Découvrez la nouvelle Charte de participation de Mediapart

Seul journal en ligne totalement participatif, Mediapart publie sa nouvelle Charte de participation, élaborée à l’issue d’une large consultation de ses abonné·e·s commencée fin 2019.

Dans le paysage médiatique francophone, Mediapart est le seul journal en ligne à avoir gardé le cap du participatif. Partout ailleurs, les commentaires ont été limités, en nombre comme en longueur, et les blogs sont, le plus souvent, réservés à des contributeurs choisis par les rédactions. De plus, ils sont modérés par des prestataires extérieurs qui n’entretiennent pas de relation suivie ni d’échange direct avec les lecteurs et lectrices.

Tous ces médias ont ainsi repris une position de surplomb et d’autorité par rapport à leur public, tournant le dos à la promesse démocratique de la révolution numérique d’une information discutée, prolongée et complétée, par ses destinataires.

À Mediapart, c’est tout l’inverse. Nos abonné·e·s peuvent commenter articles et blogs autant de fois qu’ils le veulent, sans limitation de longueur. Leur abonnement leur donne droit automatiquement à un blog dans notre espace participatif, le Club, dont la lecture est en accès libre, à la différence du Journal. Ils et elles peuvent y publier librement leurs contributions sans avoir à solliciter notre accord.

Enfin, tous les contenus mis en ligne par nos abonné·e·s sont modérés par une équipe dédiée de salarié·e·s de Mediapart qui s’occupe aussi bien des billets que des commentaires, veillant à la qualité et à la correction des échanges, tout en entretenant le lien avec leurs auteurs. Son intervention ne se fait qu’a posteriori, dans le respect de notre Charte de participation que nos abonné·e·s se sont engagé·e·s à respecter en souscrivant leur abonnement.

La forte croissance de Mediapart, qui a atteint 200 000 abonné·e·s, et l’expérience professionnelle acquise, dans l’exercice de la modération, nous ont incités à mettre en chantier une nouvelle Charte de participation, plus accessible, plus complète et plus précise, plus pédagogique et vivante aussi (vous la découvrirez ici). Son élaboration a commencé, en novembre 2019, par une consultation des abonné·e·s, accompagnée d’une édition dédiée « Réinventer le participatif » (toutes les étapes sont rappelées dans ce billet). Et elle a été le fruit d’un travail collectif.

Quelque peu ralenti par la pandémie, il a été coordonné et suivi au sein de ce que nous appelons le groupe « Communautés », qui réunit toutes les compétences de Mediapart attachées à la relation participative avec notre public et qui est représenté au sein de notre Comité de direction par Renaud Creus. Trois personnes sont en charge de l’animation du Club, deux du suivi des commentaires sur le site, quatre de notre présence sur les réseaux sociaux, deux de la communication par nos événements et nos partenariats. Donc onze salarié·e·s au total, dévoué·e·s à temps plein au lien avec le public rassemblé par notre journal.

Cette nouvelle Charte répond d’abord à des demandes répétées de nos abonné·e·s, dont nombre de suggestions ont été retenues. Notre souci commun est d’éviter toute incompréhension et tout malentendu afin que la règle du jeu soit la plus claire et la plus explicite possible. L’enjeu est de préserver ensemble un espace de réflexion et de débat unique en son genre. Placé sous la responsabilité de celles et ceux qui y participent, nous devons le protéger de tout ce qui peut le discréditer, l’abaisser ou le ruiner. Cette nécessité est avivée par le climat d’intolérance qu’alimentent certains médias audiovisuels, notamment d’information en continu, et que relayent des campagnes de harcèlement organisées sur les réseaux sociaux.

Bref, notre responsabilité partagée est de nous employer à ce que cette liberté qu’offre Mediapart à ses abonné·e·s ne se retourne pas contre notre journal, son image et son crédit, son indépendance et son pluralisme. C’est ce que rappelle le « Manifeste » introductif de notre nouvelle Charte en soulignant combien « les dérives autoritaires de pouvoirs issus de l’élection caractérisent notre époque » : « Ayant pris conscience des potentialités émancipatrices de la révolution numérique – de partage du savoir, de mobilisation du public et de communication sans frontières –, ils n’ont de cesse de la discréditer et de la pervertir : en limitant l’exercice de nos libertés numériques, en criminalisant l’expression d’opinions dissidentes et en dévoyant Internet par un usage propagandiste. »

« Dès lors, poursuit ce préambule, la défense de la liberté d’expression engage notre responsabilité individuelle afin de ne pas offrir de prétexte à cette offensive conservatrice. De même que nous défendons à Mediapart un journalisme de qualité, rigoureux et professionnel, nous entendons promouvoir dans son Club un débat exigeant et bienveillant, à l’opposé des virulences haineuses et des fausses nouvelles que laissent proliférer des réseaux sociaux anonymes et irresponsables. L’exercice démocratique de la liberté d’expression doit tendre à élever le débat et non à l’abaisser. »

Un essai librement accessible en ligne Un essai librement accessible en ligne
Récemment, le sociologue Alain Caillé, qui anime la Revue du MAUSS éditée à La Découverte, a rendu accessible en ligne un bref essai intitulé L’urgence d’un modérantisme radical et sous-titré, non sans humour, S’émanciper sans s’étriper (il est disponible ici : L'urgence d'un modérantisme radical (pdf, 2.4 MB)). Théoricien du « convivialisme », il est alarmé par la dégradation du débat public, où l’invective et l’exclusion se substituent à l’échange et la discussion. Si je ne partage pas forcément toute sa réflexion, je souscris totalement à son souhait que l’on protège, promeuve et défende un espace public où il est « concevable de s’opposer et de discuter sans se massacrer ». Et j’en retiens volontiers la recommandation qui suit.

« Nous avons besoin, écrit Alain Caillé, de radicalité pour révéler et rendre intolérables toutes les dominations et les injustices. Mais nous avons aussi besoin que cette radicalité soit radicalement, intraitablement, modérantiste pour ne pas basculer dans son contraire et échouer dramatiquement, en se révélant plus oppressive que libératrice. Voilà un objectif difficile à penser et à réaliser, et notamment pour les jeunes qui ont besoin de s’opposer à un adversaire à portée de mains, clairement identifiable. Mais il est primordial si nous voulons reconstruire nos sociétés démantelées par près d’un demi-siècle de néolibéralisme. Il s’agit, en quelque sorte, d’introduire dans le champ des idées une stratégie de non-violence intellectuelle. »

Tel est l’esprit dans lequel ont été conçus notre nouvelle Charte de participation, ses principes et ses règles de modération. Un esprit qui s’inscrit dans l’héritage de la deuxième Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, celle de la Constitution de l’An I de la République française en 1793. Son article 6 énonce ceci, qui, de notre point de vue, n’a pas pris une ride : « La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui ; elle a pour principe la nature ; pour règle la justice ; pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : “Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu’il te soit fait.” »

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