Antonia Fudez
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Ritmos latinos

Suivi par 43 abonnés

Billet de blog 14 janv. 2022

2022 : malgré la pandémie, le flamenco est vivant

Après deux ans sans concert, le festival flamenco de Nîmes déroule son programme très éclectique pendant dix jours.

Antonia Fudez
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Deux ans de pandémie mondiale déconnectent de la réalité. Le 32e festival flamenco de Nîmes commence ce soir, et cela semble un événement lointain qui ne prendra son sens qu'une fois assise dans mon fauteuil.

Sur le papier, ce festival a lui aussi un goût d'étrangeté. Les lieux, tout d'abord. Exit La Paloma, je ne le regrette pas. Salle trop grande, trop froide, complètement antinomique du flamenco. Des spectacles au théâtre Bernadette Lafont, bien sûr, mais une montée en puissance du petit théâtre de l'Odéon, ancien cinéma reconverti en salle de spectacle. L'endroit parfait.

La programmation valse allègrement entre tradition, classicisme et modernité, avec un gros oubli, pas un seul artiste français à l'affiche, alors que notre scène flamenca est riche de multiples talents. Inés Bacán et Pedro el Granaíno sont les représentants de la tradition. Sans chichi, sans fioriture, en un mot sans concession. C'est à prendre ou à laisser. Je prends. J'ai souvenir de ce festival où Inés chantait à l'Odéon. Elle avait consumé la salle d'émotion avec sa « Nana ».

Inés Bacán © Esteban Perez Abion

Viennent les académiques, dont le Ballet Flamenco de Andalucia qui s'attaque au « Maleficio de la Mariposa » de Federico Garcia Lorca, histoire folle d'un amour impossible entre un papillon et un cafard. Mais que serait l'Espagne sans son poète de génie, mis à toutes les sauces, plus ou moins heureuses. De quoi sera faite cette salsa-là ?

Ensuite viennent les classiques qui lorgnent vers la modernité. Pour l'excellente danseuse Maria Moreno, j'avoue ne pas comprendre le concept de « danse traditionnelle stylisée ». Son spectacle au titre abscons « More (no) More » éclairera peut-être ma lanterne.

Maria Moreno © DR

Côté excellence, nous avons la chanteuse Rocío Márquez. Elle explore plusieurs aspects du flamenco, expérimente beaucoup, fait des choses qui m'échappent parfois, mais elle a la volonté d'innover et de faire sortir le cante des salles poussiéreuses au public convenu, pour l'imposer dans la sphère publique, avec succès, puisqu'elle a reçu une Victoire du jazz, en 2020, dans la catégorie Musiques du Monde pour son disque « Visto en el Jueves ». Rappelons que Jueves est une référence au marché aux puces qui se tient le jeudi à Séville calle Feria, entre Alameida de los Hercules et La Macareina. Une ultime tentative pour faire revivre ce quartier populaire, en voie de gentrification, où ouvriers et artistes se côtoyaient, et qui perd son âme chaque jour un peu plus. Le temps d'un concert la cantaora lui redonne vie.

Rocio Marquez © C. Macias

.

Pour clore le festival, une carte blanche est donnée au guitariste virtuose Dani de Morón. Comme son nom, l'indique, cet artiste vient d'une ville à la tradition flamenca bien ancrée. Diego del Gastor, Son de la Frontera en sont les plus éminents représentants.

Pour le reste de la programmation, j'avance en terres inconnues. J'ai du mal à comprendre ces spectacles qu'il faut voir un livre dans une main et la lorgnette dans l'autre. Mais nous allons aussi découvrir de nouveaux artistes, comme Romero Martín, soit Alvaro Romero chanteur et Toni Martín musique électronique pour « Manifestio », manifeste gay. Pour ce que j'ai pu voir sur Internet et écouter, Alvaro Romero, le crâne rasé en moins, n'est pas sans rappeler l'Anglais Jimmy Sommerville, ce chanteur extra des années 80, qui avait contribué à sortir l'homosexualité du ghetto et pris la tête du mouvement contre le Sida. Sa voix et sa gestuelle était reconnaissable entre mille. C'est une démarche courageuse que celle de Romero . Car le milieu flamenco n'est pas connu pour sa tolérance et son ouverture.

