Un journal dans la société: quelques interventions récentes

Un journal vivant est aussi un journal qui participe aux débats de la cité. En voici quelques illustrations qui témoignent du pluralisme foncier de Mediapart.

À l’image du crieur de journaux qui a inspiré notre logo, je suis souvent sollicité pour intervenir dans l’espace public. En rassemblant des vidéos ou des enregistrements d’interventions faites durant l’été qui vient de s’achever, ce billet de blog n’a d’autre but que de témoigner de leur diversité. Libre de ma parole, j’accepte en effet des propositions venues d’horizons très différents ou des thématiques parfois inattendues.

Cette « esthétique du divers », pour reprendre une formule de Victor Segalen, l’auteur des Immémoriaux et de René Leys, rencontre une conviction profonde, vitale même tant elle se nourrit de mon histoire personnelle, que la pluralité – son affirmation, son épanouissement, son respect et sa dignité, etc. – est au cœur d’une politique émancipatrice, ouverte au Tout-Monde et respectueuse du Tout-Vivant.

Voici donc un inventaire, en images et sons, des chemins que j’ai arpentés depuis juin dernier :

> Le nous des causes communes

Après être déjà intervenu en 2015 aux Solidays, organisés chaque année par Solidarité Sida, sur les lanceurs d’alerte (c’est à écouter ici), j’y ai été de nouveau invité cette année, cette fois-ci pour évoquer le thème d’un livre paru en 2016, Dire nous, sous-titré « Contre les haines et les peurs, nos causes communes » (lire là) :

Un an auparavant, en août 2016, j’avais donné une conférence en plein air sur le même sujet aux « Lectures sous l’arbre », festival de poésie dont Mediapart est partenaire (le retrouver ici et ). Pas de vidéo disponible, mais un enregistrement :

> Solidarité, hospitalité et fraternité

Dimanche 17 septembre, je suis intervenu, place de la Concorde à Paris, lors du meeting-concert organisé par Printemps Solidaire pour défendre une augmentation de l’aide au développement, afin que la France respecte les exigences des Nations Unies comme elle s’y est engagée depuis des décennies, sans jamais le faire. Occasion de mettre à l’honneur Edouard Glissant, Aimé Césaire et Frantz Fanon, hautes figures de mon pays d’enfance, la Martinique :

Auparavant, en août, j’avais introduit, puis animé, une rencontre autour des réfugiés et migrants lors du Festival de Douarnenez dont Mediapart est aussi partenaire (le retrouver ici) :

Fin juin, Mediapart était aussi partenaire du Salon parisien annuel d’Emmaüs, où se tenait pour la première fois un salon du livre durant lequel j’ai animé plusieurs débats. Le premier, avec Thierry Kuhn, président d’Emmaüs France, portait sur l’Appel des solidarités qui a su fédérer à peu près tout le monde associatif des résistances, des indignations et des solutions, porté par la société civile :

> L’avenir de la gauche

Depuis que Mediapart existe, nous sommes aussi sollicités par des courants politiques. Ces invitations sont toujours plus délicates dans la mesure où il y a toujours le soupçon de vouloir nous annexer ou nous récupérer. J’ai cependant jugé utile d’accepter, sans distinction, celles qui m’étaient faites dans le contexte troublé – de crise ou de recomposition, de chagrin ou de division, selon les sensibilités – qui est aujourd’hui propre aux gauches françaises.

C’est ainsi qu’en juin, au lendemain des législatives, j’ai accepté de débattre avec des élus et dirigeants de la France Insoumise sur la radio en ligne Les Jours Heureux :

Puis, j’ai accepté d’intervenir lors du rassemblement organisé autour de Benoît Hamon, le 1er juillet à Paris, rassemblement dont les intervenants étaient fort divers mais dont, hélas, la médiatisation n’aura retenu que le lancement d’un mouvement autour de l’ancien dirigeant socialiste. Ceux qui m’ont fait reproche d’y avoir parlé verront que j’y exprime clairement ma position distante et critique, tout comme je suis intervenu en toute indépendance et franchise à la radio des insoumis :

Enfin, en août, j’ai accepté d’intervenir à Toulouse, en ouverture de l’Université européenne des mouvements sociaux organisée par Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne). L’intervention n’a pas été enregistrée, mais voici un entretien qui a précédé avec l’universitaire Susan George, présidente d’honneur du mouvement altermondialiste :

> Education populaire et révolution numérique

Mais, depuis notre création en 2008, les interventions les plus fréquentes portent sur les enjeux propres à notre secteur – les médias, la presse, l’information – et à la révolution industrielle – numérique, digitale – qui le bouleverse. C’est ainsi que je suis intervenu, en juin dernier, lors d’un événement organisé par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Normandie sur les enjeux démocratiques de la révolution numérique :

Ces débats sur l’information recoupent des enjeux de connaissance qui ne sont pas propres au journalisme. C’est la question du savoir, de sa transmission et de son partage, de son accessibilité démocratique surtout, sur le modèle des universités populaires.

