Retour sur le meeting pour l'égalité : plus que jamais, battre la campagne !

Samedi 31 mars se tenait, aux Folies Bergères, un « meeting LGBT » organisé par la Fédération LGBT, la Coordination interpride France et l'Inter-LGBT. Au programme, 4 heures de discussions avec certainEs candidatEs à l'élection présidentielle ou leurs représentantEs, quelques personnalités du monde associatif et des artistes.

Que retenir de cette soirée ?

Tout d'abord, la présence un peu honteuse des candidatEs de la droite et du centre. La représentante de François Bayrou, notamment, qui n'a trouvé d'autre justification au refus de ce dernier d'inscrire le mariage pour les couples de même sexe dans son programme qu'une raison religieuse, François Bayrou étant « très croyant et très respectueux du caractère sacré du mariage ». Mais surtout, l'intervention du représentant de l'UMP, totalement décalée en raison de l'attitude d'emblée défensive qu'il adopta : ce dernier peinait à se faire entendre sous les huées, dans une salle criant « Sarkozy homophobe », « Résistance ! » ou « Egalité » pour lui signifier qu'il l'indécence d'une droite qui ose encore, après dix ans de recul social et de haine des minorités, se présenter à un meeting pour l'égalité. Lorsqu'il parvint à se faire entendre, le représentant de l'UMP expliqua que le candidat-président était « aussi respectueux des homosexuels que des hétérosexuels », ce qui en dit long sur le cynisme de la droite envers les LGBT.

La gauche, de son côté, s'est montré plus en phase avec les revendications évoquées lors de la soirée. On peut regretter l'absence d'annonces fortes (la plupart des revendications étant déjà dans les programmes des candidatEs), dues notamment à la nature des questions posées, se cantonnant essentiellement aux discriminations et au mariage ; mais quelques éléments sont toutefois à noter.

Représenté par Najat Vallaud-Belkacem, le Parti Socialiste (PS) semble avoir indiqué, malgré une formulation un peu confuse, la volonté de son candidat à ouvrir le don du sang aux homosexuels, après avoir rappelé qu' « il n'y a pas de population à risque » et qu'il faut mettre fin à cette discrimination.

Jean-Luc Mélanchon et Eva Joly, seulEs candidatEs présentEs en personne, paraissaient relativement bien maîtriser leur sujet et proposèrent des éléments de discussions pertinents : Eva Joly s'engagea à dépsychiatriser les parcours trans', à supprimer les franchises médicales, à refuser l'application de l'accord ACTA s'il est voté, à promouvoir un accès élargi aux médicaments génériques, ainsi qu'à conditionner l'aide au développement international à la non-pénalisation de l'homosexualité. De son côté, Jean-Luc Mélanchon, qui commença par affirmer, d'une manière assez surprenante, qu'il était « universaliste, mais par le transgenre », évoqua « la dépsychiatrisation, la déjudiciarisation et la dépathologisation des identités », annonça la possibilité de changement déclaratif de mention du sexe sur l'état civil, et ironisa un peu sur le mariage, qu'il entend proposer en cas de victoire à l'élection présidentielle, mais dont il ne comprend pas la revendication par les LGBT.

Et le sida, dans tout ça ?

Présent a minima dans les débats, le sida fut essentiellement abordé lors d'une intervention de Aides et d'Eric Fleutelot, de Sidaction. Ce dernier souligna avec raison l'importance qu'une candidate ait parlé d'ACTA, accord dont les enjeux sont d'une importance majeure, notamment sur la libre circulation des médicaments génériques et les libertés individuelles, et ironisa sur le représentant de Nicolas Sarkozy, en notant que « l'UMP nous donne l'égalité : l'égalité d'être méprisés au même titre que les autres... ».

Mais on regrettera avec amertume, dans une soirée initiée par des associations LGBT, le peu de prise sur la réalité de l'épidémie : lorsqu'il fut évoqué, le sida servait essentiellement de prétexte à parler du système de soin, et les spécificités de l'épidémie chez les gays ne furent pas abordées. Quelles politiques de prévention seront proposées par les candidatEs ? Comment reviendront elles/ils sur la répression et la précarisation des travailleurSEs du sexe et des usagers de drogues ? Quelle politique en faveur des prisonnierEs ?

Un débat, notamment en présence des candidatEs de la gauche, peut-il faire l'économie de ces questions ? L'épidémie est en augmentation chez les pédés, les trans' et les usagers de drogues : quelles réponses concrètes pourraient apporter les candidatEs ? On n'en connaîtra pas la réponse sans leur poser ces questions.

C'est d'ailleurs pour ces raisons qu'Act Up-Paris organise une discussion publique avec les candidatEs de la gauche (car la droite ne saurait pour nous représenter un interlocuteur décent, après dix ans de politiques violentes envers les malades et les minorités), le jeudi 12 avril (3). À cette occasion, nous interpellerons les candidatEs sur les « sujets qui fâchent », afin de mettre la gauche devant ses responsabilités et afin que les candidatEs soient confrontéEs à une réalité de l'épidémie et des discriminations qui ne se résume pas à l'égalité des droits, bien que celle-ci ait son importance. Le sida est affaire de volonté politique, et nous ne nous satisferons pas de vagues promesses sur l'égalité et le système de soins : nous exigeons de la gauche qu'elle soit plus pertinente et audacieuse sur les sujets qui engagent nos vies et nos identités, et veillerons à ce que les promesses des unEs et des autres soient respectées.

 

  1. Le jeudi 12 avril à 19h à l'Ecole des Beaux Arts de Paris, 14 rue Bonaparte, amphithéâtre des Loges. 

 

 

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