Union sacrée à Marseille pour la Reconnaissance du Génocide Tzigane

La reconnaissance du « génocide tzigane », perpétré par les nazis et leurs complices il y a 70 ans, était au centre des travaux du CARGT (Comité d'Action pour la Reconnaissance du Génocide Tzigane), lundi 7 novembre 2011, à bord du navire « Le Marseillois », amarré quai de la Fraternité à Marseille.

 

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Le lancement officiel des travaux de ce Comité, créé le 24 février 2011 par Véronique Labbe, présidente de l'association « Notre Route », avec l'ancien député Frédéric Dutoit (PCF), conseiller municipal de Marseille, s'est effectué avec la participation du Docteur Michel Bourgat (UMP), Adjoint au Maire de Marseille pour la Lutte contre l'exclusion - Intégration Unité d'Hébergement d'Urgence Samu Social ; Pascal Chamassian (Divers gauche), Secrétaire national du conseil de coordination des organisations Arméniennes de France et conseiller municipal de la ville de Marseille ; Sébastien Barles, conseiller municipal de Marseille et porte-parole régional d'EE-LV (Europe Écologie - Les Verts). Des représentants du monde associatif, artistique et culturel, notamment arméniens, s'étaient joints aux élus pour dénoncer les préjugés, vexations, discriminations et violences dont sont victimes nos concitoyens européens Roms mais aussi nos compatriotes français, Gens du Voyage (voir vidéo). Pas seulement à Marseille mais dans tout le pays. Comme si les valeurs transmises par les Résistants à l'Union européenne n'avaient plus cours en France !

Cette réunion de travail était chargée de symboles ! Pas seulement en raison du nom du quai, celui de la Fraternité, ou d'élus de tout bord qui ont répondu présents à l'appel des fondateurs du Cargt, mais en mémoire d'un autre navire, « l'Exodus » qui, en juillet 1947, transportait clandestinement 4500 hommes, femmes et enfants rescapés des camps de la mort, victimes de la Shoah, victimes comme les Tziganes d'une politique d'extermination. Mais qui se souvient aujourd'hui du « Génocide Tzigane » ? Selon Véronique Labbe « C'est à peine si l'on en fait mention dans les livres d'école »... Soixante-dix ans après ces événements tragiques, les Roms sont toujours victimes de la pauvreté, de mesures discriminatoires, voire d'actes criminels dans certains États, en France notamment, dont certains représentants semblent avoir la mémoire courte. Le Cargt veut faire bouger les consciences et changer les mentalités. Pour commencer, il demande au Parlement français de voter une loi reconnaissant le génocide tzigane.

Incendies criminels, « départs volontaires »... Et après ?
Une situation qui se traduit à Marseille « par des propos racistes, des exactions et des incendies criminels », dénoncent les participants du Cargt ... Des comportements de « haine », relève l'Adjoint Michel Bourgat (UMP) qui en appelle au « respect de nos valeurs ». C'est au nom de ces valeurs, précise-t-il, qu'il s'est associé à l'initiative du Cargt. « Une formule qui a valeur d'engagement, comme le prouvent ses interventions au nom de la mairie de Marseille en faveur de l'installation de deux familles Roms dans le quartier du Panier », nous glisse au creux de l'oreille l'ancien Conseiller Régional Jean-Paul Nostriano (PCF), bien connu dans le quartier pour son engagement en faveur des plus démunis et des locataires expulsés.
Pourtant, ajoutons-nous, loin de stigmatiser des exactions dont le but est au minimum de terroriser et de chasser loin de la métropole phocéenne et notre pays les Roms, les plus hautes autorités de l'État français semblent encourager leurs « départs volontaires »... pour parler la « novlangue » de l'administration française. « Comme si elles cautionnaient des agissements criminels ! » diraient certains.

