Place à la guitare et au chant

Pour cette 29e édition du Festival Flamenco de Nîmes, la part belle est faite au chant et à la guitare.

Rocio Marquez et Fahmi Alqhai © Sandy Korzekwa Rocio Marquez et Fahmi Alqhai © Sandy Korzekwa

Dimanche, la voix magnifique de Rocío Márquez, accompagnée par les violes de gambe de Fahmi et Rami Alqhai, et les percussions de Agustín Diassera, va bercer notre fin d'après-midi dominicale. Musicalement c'est parfait. J'oserais dire que c'est trop parfait. Pas de grain de sable. L'émotion affleure en particulier lorsqu'elle chante une siguiriya et une petenera, chants qui se prêtent sans doute le mieux à l'exercice. Malheureusement l'ensemble reste un peu froid et nous laisse sur notre faim. Cette chanteuse aime explorer toutes les contrées que lui offre sa voix. Sa curiosité est insatiable. Elle ouvre des horizons. Mais l'envie de la revoir dans une formation plus classique, accompagnée par une guitare, est forte. Ce fut fait quinze jours plus tard à l'Archipel de Perpignan. Elle y a fait un triomphe, chantant les fandangos de sa terre, lors de trois rappels. Elle était accompagnée par Miguel Angel Cortes.

Tomas de Perrate et Alfredo Lagos © Joss Rodriguez Tomas de Perrate et Alfredo Lagos © Joss Rodriguez

Lundi, rendez-vous dans le petit auditorium du musée de la Romanité pour le concert acoustique de Tomás de Perrate et Alfredo Lagos. Tomás n'a pas fait dans la facilité. Il commence par des romances que l'on a rarement l'habitude d'entendre. Flamenco jusqu'au bout des ongles, il chante comme il respire et aborde tous les genres, jusqu'au tango argentin avec un hommage à Astor Piazzola. C'est sans doute le moment le plus intense du festival. Malheureusement nous n'étions qu'une poignée à y assister.

Le jeudi était le jour dédié à la guitare. Mano a mano Chicuelo Jose Luis Montón à l'Odéon, puis cap sur le grand théâtre Bernadette Lafont pour la carte blanche à Dani de Morón. C'est Chicuelo qui ouvrait le ban. Guitariste classique, il égrène ses notes avec facilité, passant d'un style à l'autre avec toujours le même naturel. C'est joli. Arrive Montón. Rien de joli, rien de facile. L'inventivité et la créativité à l'état pur. Aucun ennui, aucune mièvrerie. Il embarque son monde tambour battant. Pour la dernière partie, les deux guitaristes offrent un duo d'une virtuosité époustouflante, comme s'ils avaient passé leur vie à jouer ensemble. La route vers le théâtre se fait sur un nuage, dans l'attente d'un nouveau moment de bonheur.

José Luis Montón et Chicuelo en mano a mano © Joss Rodriguez José Luis Montón et Chicuelo en mano a mano © Joss Rodriguez

Hélas, il n'en fut rien. La sono poussée à fond la caisse, la réverb et l'écho démultipliés furent le cadeau de la soirée. Dani de Morón apparait comme un bourrin, ce qu'il n'est pas, loin s'en faut. Jesus Mendez, chanteur à la voix claire et puissante, entend ses letras se prolonger bien après qu'il n'ait fini de les chanter. Nous ne dirons rien de Duquende et de son chapeau vissé sur la tête, clone de Camaron, mêmes palos, mêmes letras, même maigreur.

Le lendemain, en accompagnement d'Arcángel, Dani de Morón donnait toute sa dimension de guitariste, engendrant des regrets quant à la soirée de la veille. Arcángel avait prévenu : « Je veux que la sono soit la plus proche possible d'un concert acoustique, d'un concert de peña. » Il l'a fait. Et quel réconfort pour l'oreille du spectateur. Arcángel était entouré des guitaristes Dani de Morón et Salvador Gutiérrez, “Los Makarines” chœur et palmas, la bailaora Lucía La Piñona et du cantaor Vicente Redondo, “el Pecas”. Le spectacle commence par un hommage à Huelva et ses fandangos. Arcángel, el Pecas et Los Makarines, de la salle, se lancent une série de fandangos, les uns répondant aux autres, comme une ronde qui monterait en puissance. Puis les artistes regagnent la scène pour deux heures et demi de spectacle total. Arcángel donne toute la mesure de sa générosité et de son talent. Nous découvrons la danseuse La Piñona, élégante et classique. C'est tellement parfait qu'on regrette ce petit grain de sable qui provoque la piel de galina (chair de poule). Mais ne boudons pas notre plaisir. La soirée Arcángel était un grand moment de flamenco.

Kiki Morente © Joss Rodriguez Kiki Morente © Joss Rodriguez

Pour terminer cette chronique, j'aborderai les fils et les filles de la jet-set flamenca. En fait il n'y a pas grand chose à en dire. Kiki Morente et Maria Terremoto ont encore un long chemin à parcourir. Kiki est joli comme un cœur, sapé comme un milord. Il oscille entre le style coplera de sa sœur Estrella et celui avant-gardiste de son père. Manifestement il n'a pas encore trouvé son chemin musical.

Maria Terremoto et Nono Jero © Joss Rodriguez Maria Terremoto et Nono Jero © Joss Rodriguez

Quant à Maria, elle chante comme on chante dans sa famille, mais il manque le fond, la profondeur. A sa décharge, elle est très jeune et a sans doute une belle marge de progression. C'est tout le mal qu'on peut lui souhaiter.

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