Nîmes l'espagnole frappe les trois coups de son 29e Festival flamenco

Le premier cadeau de cette année 2019 est le 29e festival flamenco de Nîmes. Il investit la ville du 11 au 20 janvier, entre théâtre Bernadette Lafont, théâtre de l'Odéon, Auditorium du Musée de la Romanité et la Paloma.

Après le marathon des fêtes, comme chaque début d'année, le Festival flamenco de Nîmes, rendez-vous incontournable pour tous les aficionados al flamenco, propose un marathon flamenquiste sans temps mort, d'autant que cette 29e édition est une excellente surprise. Sa programmation, équilibrée, propose un large panorama du flamenco actuel. A une extrémité, un représentant du chant le plus roots qui soit, Tomás de Perrate, à l'autre le plus déjanté, qui pousse à son paroxysme l'art de la dissonance et de la provocation, Niño de Elche.

Tomás de Perrate, accompagné par Alfredo Lagos, inaugurera l'auditorium du Musée de la Romanité pour le seul concert acoustique du festival, qui me semble être le seul bémol de la semaine.

Rocio Marquez et Alfredo Lagos lors du Festival de Nîmes 2013 © Jean-Louis Duzert Rocio Marquez et Alfredo Lagos lors du Festival de Nîmes 2013 © Jean-Louis Duzert

La part belle est faite au chant. La lumineuse et brillante chanteuse de Huelva, Rocío Márquez, explore les relations entre la voix et la viole de gambe, celle de Fahmi Alqhai ; Arcángel le magnifique illuminera le grand théâtre soutenu par les guitares de Dani de Morón et Salvador Gutiérrez. A l'Odéon, place est faite aux héritiers. Le jeune Kiki Morente, issu d'une famillle oh ! combien flamenca, convoquera les mânes de son génial géniteur, Enrique Morente, pour marquer de son empreinte les terres nîmoises. Quant à María Terremoto, dernière héritière d'une dynastie qui a fait trembler les murs des temples flamencos, précédée d'une rumeur flatteuse, elle devra s'imposer comme une figura en devenir. Elle a la voix et semble avoir la personnalité.

Marie Terremoto © Paco Barroso Marie Terremoto © Paco Barroso

Place à la guitare à qui deux soirées sont consacrées. A l'Odéon, mano a mano catalan. Chicuelo, qui a été longtemps le guitariste attitré de Miguel Poveda, et Jose-Luis Montón, accompagnateur de Mayté Martin et touche-à-tout virtuose, présenteront deux styles qui, à leur façon, répondront aux polémiques qui gangrènent le flamenco actuel. Dani de Morón, au théâtre Bernadette Lafond, mettra tout le monde d'accord, avec la fine fleur que sont ses invités ; les chanteurs exceptionnels Duquende et Jesus Mendez et les jumeaux palmeros Manuel et Antonio Montes Saavedraa.

Leonor Leal et Alfredo Lagos © Tristan Perez-Martin Leonor Leal et Alfredo Lagos © Tristan Perez-Martin

Ce festival ne serait pas complet s'il n'y avait pas de la danse. Cela va du Ballet de Andalucia, grosse machine institutionnelle bien rodée, à la fine et énergique Leonor Leal. Cette danseuse avait fait scandale, il y a quelques années, en coupant ses cheveux. Foin des peignes, fleurs et autres ornementations qui invariablement tombent sur le sol. Elle a persévéré dans sa démarche d'épure de du baile flamenco, dansant souvent en pantalon. Aujourd'hui, elle pousse la gageure en dansant avec pour seul accompagnement la guitare d'Alfredo Lagos et les percussions de Antonio Moreno. Faisant le lien entre ces deux extrêmes, Eva la Yerbabuena et Ana Morales. Eva n'en est pas à son premier festival. Après avoir dansé sa terre, ses ancêtres et Lorca, elle s'embarque et nous embarque aux côtés de la Japonaise Ana Sato pour un long voyage vers les îles Amami. Ana Morales elle aussi n'est pas une inconnue pour le festivalier de base ; artiste invitée ici, danseuse vedette du ballet de Andalucia, là, cette année, elle est invitée à présenter son propre spectacle, Sin permiso. Et dernière reconnaissance pour cette danseuse, con mucho salero, il lui revient l'honneur de clore ce festival d'excellente facture.

Le coup d'envoi, c'est vendredi, à la Paloma, avec la Antologia del cante flamenco heterodoxo du trublion Niño de Elche.

Renseignements sur le site du Théâtre de Nîmes 

 

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