Billet de blog 3 janv. 2022

Mérôme Jardin
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COVID-19 : ne pas céder aux provocations inéthiques et dangereuses

La situation de crise que connaissent les hôpitaux de ce pays appelle des débats dignes, qui s'appuient sur des preuves scientifiques solides et qui respectent l'éthique. Nous appelons à combattre les propositions inéthiques et dangereuses concernant les personnes non-vaccinées.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Communiqué de presse – 3 janvier 2022

OTMeds – Observatoire de la Transparence dans les Politiques du Médicament

La situation de crise que connaissent les hôpitaux de ce pays appelle des débats dignes, qui s'appuient sur des preuves scientifiques solides et qui respectent l'éthique. Nous appelons à combattre les propositions inéthiques et dangereuses faites sur les réseaux sociaux, notamment par l'intermédiaire d'une tribune publiée le 2 janvier 2022 dans le Journal du dimanche, concernant les personnes non-vaccinées : « rédiger des directives anticipées pour dire si elles souhaitent ou non être réanimées en cas de forme grave de Covid ». Prise au pied de la lettre, cette proposition pourrait être interprétée comme un appel fait aux non-vaccinés à renoncer à des soins de réanimation, donc à envisager de possiblement mourir pour ne pas engorger les services hospitaliers.

Les vingt dernières années de politique d'austérité ont vulnérabilisé les hôpitaux publics. La gestion catastrophique de l'épidémie par le gouvernement a aggravé la situation. Au vu de la cinquième vague, de la saturation des services, des dilemmes éthiques qu'elle impose, des pertes de chances pour d'autres patients, de l'épuisement des personnels, la situation semble désespérée. Nous avons plus que jamais besoin d'un débat qui replace l'éthique, la dignité humaine et les acquis de la santé publique au centre de l'action politique. Or, les idées circulant sur les réseaux sociaux et relayées notamment dans une tribune du JDD de ce dimanche 2 janvier vont dans le sens contraire. Ces propositions soulèvent de nombreuses questions :

  • Cette proposition s'inscrit dans une logique libérale des politiques de santé, selon laquelle la responsabilité individuelle doit primer. Quelles seraient les prochaines étapes ? Ne plus soigner un usager de drogues malade d'une hépatite virale ? Faire payer la prise en charge de son cancer du poumon à un fumeur ? Mettre une amende à un diabétique qui ne respecte pas son régime ?

  • Les études en santé publique sur l'adhésion vaccinale n'ont jamais démontré que la stigmatisation induite par ce type de proposition ait une quelconque efficacité. Au contraire, elle a des effets néfastes : par exemple, la honte induite peut retarder le moment où une personne non vaccinée et contaminée sollicitera une aide ou se fera dépister.

  • Ce genre de provocation empêche de discuter de mesures efficaces : la lutte contre les inégalités en santé, le financement de stratégies d'aller vers, l'appui sur des stratégies de santé communautaire, des campagnes d'information claire sur tous les outils de prévention, présentant clairement l'intérêt et les limites de chacun d'entre eux et la nécessité de les combiner.

  • Le droit de mourir dans la dignité est un sujet essentiel. La nécessaire information sur la rédaction de directives anticipées mérite mieux qu'un tel détournement qui ne vise que la provocation gratuite.

Nous appelons chaque personnalité publique à appuyer ses interventions sur des principes d'éthique, de dignité et de scientificité. La crise en cours les rend encore plus nécessaires. Nous appelons les médias à fixer enfin des limites dans la publicité qu'ils accordent à des provocations inéthiques et dangereuses.

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