9 ans d'UMP : un désastre pour nos vies

Alors que se termine le campus d'été de l'UMP à Marseille, Act Up-Paris fait le bilan de 9 ans de politique de droite : un désastre sanitaire.

Alors que se termine le campus d'été de l'UMP à Marseille, Act Up-Paris fait le bilan de 9 ans de politique de droite : un désastre sanitaire.

 

En décembre 2005, nous collions avec le 9ème collectif de sans-papiers une affiche représentant Sarkozy, avec pour unique slogan « Votez Le Pen ». En avril 2007, nous diffusions une autre affiche « Nicolas Sarkozy 2007-2012 : nous n'y survivrons pas ». Nous arrivons au bout de ces 5 ans de mandat présidentiel, qui suivent 5 années de droite chiraquienne, fortement marquée par Sarkozy. Les droits des séropos et des minorités particulièrement touchées par l'épidémie sont en berne, le système de santé public est en passe d'être un lointain souvenir, la précarité des malades s'est accrue. Nous avons dû nous habituer à nous battre, non pas pour faire avancer la lutte contre le sida, mais pour empêcher l'UMP, qui exerce le pouvoir national depuis 9 ans, de la faire régresser.

 

Affiche d'Act Up-Paris, avril 2007. On y voit une tête de mort et le texte

 

La haine des malades, des handicapéEs et des précaires

 

 

En 9 ans, la droite n'a rien fait pour lutter contre la stigmatisation et les discriminations envers les séropos. Nous ne comptons évidemment pas ici la ridicule campagne « câlins gratuits » lancé en mars 2007 : alors que les séropos se heurtent à de réelles discriminations dans leur vie affective, mais aussi quotidienne ou professionnelles, ou encore dans le système de soins, Roselyne Bachelot-Narquin n'a rien trouvé de mieux qu'à leur proposer des câlins.

 

Il faut dire que les gouvernements de droite ont été les premiers à stigmatiser les personnes séropositives. L'une des premières mesures que fait voter le ministre de l'Intérieur Sarkozy en 2003, dans le cadre de sa première loi sur la sécurité intérieure, est le dépistage obligatoire du VIH pour toute personne soupçonnée d'agression sexuelle. Les associations et le Conseil national du Sida ont beau rappeler qu'une telle disposition ne servira à rien, qu'il faut distinguer la prise en charge de la victime de l'enquête sur l'auteur de l'agression pour optimiser la première : rien n'y fait. Le verrou du consentement saute. En 2011, c'est le dépistage obligatoire du VIH et des hépatites virales pour les personnes soupçonnées d'agressions envers des policiers ou le personnel pénitentiaire qui s'impose. Les deux mesures ne visent aucune autre infection virale. La conclusion s'impose d'elle-même, et l'assimilation à des séropos (au VIH, aux hépatites) à des délinquantEs devient évidente.

 

En 9 ans, l'UMP s'est acharnée à pointer du doigt les personnes atteintes de pathologies graves et les handicapéEs, et à les désigner auprès du reste de la société comme étant directement responsables du « trou-de-la-Sécu » et des difficultés budgétaires des hôpitaux publics. D'où la mise en place d'impôts sur la maladie (forfaits divers et variés, franchises médicales) : plus vous avez besoin de soins, plus vous payez. Il s'agit d'une rupture historique avec le principe de solidarité nationale. D'où aussi le démantèlement de l'hôpital public, avec notamment la mise en place de la tarification par activité, la soumission des soins à un principe de rentabilité, la fermeture de lits, de services et d'hôpitaux, en commençant par des hôpitaux de proximité.

 

 

Action d'Act Up-Paris devant le ministère de la santé pour dénoncer la mise en place des franchises médicales, en novembre 2007. Un militant est allongé au sol, et porte une pancarte en forme de pierre tombale où on peut lire

 

 

Bien sûr, l'UMP a proposé d'augmenter l'Allocation Adulte Handicapée sur plusieurs années. Mais cette augmentation, bien insuffisante par rapport aux revendications associatives d'un revenu d'existence égal au SMIC, n'a que peu de conséquences sur la précarité des bénéficaires de l'AAH, surtout quand on la compare à l'augmentation du coût de la vie et aux dépenses supplémentaires que l'UMP a imposées aux malades. Et le gouvernement s'est empressé de revenir sur cette promesse en l'étalant encore plus dans le temps.

