Communiqué commun de l’Inter-Urgences & de l’Observatoire

Ce 14 février se tient une nouvelle mobilisation pour la défense d’un hôpital public de qualité. A cette occasion, l’Inter-Urgences et l’Observatoire de la Transparence dans les Politiques du médicament s’allient pour rappeler qu’une réorientation massive des dépenses en santé est possible en faisant baisser les prix drastiques et illégitimes des médicaments et des produits de santé.

visuel-ciu-otmeds

Les politiques d’austérité tuent l’hôpital public, compromettent l’accueil et les soins aux patient-es, les mettent en danger. Elles dégradent les conditions de travail des personnels. Elles renforcent les inégalités dans le domaine de la santé.

La responsabilité de l’actuelle ministre de la santé dans la crise sans précédent que traverse l’hôpital public est écrasante. Pourtant, les moyens financiers existent. Il suffit à Agnès Buzyn d’assurer la transparence sur les prix des médicaments et produits de santé, de renégocier à la baisse les prix exorbitants et illégitimes et de refaire de l’hôpital public une priorité.

L'industrie pharmaceutique fixe, dans la plus grande opacité, des prix exorbitants dont la légitimité n’est jamais documentée par l’Etati. Ces dépenses massives et illégitimes menacent notre système de santé. Nous payons deux fois les médicaments et produits de santé : d'abord par un soutien public à la rechercheii, ensuite par l'Assurance maladie. Les risques et l’investissement sont publics, les bénéfices sont totalement privés, et Agnès Buzyn ose dire qu’elle n’a pas les moyens pour augmenter le budget de l’hôpital public d’au minimum 4 % pour faire face à la hausse programmée des charges ?

Il n’est plus possible d’attendre. L’argent pour financer l’hôpital public existe, encore faudrait-il qu’une véritable ministre de la santé opère les réformes indispensables. En maintenant un système absurde qui ne profite qu'à une poignée d'actionnaires et où l'argent public, les impôts et cotisations de chaque citoyen-ne, sert à acheter deux fois les médicaments, Agnès Buzyn sacrifie le système de santé, impose de nouvelles dépenses aux usagers et ruine les conditions de travail des personnels.

Il lui est encore possible d’assurer un véritable travail de ministre de la santé en assurant toute la transparence sur les prix des médicaments — en émettant au plus un décret pour mettre en œuvre la résolution de l’Assemblée Mondiale de la santé de 2019 sur la transparence — et en réorientant les dépenses en santé des poches des actionnaires de l’industrie à des moyens effectifs pour un hôpital public de qualité. Il est possible de répondre aux revendications légitimes des personnels et des usagers : fin des fermetures de lits, et au contraire ouverture de lits partout où c’est nécessaire, augmentation des salaires à aligner sur la moyenne de l’OCDE, augmentation d’au minimum 4 % du budget hospitalier (ONDAM).

 

i En 2014, des nouveaux traitements de l’hépatite C ont été mis sur le marché autour de 50 000 €. L’achat par l’Assurance maladie de ce traitement pour l’ensemble des personnes touchées par l’hépatite C en France en 2014 aurait représenté 13 milliards d'euros soit presque deux fois le budget total de l’AP-HP en 2014 (7 milliards d’euros) !

ii Quelques exemples :

- C'est le cas d'outils de suivi d'une hépatite virale, développés grâce à de l’argent public (l’INSERM, CNRS, AP-HP, des universités et d’écoles d'ingénieurs publiques). Pourtant les bénéfices sont privés.

- En 2019, le prix du Zolgensma, développé grâce à l’argent du Téléthon, donc des dons défiscalisés, a été proposé par la firme Novartis au prix de 2,1 millions d’euros par injection !

- Depuis 10 ans, Sanofi, comme tant d'autres industries qui justifient les prix par les risques financiers qu'elle prend, reçoit entre 110 et 150 millions d'euros par an d'aides publiques via le crédit d'impôt recherche, sans compter les autres financements publics qu'elle reçoit sous d’autres formes – pourtant, dans la réalité, Sanofi réduit le nombre de chercheurs.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.