Des États se repassent la population Rom comme une patate chaude
Ces « départs volontaires » revêtent aux yeux d'éminentes personnalités européennes l'allure d'expulsions collectives, totalement contraires au droit communautaire. La Commission européenne, par la voix de Viviane Reding, vice-présidente, chargée de la justice et droits fondamentaux des citoyens, mais aussi les députés du Parlement Européen se sont émus de la politique française, allant jusqu'à clamer haut et fort leur indignation. En 2010, Viviane Reding n'a pas hésité à adresser un ultimatum à l'État français ! (voir billet sur Médiapart en actionnant ce lien)
Pour les députés européens, « entre 10 et 12 millions de Roms vivent en Europe, où ils sont souvent victimes de mesures discriminatoires et de la pauvreté. Au regard des institutions européenne, ce sont des citoyens européens comme les autres, et ils ont donc le droit, eux-aussi, de circuler librement sur toute l'étendue du territoire de l'Union. En France, ce droit est loin d'être respecté. »
L'Union européenne met à la disposition des États des programmes de lutte contre la pauvreté, pour l'insertion sociale et professionnelle, avec des aides financières à la clé... « Les États ne les utilisent pas», dénoncent les ONG. Comme si certains États ne voulaient pas de cette population et se la repassaient comme une patate chaude.
« On restreint sa liberté de circulation, on la criminalise et on s'en débarrasse... Aujourd'hui, l'administration française contraint ses ressortissants par la ruse à quitter le territoire... et demain ? Les mettra-t-on dans des camps … ? » On se se souvient de l'avertissement lancé par Winston Churchill : « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre." Cet avertissement vaut pour tout le monde. Les responsables européens, dépositaires de la mémoire de l'Europe (comme ceux du Cargt) n'oublient pas : « Toute restriction à la liberté de circulation ne peut se justifier par une origine ethnique ou nationale.» (extrait de la résolution adoptée le 9 septembre 2010 à Strasbourg). Ils dénoncent une « rhétorique provocatrice et discriminatoire des décideurs politiques ». Cette rhétorique prépare, selon eux, le terrain aux groupes d’extrême-droite. »
On devrait s'interroger sur des pratiques, en œuvre pas seulement dans des pays européens qui ont du mal à se libérer d'un lourd passé dictatorial mais aussi dans la France jacobine. Sous l'ancien régime, comme le rappelle la présidente de « Notre route » (voir vidéo), les gens du voyage étaient protégés par le roi. Un comportement que l'on retrouve de nos jour sous la monarchie parlementaire britannique. Au Royaume-Uni, les Roms bénéficient d'un préjugé favorable. En 2010, en République Fédérale d'Allemagne, les propos de l'actuel président de la république française ont déclenché un scandale et provoqué l'ire de la presse (on peut activer ce lien pour en savoir plus).

Pétition en ligne
On mesure toute l'importance que revêt l'adoption d'une loi, portant sur la reconnaissance du « génocide tzigane » perpétré durant la Seconde Guerre mondiale. "Parce qu'ils étaient considérés comme asociaux, ce sont entre 250 000 et 500 000 Tziganes
, sur les 700 000 qui ont été exterminés au cours de la Seconde Guerre mondiale". (LDH Toulon). Un génocide perpétré par les nazis, avec l'aide d'États comme l'État dit Français, incapables de résister aux demandes nazies à l'imitation de la Bulgarie. Aujourd'hui, en ces temps de crise, on assiste aux mêmes prémices, aux mêmes dénis de la dignité, aux mêmes rejets, aux mêmes hypocrisies d'État...
On ne peut qu'encourager les citoyens à se saisir du problème, en signant la pétition mise en ligne sur le site www.mesopinions.com, qui recueille « de nombreuses signatures de personnalités, de citoyens, d'associations et d'élus », selon Frédéric Dutoit. Mieux vaut, en effet, que nos élus nationaux légifèrent sur une reconnaissance du génocide tzigane, plutôt que de laisser faire nos autorités administratives... qui ne font pas grand cas de nos valeurs et interprètent à leur manière les traités européens. Ce sera aussi l'occasion de préparer les esprits à renouer avec les bonnes pratiques de la démocratie... Et les vraies valeurs européennes. Philippe LEGER

 

 

 

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