Après le hors d'œuvre, le baile

Pour cette 29e édition du Festival Flamenco de Nîmes, quatre soirées étaient consacrées à la danse.

Eva La Yerbabuena et Ana Sato © Sandy Korzekwa Eva La Yerbabuena et Ana Sato © Sandy Korzekwa

Samedi, Eva La Yerbabuena occupe la salle du grand théâtre. La danseuse de Grenade propose un voyage initiatique vers des îles japonaises. La traversée semble difficile. C'est froid et crispé, dans une semi-obscurité. Les côtes approchant, les lumières se font plus lumineuses. Le chant reprend toute sa place. Musicalement, c'est assez réussi. La chanteuse Anna Sato est surprenante. Elle est habillée de façon magnifique avec des kimonos à traîne. Je ne sais s'ils sont traditionnels ou sortis de l'esprit génial d'un créateur, mais Anna Sato habite la scène avec son élégance, sa présence et sa voix. Un dialogue finit par s'établir et le dernier tiers est plaisant. Le spectacle bascule quand Alfredo Tejada et Jose Valencia, qui remplaçait Miguel Ortega, chantent une granaina. Un dialogue s'instaure, puis arrivent les tangos et les alegrias et la bailaora de Grenade danse enfin. Lors de la première partie, elle s'est essayé à des pauses hiératiques censément être à la manière nippone, et cela tombe à plat. Pas plus qu'on ne s'improvise bailaora, on ne s'improvise danseuse japonaise. Spectacle sur papier glacé, aux décors et lumières magnifiques.

Mardi, Rafaela Carrasco, avec un argument de derrière les fagots, « dialogue entre Thérèse d'Avila, depuis sa cellule, et María de Zayas, María Calderón et Juana Inés de la Cruz, écrivaines du siècle d'Or espagnol », nous assomme de ce théâtre dansé, où rien ne prend forme, ni le chant, ni la danse. N'est pas Antonio Gades qui veut.

 

Leonor Leal © Joss Rodriguez Leonor Leal © Joss Rodriguez

 

Mercredi, Leonor Leal, l'excellente danseuse de Jerez, pleine d'humour et de finesse, propose un spectacle à la sobriété remarquable ; son seul accompagnement, deux musiciens exceptionnels, le guitariste Alfredo Lagos et le percussionniste Antonio Moreno. Le talent des trois ne réussit pas à faire un spectacle. Cela ressemble à un « ensayo » de luxe, pas complètement abouti, où le chant fait cruellement défaut. Surnage le plaisir d'avoir vu danser pendant une heure un quart la charmante Leonor Leal, son humour et son taconeo extrêmement musical. La formule laisse le loisir de l'apprécier.

Le spectacle d'Ana Morales fermait le cycle de ce 29e festival. Qu'en dire ! Elle a évolué cul nul les trois quarts du temps, s'habillant, se déshabillant, déshabillant son partenaire au passage, tout cela étant très ésotérique. Elle réussit à faire oublier qu'elle est une excellente danseuse. On peut imaginer qu'elle danse la détresse du déracinement du père andalou échoué à Barcelone, grande dévoreuse de main d'œuvre à bas coût, venant du sud et tellement méprisée. Mais cela ne justifie en rien la nudité, la trivialité de l'habillage et du déshabillage. Aller à un spectacle de Flamenco devient la même chienlit que ces expositions d'art contemporain où des cartouches au long court vous expliquent ce que vous devez voir ou ressentir. L'art n'a pas besoin de sous-titre. Il parle au spectateur ou pas, d'ailleurs. La seule lumière dans ce spectacle, le cantaor Juan Jose Amador. Il a une belle voix rauque, douce et bien timbrée. Du velours un peu râpeux dans cet océan de vulgarité.

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