Romero Martín © DR

Mais faut-il le rappeler, la force tranquille des femmes avait déjà ouvert bien des portes. Souvenons-nous de ce « Flamenco de cámara » de Mayte Martin et Belén Maya, ni manifeste ni protestation, juste une évidence : « Nous sommes là. » C'était à la fin des années 90. Plus près de nous, « Afectos » de Rocio Molina et Rosario la Tremendita.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Après ces années de disette, écouter et voir des spectacles, partager avec des amis sont une victoire pour la vie. Merci Nîmes l'Andalouse.

Renseignements : https://theatredenimes.com/festival-flamenco/

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Covid : Blanquer a annoncé le nouveau protocole des écoles depuis Ibiza
Les vacances de fin d’année du ministre, mis en cause pour sa gestion tardive de la crise sanitaire, suscitent depuis plusieurs jours des tensions au sein du gouvernement. Son entretien polémique au « Parisien », qui a suscité la colère des enseignants, a en réalité été réalisé depuis l’île des Baléares, a appris Mediapart. Ce qui avait été caché. 
par Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal
Nucléaire et transition climatique : les éléments clés du débat
Le nucléaire peut-il être une énergie de transition climatique ? Alors que les candidats à l’élection présidentielle ont tous un avis tranché sur la question, nous tentons ce soir de dépassionner le débat avec nos deux invités, Cyrille Cormier, ingénieur, spécialiste des politiques énergétiques et climatiques, et Nicolas Goldberg, senior manager énergie chez Colombus Consulting.
par à l’air libre
Journal
Zemmour et CNews condamnés pour injure raciste et provocation à la haine
Lundi, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Éric Zemmour, désormais candidat à l’élection présidentielle, à 10 000 euros d’amende pour ses propos sur les mineurs étrangers non accompagnés, qui visaient à « susciter un élan de rejet et de violence » contre l’ensemble des personnes immigrées, d’après le jugement. Le directeur de la publication de CNews écope de 3 000 euros d’amende.
par Camille Polloni
Journal — France
Une figure du combat contre le harcèlement scolaire est visée par une plainte pour « harcèlement »
Fondatrice de l’association Marion la main tendue, Nora Fraisse se voit reprocher par une dizaine d’anciennes bénévoles, stagiaires ou services civiques d’avoir eu un comportement toxique envers de proches collaborateurs. D’après notre enquête, l’une d’elles a déposé plainte pour « harcèlement ».
par Prisca Borrel

La sélection du Club

Billet de blog
Un tri dans la nuit : nos corps dissidents, entre validisme et Covid-19
Un entretien initialement publié par Corps Dissidents, dans le blog d'Élise Thiébaut, et toujours actuel. Le validisme est une question cruciale pendant le Covid19. Il l’a été dans les réactions – solidaires ou pas – des gens face aux discours selon lesquels seuls les vieux et les handicapés mouraient du Covid-19. Il l’est pour la question du triage : est-ce qu’uniquement les corps productifs méritent d’être sauvés ? 
par Elena Chamorro
Billet de blog
Vieillissement et handicap
Les maux pour le dire ou réflexions sur le vieillissement vécu de l'intérieur.
par Marcel Nuss
Billet de blog
Handicap 2022, libérer les miraculés français
La personne handicapée qui ne peut pas vivre « avec nous », permet la fiction utile d’un monde peuplé de « normaux ». Entre grands sportifs et artistes, une population est priée de demander le droit de circuler, de travailler, d’exister. L’observatoire des politiques du handicap appelle à une métamorphose normative urgente des institutions françaises appuyées par une politiques publique pour tous.
par Capucine Lemaire
Billet de blog
Aujourd'hui les enfants handicapés, et qui demain ?
Comment résister au dégoût qu'inspire la dernière sortie en date de Zemmour concernant les enfants handicapés ? Réaliser exactement où nous en sommes d'un point de basculement collectif.
par Loïc Céry