Pour leurs propres débats internes et à l’occasion de leur quatre-vingtième anniversaire, les CEMÉA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation actives) dont nous sommes fidèlement partenaires m’ont donc demandé d’échanger avec leur directeur national, Jean-Luc Cazaillon, sur la question de la transmission et, surtout, de l’éducation populaire :

Tout comme Internet, ces débats sont sans frontières. C’est ainsi que le 30 août 2017, j’ai participé à Barcelone à un débat sur le futur du journalisme organisé par le grand groupe de communication catalan Mediapro. Animée par Jesús Maraña, directeur et fondateur de infoLibre, notre partenaire espagnol, ce fut un échange avec Ernesto Tiffenberg, directeur du quotidien argentin Página/12 :

> L’émancipation, l’engagement et le spirituel

Pour compléter la diversité de ces interventions récentes, voici une rencontre plus inattendue. Après avoir lu mon Voyage aux terres d’espoir (Editions de l’Atelier), hommage au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social (lire ici), Laurent Seux, directeur France Europe du Secours Catholique (Caritas), m’a demandé d’échanger sur une mienne réflexion qui l’avait intrigué. Bien que non croyant, j’affirme en effet qu’il y a du spirituel dans l’engagement pour l’émancipation, que l’on soit croyant ou mécréant.

Nous avons donc échangé sur cet au-delà de nous-mêmes qui me semble au ressort de tous les combats par lesquels des hommes et des femmes se sont élevés en humanité, dans le souci des autres :

> Entre poésie et politique, la nuit

Ultime curiosité pour terminer, avec une échappée belle chez les poètes en terre de résistance. Mediapart, je l’ai déjà mentionné, est partenaire (ici leur blog) du festival des Lectures sous l’arbre, organisé par Cheyne éditeur et par L’Arbre voyageur qui animent la vie littéraire du plateau autour du Chambon-sur-Lignon. Le premier artisan de ce partenariat fut Patrice Beray, premier correcteur arrivé dans l’équipe de Mediapart, qui en même temps nous fait partager sa passion encyclopédique pour la poésie.

Cette année, les Lectures (qui avaient pour invités un pays, le Chili, et un éditeur, Le Seuil) m’ont demandé de m’associer au thème choisi pour cette édition, celui de la nuit. J’ai d’abord accompagné le comédien Denis Lavant dans sa formidable lecture de deux livres cultes du Cheyne, l’un sur les ombres qui rôdent, Matin brun (de Franck Pavloff), l’autre sur le courage des migrants, Traverser l’autoroute (de Maxime Fleury). Voici l’enregistrement :

Mais, le lendemain, il m’a fallu improviser une ballade nocturne sur un thème imposé par les facétieux organisateurs, lequel, au second degré, pouvait être pris avec ironie : « La nuit d’Edwy Plenel ». De fait, je me suis surpris, une fois n’est pas coutume, à réussir à faire rire l’assistance. À vous de juger en écoutant l’enregistrement si vous en avez l’envie :

Cette nuit se terminait par un bref extrait d’un poème de Charlotte Delbo, sa Prière aux vivants pour leur pardonner d'être vivants. Sans doute résume-t-il l’intention générale de l’activisme qui m'anime :

Je vous en supplie
Faites quelque chose
Apprenez un pas
Une danse
Quelque chose qui vous justifie
Qui vous donne le droit
D’être habillés de votre peau de votre poil
Apprenez à marcher et à rire
Parce que ce serait trop bête
À la fin
Que tant soient morts
Et que vous viviez
Sans rien faire de votre vie.

Sur ce, bonne nuit… Ou bonjour ou bonsoir, selon l’heure ou l’humeur.

Post-scriptum (le 27 septembre 2017) :

Le lendemain de la mise en ligne de ce billet, j’intervenais à la Fête des Alp’ternatives qui se tenait à Rambaud (Hautes-Alpes), près de Gap, sur la question de la liberté de la presse. Voici l’enregistrement de mon intervention (et ici le site de ce média citoyen des Alpes du sud) :

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