Le message et les messagers. Quoi de neuf?

Obama n'était pas venu durant la campagne 2012 serrer la main de JLM, ou à quelque autre occasion d'un José Bové ni d'un Noel Mamère, pour proclamer au Monde "toi et moi on forme une équipe".

greta-thunbrg-en-greve

https://reporterre.net/Le-capitalisme-vert-utilise-Greta-Thunberg

QUOI DE NEUF?


Obama n'était pas venu durant la campagne 2012 serrer la main de JLM, ou d'un José Bové ni d'un Noel Mamère, en proclamant au Monde  "toi et moi on forme une équipe". Pourtant les fondements du message dont Greta Thunberg est aujourd'hui un point de transmission focalisé à l'échelle mondiale, sont ceux sur lesquels s'était construite la campagne Mélenchon 2012 et bien sûr ceux des divers "partis verts", les uns comme les autres en îlots dérivant vers on ne sait où dans le désert électoral qui ne croît pas moins que les autres.
C'est de là qu'une discussion, si l'enjeu de produire des nuages d'émissions d'usines à gaz en papier consumé a quelque importance, peut (doit) commencer. La clore avant revient à militer pour l'ignorance de l'autruche climatosceptique, qui afin de garder sa petite tête au chaud dans le sable expose en l'air ses meilleurs avantages offerts.

Le démontage de l'affairisme financier derrière la figure "Greta l'Asperger" ne démontre pas autre chose que le fait que ce think-tank est bien plus efficace que Sophia Chikirou, Noel Mamère et José Bové réunis. Parce que carrément du côté du manche de la grande pompe avec ses moyens d'investissement bien sûr, mais ça ne change rien au fond de l'affaire du messager et du contenu.

Aucune des accusations et des calomnies lancées contre la figure "Greta" davantage qu'un démontage de la production du grand show médiatique qui la promeut, n'invalide le contenu du message ni surtout n'invalide le fait qu'un nombre certain de lycéens suit son mot d'ordre de grève et que les manifs ont [auraient, d'après les médias selon ce que me rapporte Gemini Criquette] totalisé 42 ou 44 millions de personnes sur toute la planète, toutes nationalités, races, religions, confondues. Citez moi une autre "cause" qui ait atteint un tel seuil de conscience populaire mondiale? Même pas la mobilisation contre la guerre états-unienne du Vietnam.

Si "le capitalisme" lui-même (on va personnaliser la machinerie pour faire court) focalise sur le sujet, au point de vouloir s'en proclamer le fer de lance à travers une campagne de manipulation mondiale des opinions, c'est qu'il s'agit d'un sujet vraiment brûlant et vraiment réel au point de toucher au cœur de sa propre réalité capitalistique, au point que la désinformation et la répression ne suffisent plus.

Face à, non pas "Greta Thunberg", mais aux quelques générations suivantes dont elle surgit comme représentante et dont sa figure est construite comme représentation, "le capitalisme"  pige très bien qu'il doit ravaler complètement sa façade. Il lui est vital de conserver l'assise de servitude consentie par la croyance en ses promesses, et en la consommation des parts de satisfaction de besoins qu'il peut consentir à distribuer et de désirs manipulés exponentiellement rentables qu'il doit par définition produire et distribuer selon ses règles de dérégulation de la concurrence (c'est à dire au final de la guerre totale permanente) pour exister.

Donc "il" doit reformuler ces promesses, afin que sa com apparaisse en adéquation aux préoccupations majeures des populations, tout en effaçant ses responsabilité sales dans leur état actuel et dans celui de leur habitat planètaire, qui fondent cette préoccupation majeure.

Augmenter la fascination catastrophiste pour diminuer la conscience analytique et se faire apparaître comme sauveur est la stratégie sans doute, du moins la direction logique de la force d'inertie systémique à la poursuite des opportunités au plus court terme comme au plus long. Les représentants de la transcendance du capitalisme vert promettent à la représentation d'une transcendance de la conscience Asperger singularisée, construite sur une nouvelle représentante de conscience populaire globale, de la sauver du sacrifice à Moloch, en l'offrant à l' arène d'un agon médiatique promotionnel sans conséquence politique au-delà du déclaratif, meilleur qu'une série Netflix.

Assange et Thunberg se constituent dans le nuage galactique de l'information comme des clefs de voûte,

ou des points de perspective ou de diffusion centraux, de jonction de toutes les problématiques politiques et écosystémiques essentielles (c'est le cas de le dire). Ces figures sont comme la pile et la face de la pièce, ou l'envers et l'endroit du miroir.

La com main-stream manipulée promeut Greta en faisant disparaître Assange, alors que Assange porte précisément au grand jour ce qui produit l'entropie catastrophique exponentielle contre laquelle la génération de Greta (et pas que) se trouve plus que légitimement révoltée : une part croissante de sa masse mesure qu'une énorme proportion de la population planétaire en crève déjà, et qu'elle-même est partie pour continuer de mieux en mieux à en crever à son tour. Cette part croissante de nouvelle génération éprouve/apprend/constate/sait très bien que c'est indubitablement réel.

