Diabétiques implantés : la mobilisation paie, la vigilance reste de mise

La mobilisation a contraint le laboratoire Medtronic à revenir sur ses décisions commerciales qui mettaient en danger les personnes diabétiques implantées. Nous restons vigilants quant au calendrier d'application des annonces que l'industriel a faites mardi 13 juillet lors d'une réunion au ministère de la santé.

Collectif des diabétiques implantés

OTMeds

(Observatoire de la Transparence dans les Politiques du Médicament)

Communiqué – 16 juillet 2021

En 2019, le laboratoire Medtronic annonce l'arrêt de la production de pompes à insuline implantées et la réduction unilatérale de la garantie des pompes déjà administrées. Ces dispositifs médicaux s'adressent aux personnes diabétiques chez qui les modes d'administration classique, sous-cutanés, ne fonctionnent pas ou entraînent de lourdes réactions. Ils répondent donc à un besoin vital pour de nombreuses personnes vivant avec un diabète, et sont susceptibles d'améliorer la qualité de vie de beaucoup d'autres. Prévenus dès 2017, les pouvoirs publics ont laissé faire pendant plusieurs années.

Une réunion s'est tenue le 13 juillet dernier, organisée par le ministère de la santé, en présence du collectif des diabétiques implantés. Medtronic a annoncé qu'il rétablissait à 6 ans la garantie des pompes telle que mentionnée dans la nomenclature de l’Assurance maladie en ligne. Le laboratoire a enfin accepté de produire quelques pompes supplémentaires tant qu'il lui resterait des composants. Il s'agissait de deux demandes importantes du collectif des diabétiques implantés.

D'autre part, Medtronic a annoncé avoir acheté à la fondation Alfred Mann le brevet d'une pompe interne. Il s'agit de pompes à morphine qui nécessiteront un travail de Recherche & Développement conséquent avant de pouvoir être utilisées pour l’insuline. Les premiers essais ne sont prévus que pour dans deux à trois ans. À terme, l'industriel viserait à fabriquer des pompes à capteurs intégrés. D'autres industriels sont susceptibles de se lancer dans ce domaine. Ainsi, même au sein de logiques marchandes selon lesquelles les malades représenteraient un « marché », il y a là des « opportunités ». La reprise du projet par Medtronic prouve que le « marché » potentiel est très large et les risques très limités, voire inexistants car la demande est là.

La mobilisation soutenue du Collectif des diabétiques implantés depuis 2019 et le travail conjoint récent avec OTMeds commencent donc à porter leurs fruits. Nous nous en félicitons, mais la vigilance reste de mise :

  • Nous attendons un engagement écrit, précis et détaillé de Medtronic quant aux annonces faites à l'oral ce 13 juillet.

  • En particulier, nous veillerons à ce que la prolongation de la production des pompes actuelles soit suffisante pour couvrir les besoins des personnes concernées jusqu'à l'arrivée et l'homologation de nouvelles. Nous lancerons des appels à témoignages pour y veiller.

  • La stratégie de Medtronic soulève de nombreuses questions : en 2017, le laboratoire estimait que les diabétiques implantés ne représentaient plus un « marché » intéressant. C'est pourquoi il a mis fin à la production des pompes homologuées, fiables et répondant à un besoin vital. Il a ignoré les alertes lancées par les médecins dès 2017, puis par les diabétiques implantés dès 2019. Et ce n'est qu'en 2021, une fois que la mobilisation a montré publiquement le besoin vital auquel répondent ces pompes, qu'il annonce des recherches sur des nouveaux dispositifs qui vont devoir faire l'objet d'études cliniques pour recevoir une homologation. Cette politique semble plus répondre à la volonté de conserver des produits sous brevets qu'au souci de garantir aux personnes diabétiques des dispositifs médicaux correspondant à leurs besoins.

  • À ce titre, toute la transparence doit être faite sur les aides publiques que le laboratoire aurait pu recevoir, afin d'évaluer la légitimité des brevets déposés, du monopole qu'ils permettent et d'éclairer les décisions qui seront prises sur le prix que l'Assurance maladie doit rembourser.

  • Ce dossier prouve par ailleurs une nouvelle fois l’intérêt de maintenir la vigilance à l’échelle européenne car la problématique n’est pas franco-française.

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