 

Comment croire que l'UMP se soucie des personnes handicapées et gravement malades quand elle laisse un de ses ministres, Laurent Wauquiez, affirmer que la question « de la différence entre le travail et l'assistanat est aujourd'hui l'un des des vrais cancers de la société française ». Utiliser une maladie grave comme métaphore d'un problème de société est scandaleux. Wauquiez stigmatise toutes les personnes qui vivent avec un cancer, et celle qui en sont mortes. Et si sa désignation à la vindicte populaire des bénéficiaires de minima sociaux est abjecte, elle devient carrément insupportable pour les personnes qui ne peuvent travailler du fait de leur maladie ou de leur handicap. Que Wauquiez n'ait pas été démissionné de son poste montre tout le mépris del'UMP pour les malades, les handicapéEs et les précaires.

 

La haine des minorités

 

Il ne fait donc pas bon être malade, handicapéE et/ou précaire sous l'UMP. De fait, le bon républicain, pour la droite, est un homme, blanc, valide, en bonne santé, français, pas musulman, hétérosexuel, gagnant plus de 3000 euros par mois, si possible plus. L'UMP fait de cette minorité la majorité républicaine et s'emploie à stigmatiser toutes les autres.

 

La droite se targue d'avoir amélioré le PaCS, et à ce titre oeuvré pour l'égalité des droits entre homos et hétéros. Mais elle s'est toujours opposée à l'égalité réelle, en ouvrant le mariage, l'adoption, la gestation pour autrui, etc. aux couples de même sexe, refusant de voter les propositions du parti socialiste. Quant à faire progresser le PaCS sur des sujets sensibles, comme l'inscription du contrat et le nom du compagnon sur l'acte de décès, nous n'avons trouvé que des ennemiEs : Alliot-Marie, Mercier, etc.

 

Concernant les trans, le seul progrès apporté, le retrait des « troubles de l'identité sexuée » de la liste des affections psychiatriques de longue durée, a été immédiatement contre-balancée par un travail qui ne respectait pas les revendications des trans.

 

Banderole

 

Cette dernière décennie, l' UMP s'est avant tout caractérisée par une déferlante de haine et d'insultes envers les pédés, les bi, les gouines, les trans. Vanneste, Boutin, Barrège, pour ne citer qu'elles et lui, ont pu s'en donner à coeur joie sans être jamais inquiétéEs. Des opposantEs au PaCS, qui avaient pu comparer les homos à des zoophiles, proposer de castrer les pédés, affirmer que « même les animaux ne font pas cela » ont été nomméEs à des postes du gouvernement. Et les quelques mesures destinées à lutter contre l'homophobie (décret pour de la prévention à l'école, pénalisation des injures homophobes) ont été réduites à néant par la haine publique de responsables UMP et le soutien tacite que leur ont apporté Sarkozy et les responsables du mouvement.

 

Les droits des femmes n'ont en aucun cas été soutenus. Aucune mesure concrète pour pallier les inégalités hommes-femmes n'a été apporté, que ce soit au travail, en matière de revenus, face à la santé. Au contraire, la décennie UMP se caractérise aussi par un démantèlement du droit des femmes à disposer de leur corps : diminution des subventions au Planning Familial, fermeture de centres de planification et d'IVG, remise en cause de l'avortement et de la contraception, etc.

 

La lutte contre le sida a dû aussi faire face aux conséquences de la xénophobie d'Etat, de la stigmatisation des étrangErEs et du démantèlement du droit à la santé des sans-papiErEs. Ce sont bien eux et elles qui sont au coeur du système politique de l'UMP : en 9 ans, il n'y a pas eu une année où nous n'ayons eu à combattre un nouveau réglementaire ou une loi, parfois plusieurs, portant atteinte aux droits des sans-papiErEs et des étrangErEs. 9 ans après, l'Aide Médicale d'Etat, la couverture maladie des sans-papiErEs, est payante, le titre de séjour pour soins est réservé à la discrétion des préfets : les acquis de la lutte contre le sida ont été balayés. Ces mesures auront un impact néfaste sur la santé publique. Par ailleurs, l'UMP a fait le choix de renvoyer chez elles des personnes qui vont y mourir, faute de soins.

 

Affiches

 

Des propos tenus par Le Pen et qui faisaient scandale sont aujourd'hui banals et tenus par des ministres, des éluEs, des responsables du parti. De fait, l'axe central du Front national, la préférence nationale, est inscrite au coeur du projet de l'UMP. Cette haine xénophobe, d'autant plus virulente qu'elle est parfaitement intégrée dans tous les rouages politiques et administratifs, est présentée comme une composante indispensable de la « sécurité ». Car notre sécurité est bien évidemment menacée par l'immigration...