Et comme toute masse humaine susceptible de s'organiser et d'être organisée ou réorganisée en réseau autour d'un sujet producteur d'objets et de données essentielles, le militantisme écologique constitue un énorme marché potentiel en développement "spontané" dont on renforce à grands frais de com l'imbibation croissante de la toile. Tandis qu'en symétrie inverse se resserre, dans les rêts de la même toile, la peau de chagrin où, magie-magie, se réduit et s'efface la figure "Assange". Avec les personnes Julian Assange et Chelsea Maning torturées à mort à petit feu, les centaines de journalistes annuellement assassinés sur toute la planète de la balle dans la nuque au sinistre destin de Jamal Khashoggi, et d'un nombre inconnu à l'échelle mondiale de George-Ibrahim Abdhallah. Au nom de l'impératif catégorique de l'accumulation capitalistique centralisée, par les pratiques meta-légales de "concurrence libre et non faussée" jusqu'à la menace de guerre nucléaire entre puissances militaro-bancaires qui deviennent meta-nationales, instrumentalisant les Etats jusqu'au lawfare en prolongement de l'appropriation de leur illusionniste "monopole de la violence armée".

Ma foi le processus de rentabilisation n'est pas si différent de celui du marché des œuvres et images révolutionnaires, qui génère de la croissance depuis la vente des œuvres de Marx et jusqu'aux effigies du Che déclinées de tee-shirts en posters en passant par le journal de Bobby Sands. Ou de la presse d'investigation main-stream, égrenant le fruit défendu en scoops dont l'actualité chaque fois brûlante décontextualise l'Histoire et décorrèle l'analyse systémique en consommation de tranches du gros saucisson Wikileaks, si rentable au détail national, qu'on se partage entre entreprises de communication journalistique sous corporatismes linguistiques protectionnistes en négociation de leurs parts de marché entre elles et de leur "liberté d'investigation indépendante" avec les services de plomberie défaillants de leurs états profonds respectifs.

Mais revenons à nos moutons, veaux, vaches, cochons, coups bas et autres crises de missiles.  "Le capitalisme" non plus, n'a aucun intérêt propre à sa disparition conjointe à celle des espèces et des populations de la planète avec ses propres enfants héritiers et clients!
Puisque, quoi qu'"il" en raconte, "il" est absolument conscient de l'effondrement (ne finance-t-il pas le GIEC?). C'est donc absolument normal qu'il tente de résoudre cet effondrement dans le fil même de sa propre logique économique d'accumulation, en tentant de la perpétuer par une "croissance verte" (de plus en plus probablement tout à fait utopique, par définition de l'impossibilité de croissance infinie au sein d'un monde fini... contentons-nous donc de la perspective dont ont murmure qu'elle sera probablement mise en discussion à l'ONU après-demain, de construire en quelques générations une industrie et une distribution de masse planétaire en croissance aussi négentropique qu'il est impossible, par la vertu d’œuvres de Charité de puissances financières privées supérieures chacune à de pleines poignées d'états africains, croissant sur le dos de ceux-ci comme des tiques vampiriques monstrueuses achevant de vider le sang de leur hôte).

Gemini Criquette vient de me lire qu'à l'ONU ce sont majoritairement les "pays émergents" (les narines juste à raz de la merde comme même Chaplin n'aurait osé l'imager) représentant moins de 6% de la production de CO² mondiale qui soutiennent Greta Thunberg. Autrement dit, à travers la problématique écologique dont elle est cet emblème, c'est l'axe de rapport de force "post"-colonial "nord-sud" qui revient se jouer. N'est-ce pas ce que n'aura pas réussi à faire ou pas voulu faire "la gauche" depuis des décennies, voire depuis sa fondation dans le prolétariat industriel et les élites intellectuelles du "Nord" venant balayer sous le tapis, en parfait duo avec "le capitalisme", toute la problématique du commerce triangulaire d'une humanité ignominieusement constituée en ressource humaine brute, de sa colonisation, "indépendance" et néo-recolonisation "humanitaire", de surcroît maintenant "verte" ?

********************

En complément je vous livre ce rebond d'une personne qui m'est chère et proche, à la vidéo de Tatiana Ventose (chacun re-contextualisera le geste dont il est discuté)....

com-fe-sur-tatiana

 ....et me cite ce site.... :

troll-de-jardin

"Je ne me désolidariserais pas des mauvais autistes"

 

... et cet article du Monde on ne peut mieux sourcé.

 Si vous voulez commenter, c'est par MP, je publierai ici à la suite dans la mesure où je trouverai ça intéressant.

 

****************************************

30 sept. 2019 Par Patrick Cahez

Bonjour,

Recommandé,

Je vous adresse les deux réflexions que m'a inspiré votre texte :

L'UNICEF consacre une page à Greta Thunberg et l'action de ses amis pour le respect du droit : 16 enfants, dont Greta Thunberg, déposent une plainte historique auprès du Comité des droits de l'enfant des Nations Unies. Cette page officielle fait honte aux illustres édiles boursouflés que vous citez dont aucun n'a été capable d'en faire autant qu'une poignée d'adolescents.

Le grand prêtre médiatique de l'hédonisme - Onfray - est un violent calomniateur de Greta Thunberg en l'attaquant sur son physique et son état de santé en priorité. C'est une très une piètre illustration du " philosophe " - censément un ami de la sagesse - et de sa " philosophie ", l'hédonisme que son promoteur confond peut-être avec l'onanisme. En tout état de cause, les éructations d'Onfray portent à s'interroger si l'hédonisme n'est pas la philosophie du striatum.

Solidairement,

pc

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.