Du droit de s’évader

La liberté est le besoin fondamental de tout individu. De ce besoin naît un droit inaliénable à cette liberté. D’ailleurs en cette période estivale, tous les messages délivrés par les médias invitent à l’évasion. Ne nous étonnons pas que ceux qui n’ont, pour toute fenêtre sur la société que la télévision, ne finissent par la prendre au mot…

Toute atteinte à la liberté constitue une violence extrêmement destructrice pour celui qui la subit.

En particulier lorsque l’atteinte à la liberté est intrusive jusqu’à l’intime, qu’elle conduit à l’infantilisation, à la déresponsabilisation par une mise en jugement permanent du moindre des actes aux cours de l’incarcération, et jusqu’à l’atteinte à la pensée.

L’évasion est pour celui qui subit de telles atteintes un acte de légitime défense. Toute entrave à son besoin fondamental de liberté est dès lors perçu comme un obstacle à oublier, à contourner ou à détruire.

Mais tout détenu n’a pas forcément les moyens matériels, physiques ou psychologiques d’entreprendre une évasion réelle. Le coût en termes de risques est toujours consciemment ou inconsciemment, évalué à l’aune de l’espoir d’une libération à venir et de la distance à cette survenue. C’est le désespoir qui conduit à en assumer le prix.

Mais il existe d’autres formes d’évasions, à minima, infiniment plus nombreuses et quotidiennes.

Certaines sont encouragées, voire valorisées par ceux-là même dont elle flatte l’égo et justifie à leurs yeux la violence qu’ils infligent : soumission à une servitude prétendument volontaire. Cela va de l’investissement obsessionnel dans un travail heureusement abrutissant, à l’investissement dans des formations qui n’aboutiront jamais à un diplôme qualifiant parce que les stages pratiques sont impossibles en détention ; ne sont pas budgétisés ; font appel à des moyens techniques interdits en prison…

D’autres sont déplorées ou mollement combattues par les mêmes hypocrites, mais dont les causes sont considérées comme nécessaires et inscrites dans les lois comme « inévitable souffrance liée à la détention ». Il s’agit des conduites addictives. Que ce soit avec des substances licites, les psychotropes, largement prescrits par des médecins qui feraient mieux de signer des certificats d’inaptitude à la vie en détention plutôt que de les délivrer. Ou avec des substances illicites, mais tolérées au nom du prix de la paix dans la prison… Tous ces produits remplissent les coursives de zombies qui se souviennent tout juste, ou plus du tout, des raisons pour lesquelles ils s’y trouvent.

Enfin il y a ces évasions que l’on planque (voir mon précédent billet), parce qu’elles font tache dans les statistiques du ministère de la justice. D'ailleurs, depuis ce billet, un autre détenu est décédé dans sa cellule. Le personnel pénitentiaire affirme qu'il a marché jusqu'à la porte de la prison, qu'il est monté dans l'ambulance et qu'il est décédé avant son arrivée à l'hôpital. Mais les statistiques sont sauves, aucun détenu n'est mort en détention.

The Walking Dead (la saison 10 est déjà dans la prison)!

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