Le hors-d'œuvre de la provocation

En lever de rideau de ce 29e festival flamenco de Nîmes, le spectacle de Niño de Elche, à La Paloma. Et quel lever de rideau !

 Comme d'habitude, dans un froid de gueux, il faut rallier le diable Vauvert. Et là quel accueil ! Francisco Contreras dit Niño de Elche arrive en survet', se déloque et avec l'aide d'une jeune femme, revêt une chemise immaculée et un costume noir, vêtements classiques pour cantaor classique. Ceci étant posé, Niño de Elche entreprend sa déconstruction du flamenco orthodoxo pour un flamenco heterodoxo. La démarche, sur le papier, revêt un certain intérêt. On peut constater tous les jours que le flamenco est laminé par la facilité, les mêmes palos, les mêmes letras, les mêmes enchaînements. Pas beaucoup de surprise. Donner un coup de pied dans la fourmilière pourrait aider à dynamiter le ronronnement ambiant.

Niño de Elche entouré de Susana Hernández "Ylia", synthétiseurs et musique électronique, et Raúl Cantizano, guitare et percussions © Sandy Korzekwa Niño de Elche entouré de Susana Hernández "Ylia", synthétiseurs et musique électronique, et Raúl Cantizano, guitare et percussions © Sandy Korzekwa

Mais dans l'art et la manière, il y a beaucoup à dire. Cette folie qui consiste à avoir une lecture intellectuelle de cette musique, comme de beaucoup d'autres, n'a que pour seul résultat de culpabiliser et les artistes qui la pratiquent en les poussant à se demander comment faire pour paraître plus intelligents, plus cultivés que la moyenne, et les gogos qui payent. Contreras assomme le public de considération sur le non-être du flamenco, sur sa fantasmagorie. Le seul moment intéressant artistiquement est, manque de chance, la lecture d'un poème anti-taurin, provocation assumée envers cette ville taurine qui se présente comme la Séville française. Les peñas taurines et flamencas sont qualifiées de cimetière. « Je crache dans la soupe jusqu'au bout. »

Auparavant, c'est la malagueña del Mellizo qui en prend pour son grade. Mélopée sinistre façon chant grégorien pour un enterrement de première classe. Pourquoi dans tout ce fatras, Pepe Marchena tire-t-il son épingle du jeu ? Va savoir. Mais un fandango « cubiste » qui tenait la route lui a été brindé avec une incise pour Ana Reverte ? Avec ce fandango, qui n'a de cubiste que le nom, il se met le public dans la poche, le public français adorant se faire insulter.

Pour moi, le pire était à venir avec son hommage à Lola Flores qui n'est pas nécessairement ma tasse de thé. Il a lourdement insisté sur la vie sexuelle débridée de la Lola, vantant sa liberté d'être, et, pour enfoncer le clou, il a interprété la « Bomba » de façon tout à fait claire, sans équivoque, sans surprise ni nouveauté musicale. Lola Flores n'a jamais été une papesse du flamenco. Mais en aucun cas elle ne mérite d'être traitée ainsi. On ne peut pas se présenter comme un champion des droits humains et plus encore des droits des animaux, et maltraiter les vivants et les morts avec une telle haine et un tel mépris.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.