Après le lobby du vin, le gouvernement cédera-t-il au lobby pharmaceutique ?

En retirant son soutien à l'opération « un mois sans alcool », le gouvernement a sacrifié la santé au lobby du vin. S'il venait, lundi ou mardi, à s'opposer à la transparence sur les prix des médicaments, il cèderait aux pressions de l'industrie pharmaceutique

Communiqué de presse - Lundi 24 novembre 2019

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Amiante, sang contaminé, Médiator, Dépakine, etc. : en France, nombreux sont les exemples où la santé de chacun-e et la santé publique ont été sacrifiés à d'autres intérêts, notamment celui de l'activité économique des industriels. La majorité actuelle n'a rien inventé en la matière, mais pousse l'influence des lobbys privés contre la santé à un point rarement atteint : l'annulation du soutien du gouvernement à l'opération « Un mois sans alcool » en est la preuve.

Notre système de santé est aujourd'hui menacé par l'explosion des prix des médicaments et des produits de santé[1]. Pour faire face à cette montée indue des prix des médicaments, les pouvoirs publics exigent, depuis vingt ans, des sacrifices toujours plus grands aux usagers, notamment aux personnes gravement malades, et aux personnels soignants, médecins, urgentistes, paramédicaux. La situation devient intenable comme le prouvent les mois de grève des urgences.

Des risques publics et des profits privés

Or, la légitimité de ces prix imposés par les industriels n'est jamais expertisée ni réellement débattue. Aucun sacrifice n'a été exigé des actionnaires de l'industrie pharmaceutique, au contraire. Comment accepter que Sanofi reçoive 150 millions d'euros par an de soutien à la recherche, et en parallèle supprime des postes de chercheur-ses et ferme des unités entières de recherche et développement ? Comment accepter que ce même Sanofi brevète et conserve une exclusivité sur l'insuline, molécule découverte il y a plus de 100 ans, ou brevète en 2014 une combinaison de molécules contre la tuberculose connues depuis respectivement 100 et 40 ans ? Comment tolérer que des outils de diagnostic essentiels à la prise en charge de l'hépatite C aient été conçus en grande partie grâce à de l'argent public français, mais se retrouvent aujourd'hui vendus par une entreprise privée qui en accapare les bénéfices ?

L'industrie pharmaceutique a peur de la transparence sur ces questions, puisqu'elle sait qu'un débat enfin éclairé mettrait à mal sa propagande trop souvent reprise par les politiques et des commentateurs. Non, les prix indus des médicaments et produits de santé ne sauvent pas l'emploi, non le système opaque des brevets ne permet pas d'innover et de répondre aux besoins de tous et toutes, oui nous payons au moins deux fois les médicaments : d'abord à travers la recherche menée par des institutions publiques, mais également par le soutien public à la recherche privée, et ensuite par les remboursements de l'Assurance maladie.

Alors que la transparence fait enfin son entrée cette année à l'Assemblée nationale dans le cadre des débats sur le budget de la sécurité sociale (PLFSS 2020), que le député rapporteur du projet de loi, Olivier Véran, se range enfin en partie à nos arguments et co-écrit un amendement poussant à la transparence, les industriels du médicament exercent des pressions sur les responsables politiques, notamment le gouvernement et l'Elysée. Nous n'avons par exemple toujours pas reçu de réponse de Matignon à une lettre ouverte signée par 70 personnalités et organisations demandant la transparence.

Les amendements que nous avons proposés, en partie repris par le rapporteur, reposent sur une expertise technique et juridique de vingt ans. Ils répondent à une exigence démocratique forte et, en documentant la légitimité des prix, redonneront du pouvoir au régulateur public lors de la négociation des prix, permettant de dégager des économies qui peuvent servir aux hôpitaux, ou à l'accès aux soins des réfugiés, remis en cause par Agnès Buzyn.

Le gouvernement n'a aucune raison de s'opposer à la transparence. Au contraire, il est engagé depuis qu'il a signé une résolution internationale sur le sujet devant l'OMS en mai dernier.
Si le gouvernement s'opposait en séance à de tels amendements, il apporterait une nouvelle preuve que la santé n'est rien pour Emmanuel Macron ou Edouard Philippe.

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[1] En 2014, des médicaments contre l’hépatite C étaient mis sur le marché pour 50 000€ le traitement. Cette année, le laboratoire Novartis demande 2 millions d’euros par injection pour une thérapie génique développée en partie grâce à l’argent du Téléthon, en partie public.

 

 

 

 

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