et dépositaire d'un cante si particulier, aura carte blanche pour faire vivre le chant de sa terre, « Su Tierra ». Elle sera accompagnée par son excellent guitariste de mari, Antonio Moya. Comme son histoire est aussi une histoire de famille et d'amitié, Carmen Ledesma sera l'artiste invitée de cette soirée. Quand Mari chante pour Carmen, elle met toute sa chaleur et son énergie pour la soutenir et la porter. Il existe une telle connivence, une telle osmose entre elles, qu'on ne sait qui encourage qui.

Mari Peña et Antonio Moya lors d'un concert à Flamenco en France le 24 mars 2017 © René Robert Mari Peña et Antonio Moya lors d'un concert à Flamenco en France le 24 mars 2017 © René Robert

Mercredi, Luis Moneo et Antonio Reyes se partagent la scène du grand théâtre. Luis Moneo, frère de Manuel Moneo récemment disparu et de El Torta, décédé en 2013, est l'ultime dépositaire du cante des Moneo, dynastie flamenca du barrio San Miguel à Jerez. Lui et son fils, le guitariste Juan-Manuel Moneo, accompagnent la danseuse Maria-Jose Franco depuis ses débuts. Le festival lui donne une belle opportunité de confirmer son talent. Il sera entouré de ses deux fils, Juan-Manuel à la guitare et Manuel aux palmas. Antonio Reyes, quant à lui, vient de Chiclana, pueblo proche de Cadix. Sa formation, il la doit à sa famille, principalement son père et son oncle. C'est un chanteur qui se définit lui-même comme orthodoxe. Il sera accompagné par la guitare de Diego Amaya et un palmero.

Jeudi, le théâtre reçoit David Carpio, représentant de la dynastie des Carpio, de la Plazuela, centre névralgique du barrio San Miguel. Souvenons-nous du festival de l'année dernière où ce cantaor avait remplacé au pied levé Maria Terremoto pour un concert acoustique à Alzon. Il avait bataillé pour convaincre et réchauffer un public marmoréen qui mâchonnait sa déception. Le public avait fini debout, en demandant toujours plus. David Carpio venait de gagner son ticket pour le théâtre. Il sera accompagné par Manuel Valencia.

La tradition se perpétue avec les concerts acoustiques du samedi après-midi, à l'Institut d'Alzon. Pepe de Pura pourra y donner toute sa mesure. Sa voix si particulière, puissante et légèrement voilée, accompagne habituellement Antonio Canales ou Eva La Yerbabuena. Il a été aussi chanteur invité par Vicente Amigo. Reconnu par ses pairs, il a peu eu l'occasion de s'exprimer palant'e, littéralement devant. Il sera accompagné par le jeune guitariste Juan Campallo.

La Fabiola et Antonio Moya à Flamenco en France le 1er avril 2011 © Marie Julliard/Flamenco en France La Fabiola et Antonio Moya à Flamenco en France le 1er avril 2011 © Marie Julliard/Flamenco en France

La Fabiola, la jeune chanteuse de Arcos de la Frontera, clôturera le cycle 2018. On avait déjà pu mesurer son engagement et son talent, il y a quelques années, lors du spectacle Voz de Mujeres. Elle sera accompagnée par Antonio Moya. Un bijou en perspective.

Dans cette programmation riche et dense, on peut regretter que les artistes français ne soient réduits à la portion congrue. Ils seront représentés par Clara Tudela et Gregorio Ibor Sanchez qui ont revisité « Les chants et mots de la Guerre d'Espagne » dans un « Pasionaria » hommage à Dolores Ibarruri. Ce sera dimanche 14 janvier après-midi à l'Odéon.

En amuse-bouche, « Dix ans dans l'œil de Jean-Louis Duzert », exposition photographique au musée des cultures taurines, et en apéritif les conférences quotidiennes au foyer du théâtre.

Renseignements et réservations :

http://theatredenimes.com/festival-flamenco/

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