 

Quand l'UMP parle de « sécurité », elle n'a évidemment en tête que celle d'une petite minorité de nantiEs. Mais le thème est porteur électoralement. Qu'importe, ensuite, si les mesures préconisées ne sont pas efficaces pour garantir la tranquillité des unEs ; et qu'importe si elles sont dangereuses pour les autres, les groupes visés par des politiques purement répressives. C'est le cas des travailleurSEs du sexe, plus fortement répriméEs depuis 2003 dans le cadre de la pénalisation du racolage « passif ». Cette répression a des conséquences maintes fois décrites et dénoncées sur la précarité des personnes, l'accès à la prévention, aux droits et aux soins. La même logique est à l'oeuvre vis-à-vis des usagErEs de drogues.

 

Conséquence de la politique « sécuritaire » de l'UMP : les prisons explosent. Plutôt que de les vider, en commençant par les personnes gravement malades, les handicapéEs, les grabataires, les sans-papiers, les usagErEs de drogues, les travailleurSEs du sexe, l'UMP a construit de nouvelles prisons. Rien n'a été fait pour assurer une égalité réelle dans l'accès à la prévention et aux soins, comme l'y oblige pourtant la loi.

 

Moins d'argent, plus de sida

 

La lutte contre le sida est de moins en moins financée. Le soutien à la recherche et aux actions associatives périclitent. Ces dernières années ont été particulièrement difficiles, notamment pour les petites associations, avec la mise en place des ARS (Agences régionales de santé), une diminution de leur enveloppe, et un arbitraire total dans le choix des montants des subventions et de leurs bénéficiaires. Des petites structures doivent fermer, ou s'intégrer à des plus grandes. La lutte contre le sida, au niveau associatif, est en train de perdre ce qui en fait son efficacité : son ancrage local, la multiplicité de ses interventions, son pluralisme.

 

L'Agence Nationale de Recherche sur le Sida (ANRS) a elle-aussi perdu des crédits. Si son avenir proche n'est financièrement pas menacé, elle ne dispose pas des moyens nécessaires à réaliser l'ampleur de sa tâche. D'une façon plus générale, la recherche a été amputée de ses moyens, segmentée, asservie à des intérêts privés et coupe de la société civile.

 

Sous Jacques Chirac, la contribution financière de la France au Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, a augmenté régulièrement. Sarkozy a décidé de geler cette contribution l''année même de son élection, avant le début de la crise financière mondiale qui lui servira ensuite d'alibi pour justifier ses choix politiques. L'année dernière, cette contribution augmentait d'à peine 20 %, alors qu'un triplement était nécessaire pour tenir la promesse qu'il avait faite lors de sa campagne d'assurer l'accès universel aux traitements. Dans le même temps, son gouvernement ne fait rien pour assurer une meilleure diffusion des médicaments génériques à travers le monde, et envoie au contraire des négociateurs mettre en place des accords internationaux qui vont priver les pays du Sud des moyens de recourir aux copies des médicaments, donc de soigner plus de personnes.

 

Manifestation d'Act Up-Paris devant l'Elysée, septembre 2009. Des militants sont allongés par terre pendant que d'autres tiennent une banderole sur laquelle on peut lire

 

L'obscurantisme contre nos vies

 

 

Le bilan de l'UMP est donc sans appel : c'est un désastre. L'UMP oppose à la santé des logiques qui n'ont pas à l'être : la sécurité, la morale, les finances. De même, elle refuse de s'appuyer sur les données scientifiques et les réalités de terrain que font remonter les acteurRICEs de la lutte contre le sida. C'est ainsi que François Fillon indique en août 2010 que les salles de consommations à moindre risque pour usagErEs de drogues ne sont « ni utiles, ni souhaitables », alors qu'un rapport de l'INSERM, l'ensemble des associations de terrain, la prix nobel de médecine Françoise Barré-Sinoussi, les usagErEs de drogues et des études scientifiques internationales affirment le contraire. Cet obscurantisme se retrouve dans de nombreux choix politiques qui concernent la lutte contre le sida : sur les sans-papiers, les travailleurSEs du sexe, les franchises médicales, le dépistage obligatoire, etc.

 

9 ans d'obscurantisme au pouvoir ont imprégné la société, et le dénoncer est l'un des enjeux de la campagne. Il faut pour cela se donner les moyens de discussions éclairées, étayées par les données scientifiques, sur les choix politiques qui concernent la santé , faire appel à l'expertise des personnes séropositives et au témoignage des acteurRICEs de terrain. Car il ne s'agit pas seulement de faire barrage à l'UMP, même si c'est indispensable. Il s'agit aussi de combattre ses « idées », de faire en sorte qu'elles cessent de fermer les horizons politiques et de pourrir nos vies.

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