Le périph' n'a pas arrêté le sida - Marche des Fiertés en Banlieues, 9 juin 2019

Depuis plus d’un an, Act Up-Paris formule l’équation suivante : Discriminations + Répression = Contaminations. Les banlieues se situent au cœur de ce constat où discriminations et répression de la part de l’État font le lit de l’épidémie.

Cortège d'Act Up-Paris lors de la 1ère Marche des Fiertés des banlieues à Saint Denis (photo Act Up-Paris) Cortège d'Act Up-Paris lors de la 1ère Marche des Fiertés des banlieues à Saint Denis (photo Act Up-Paris)

Le périph’ n’a pas arrêté le sida : alors que les contaminations ne diminuent pas et que “l’épidémie cachée” brûle dans les banlieues, elles restent des territoires abandonnés et oubliés de la République.

Aujourd'hui, l’Ile de France demeure la région la plus touchée par l'épidémie de VIH/sida en termes de contaminations. Chaque année, dans cette région, plus de 2 500 personnes sont diagnostiquéEs séropositiVEs au VIH, soit plus d'un tiers des 6 000 nouvelles contaminations par an sur le territoire français. Après Paris, la Seine Saint-Denis et le Val d'Oise sont les deux départements les plus touchés, autrement dit les banlieues parisiennes. Nous ne pouvons que constater les disparités au niveau des populations touchéEs par l'épidémie entre la capitale et ses banlieues. Si dans Paris intra-muros, les nouvelles contaminations concernent essentiellement les personnes LGBTQI+, et plus particulièrement les HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes), ce n'est pas le cas de ses banlieues, où la majorité des contaminations concernent des populations hétérosexuelLEs, en particulier des femmes et des hommes néEs à l'étranger.

En Ile-de-France, s'ajoutent aux découvertes de séropositivité un nombre de personnes ignorant leur séropositivité particulièrement important, puisqu'il est estimé à 10 200 personnes, dont 1320 rien qu’en Seine Saint-Denis. Ainsi, les personnes LGBTQI+ de banlieue ne sont pas épargnéEs par l'épidémie, notamment du fait des lgbtiphobies. Ces discriminations ne sont pour autant pas réductibles, comme on voudrait nous le faire croire, aux quartiers populaires ou aux "territoires oubliés de la République".

Ces territoires demeurent abandonnés comme en témoigne la désertification des services publics à laquelle ils font face et le manque de moyens alloués, tant pour l'accès aux droits sociaux : démarches auprès de la CAF, logements sociaux, attribution de l'Allocation Adulte Handicapé (AAH)... que pour l'accès aux services de soins et de santé : manque criant de structures de soins, de dépistage, de prévention et de réduction des risques, de politiques d’éducation à la santé sexuelle et la sensibilisation aux maladies et infections sexuellement transmissibles, de services d’infectiologie de proximité pour l’accès aux traitements et l’amélioration de la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH.

Act-Up Paris veut apporter son soutien et en finir avec cette ségrégation spatiale, sociale mais aussi médicale qui attise l’épidémie de VIH/sida, car c'est également dans les banlieues que vivent des populations particulièrement stigmatiséEs et exposéEs. Si le périph' peut constituer aux yeux de certainEs une barrière, il nous faut rappeler que le sida, lui, n'a pas de frontière !

Chaque jour nous offre son lot de dénigrements contre les populations des quartiers populaires et des minorités, de la part de prétenduEs alliéEs dans la lutte contre les lgbtqiphobies. Ces dénonciations des actes lgbtqiophobes, bien que louables au premier abord, ne servent bien souvent que de cache-sexe quant aux véritables intentions de politiques racistes, classistes et ciblées contre les populations des banlieues.

Nous marchons enfin aujourd’hui pour rappeler la convergence des luttes contre le sida qui ont mené leur batailles et gagné leur combats grâce à la coalition de toutes les personnes concernéEs par l’épidémie : trans, putes, gouines, pédés, migrantEs, raciséEs qu’elles habitent dans les banlieues ou non. Ces dernières, au-delà des lgbtqiphobies ou de la sérophobie subissent également racisme, islamophobie et antisémitisme, classisme et violences policières et étatiques au quotidien. 50 ans après les émeutes de Stonewall, il est essentiel de se souvenir que les luttes pour les droits des personnes LBGTIQ+ ont été menées par des personnes queer raciséEs avec qui nous marchons aujourd’hui, que l’homonationalisme blanc et le pinkwashing tentent d’invisibiliser. En vain ! Comme nous le prouve cette première Marche des Fiertés en Banlieues !

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