C'est toujours à deux vitesses, c'est ça, qui blesse !

Je n'ai pas de bagnole, depuis au moins le début des années 1990. Je devrais donc me féliciter, à la fois de mon propre bilan carbone et de la juste ponction opérée sur mes contemporain(e)s motorisé(e)s, au nom de la lutte contre la pollution. Eh bien, pas tellement, figurez-vous, parce qu'il me semble que le bât blesse : elles sont où, les mesures d'accompagnement ? Et la feuille de route ?

J'entends, ce matin, l'un de nos vaillants ministres marcheurs, ou peut-être le PM, monter au créneau, comme on dit.
Comme je ne sais plus lequel j'ai entendu, prenez n'importe lequel : par exemple, une barbe de deux jours bien taillée, un costard également bien taillé et des souliers pointus, tralalère.
Si vous ne savez pas, demandez à Castaner.
"J'assume !" disait-il, cet interchangeable : "Il faut savoir ce que l'on veut, dans la vie."

OK, j'assume, tu assumes, assumons, assumez, c'est le nouveau concept verbal qui ne veut rien dire.
- Assumer quoi, au fait ?
- Alors là, faut quand même pas pousser la transitivité (ou le Céodé) dans les orties : puisque le carburant pollue, taxons le carburant, That's all, Folks ! Et nous n'aurons plus rien à nous reprocher, en matière d'environnement : c'est bien ça, de la volonté politique, non ?

Las, encore une fois, c'est moi qui n'ai rien compris. Pourtant, lorsque Hulot est parti, il avait dit quelque chose comme : " Et encore, et encore, si le Premier ministre avait fait un conseil des ministres consacré au sujet et qu'il nous ait dit "Voilà la feuille de route, là où on veut aller ", on aurait pu y croire, collectivement..."

Vous y croyez, vous ? Vous savez là où on veut aller ? Personnellement, il me semblait que la fiscalité verte, ça servait à déplacer les arbitrages, à faire en sorte que plutôt que de faire 500kms en bagnole ou le tour du périphérique, je les fasse en autre chose. Sauf que pour faire le tour du périphérique en autre chose, faut se lever de bonne heure, comme dirait l'autre. Et quant à traverser le Massif central sans voiture, autant croire au Père Noël ou aux tapis volants. Vu le prix des billets de train, chaque fois que je fais des arbitrages, en ce moment, je finis par me dire que je ferais mieux de prendre l'avion pour passer mes vacances aux Baléares, plutôt que d'aller me promener dans l'Aveyron.

- Ah non, en car ? Tu le vois, aller chercher du boulot en car, Paulo ?

- Il n'a qu'à déménager, Paulo, c'est tout. Les Français sont un peuple de casaniers qui ne veulent pas bouger et qu'on ne peut jamais bousculer dans leurs habitudes, CQFD. Tu as bien déménagé, toi ?

- Euh, oui, j'habite dans Paris intra-muros, à quinze mètres du métro.

- Tu vois bien.

- Euh, sauf que ça m'a coûté un demi million d'euros.

- Et ben voilà, c'est bien ce que je disais. Il faut faire des sacrifices, des efforts, y mettre le prix, ce n'est pas si compliqué. Avec un peu de volonté, on peut tout. Regarde, moi : j'ai marché et je suis arrivé.

...

C'est ça, que j'aime bien, chez les marcheurs : leur sens imparable de la logique et leur grande empathie. Leur conscience aiguë de la réalité de la vie des autres, également.

En même temps, j'aimerais bien savoir vers où ils marchent, les marcheurs : la croissance verte, la redynamisation des centres-bourgs, le développement du télé-travail en zone rurale ou la fermeture des maternités, des hôpitaux, des bureaux de poste et la concentration de tous les services sur les pôles urbains ? Pour l'instant, on ne voit que du moulinage de taxes et du court-terme, aucun projet économique digne de ce nom, rien que des ajustements comptables. Comme si deux moins deux faisaient trois.

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Sur le départ de Hulot : https://blogs.mediapart.fr/emma-rougegorge/blog/280818/des-vessies-des-lanternes-et-ainsi-font-font-font

AOC : https://blogs.mediapart.fr/emma-rougegorge/blog/270518/miscellaneous

 

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