Les promesses de Nicole Belloubet... Le bruit du vent... Et la réalité carcérale

Nicole Belloubet annonce, aujourd'hui, des mesures visant à «réduire la population carcérale». Elle souhaite «renforcer les possibilités de travailler en prison». Celle qui s'est déjà décrédibilisée par son intervention incongrue dans la convocation de Benalla devant la commission du Sénat continue à faire du vent avec sa bouche. Loin de la réalité carcérale.

J'ai failli m'étrangler, avec les 4 grammes de café-chicoré soluble dilués dans un bol d'eau chaude, et dans lesquels j'ai le loisir de dissoudre les 5 grammes de sucre, le tout généreusement fournis par l'administration pénitentiaire en guise de petit déjeuner, en lisant la brève de l'agence Reuter :

Belloubet veut réduire la population carcérale

Ainsi la ministre estime que : «On fait de l'emprisonnement la peine de référence unique, ce qui est inefficace quand elle est de courte durée. En-dessous de six mois, elle désocialise plus qu'elle ne réinsère.».

Ce qui sous-entend qu'au delà elle ne désocialiserait pas, ou que le succès de la réinsertion serait tel au delà de six mois qu'il compenserait la désocialisation qui, elle, est proportionnelle à la durée de la détention ?

Elle propose par ailleurs de «renforcer les possibilités de travailler en prison» et, c'est là que mon bol m'a échappé des mains m'évitant de m'étrangler avec son contenu, elle annonce, à priori sans rire, que «tous les établissements pénitentiaires que nous allons construire comprendront des lieux pour la formation et pour le travail».

Tous les établissements pénitentiaires en France proposent du travail et des pseudo-formations. La ministre n'annonce pas une révolution. Elle ne dit rien des condition de travail, le plus souvent indignes, qui évoquent celles du Bangladesh. Elle ne dit rien de l'absence de droit du travail, ni de ce que se permettent les entreprises privée pour rémunérer les détenus très en dessous des 45% du SMIC légaux, inscrit dans le code de procédure pénale, pour le travail en atelier de production.

L'absence de droit du travail a été validée par le Conseil Constitutionnel en 2015: Travail en prison : que font les détenus et combien gagnent-ils ?

Je ne m'étendrais pas sur la formation, mon précédent billet est suffisamment explicite sur la réduction des budgets alloués à la réinsertion. Et madame Belloubet n'explique pas ou elle va trouver le «budget absolument énorme mais aussi et surtout le courage politique» réclamé par Aurélie Pascal, conseillère nationale au Syndicat national des directeurs pénitentiaires, pour faire de réelles réformes plutôt que des promesses sans envergure.

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