♦ Le bLog et moi 3. L'envers des autres...

21. Sa disparition.

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Sa disparition

 

 Anton Voyl n'arrivait pas à dormir. Il alluma.
Son Jaz marquait minuit vingt.
Il poussa un profond soupir, s'assit dans son lit, s'appuyant sur son polochon.
Il prit un roman, il l'ouvrit, il lut ; mais il n'y saisissait qu'un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification.

 G.P., La Disparition,1969

 

 

Posons-nous un instant, pour un flash-back sur sa disparition. Dans la continuation du mois d’août à Paris, la voilà qui ourdit son plan, un synopsis parfait pour la punition dont il va souffrir, au moins par la claustration (sinon la castration), nos souris n’ayant pas si bon fond mais a contrario un attrait navrant pour l’humour noir. Alors, disputations, supputations, ça y va franco car ni la soi-disant Louisa, ni son Pygmalion scribouillard (à savoir, moi) n’ont l’art du compromis, ça paraît clair. On croyait voir un amical duo, charmant, conciliant, mais il n’a pas du tout un air si cordial ou si franc... Sont jamais d’accord, sauf pour la conspiration : sans compassion du tout pour lui, alors qu'à coup sûr il va pourrir dans sa prison ou au moins faillir… Pour savoir d’où va partir la machination, il faudra donc ouvrir tout grand vos pavillons. S’agissant du français, signalons illico qu’un suivant du D dans l’ABC a disparu lui aussi, d’un abandon ou d’un hiatus.  On l’a fait sortir sans chagrin ni contrition, pour l’amour du sport ou la signification qui vous plaira.

– J’avais raison, tu sais, la disparition, ça fait toujours jas…, non, ça fait jazz. Voilà, ça fait jazzy, la disparition, ça va aboutir à un grand final d’ultra sophistication, chica ! On aura un final parfait : lui dans la moussaka, nous dans la jubilation.
– Non, ça craint, à mon avis.
– Jamais au diapason, toi, jamais. Si fortuit ou insignifiant soit-il, jamais un accord. Tu as tort, alors tais toi.
Bon, alors d'accord, mais si tu y crois, à ton roman bancal, pas moi. Ça dit quoi, ton truc ? La signification dans tout ça ? Jazzy ? Alors, là, vois pas du tout pourquoi. Aucun rapport quant à ma disparition, aucun.
– Pourtant, un jour, Agatha…
– Quoi, Agatha ? Trop abscons pour moi…
– Si, si, tu as compris.
– Non, mais… Ah, oui… Alors pourquoi pas, mais faut voir… Un imbroglio fort adroit, tu aurais construit ça ? Tu aurais sorti la solution du tiroir ? D’un coup ? Sans moi, sans mon accord ?
– Non, pas d’un coup, mais moi, au moins, j’y crois, à mon roman d’autofiction. Quant à toi, tu n’as aucun choix, ça paraît clair. Dans un roman, noir ou pas, tout finit par la mort ou par la conclusion d’un vrai quiproquo… On n’a pas la fin, pour l’instant, alors du sang-froid, un putain d’absolu sang-froid. Si un final pas trop tordu pouvait la farcir d’un truc original, la fin, voilà qui nous assouvirait sans nous assoupir. Sanglant ou poignant ? Sans condition ni compromis, ou alors incongru, tu as un avis ? Pour l’instant, sais pas trop. Ni toi, ni moi, ni ton zigoto à la noix, qui n’imprima jamais, y compris jusqu’à la fin, navrant, plombant, trop attristant. Un vrai plouc. On compatit, mais voilà, il n’avait aucun goût, captait pas tout, alors tant pis pour lui, trop idiot, pas malin.
– Tu y vas fort, là, faut pas pouss…
– Un instant…  Pour la fin, pourquoi pas ta disparition ? Ça produirait du bazar, tu saisis ? Un grand bazar dans son cosmos, un caillou dans son oasis, du rififi dans son abri, du pur Oulipo à dormir du bout, trop chic, trop subtil ! Tu  as disparu dans la nuit, sans bruit, sans calmants non plus, alors on fond dans l’affliction, on fait ton portrait, charmant, saisissant, inouï… Mirobolant pour toi, autant pour moi, satisfaction, puis ça finit par du barouf… Faut voir, mais à mon avis, ça paraît fort gratifiant : tous nos amis, nos fils, nos amants, tous larmoyants. Ils sont dans un grand souci, du jour où tu disparais… Tous autant qu’ils sont…
– Non, pas tous, pas lui. J’ai tout compris, tu sais, suis pas si con. Fini l’illusion, pour moi. J’ai un gros chagrin, un vrai chagrin d’amour, mais pas lui.
– Si, lui aussi, il aura du chagrin, crois-moi.
– Non, pas du tout. Ou alors un chagrin succinct, pas profond, tu connais l’asticot… Quant à moi, nonobstant mon admiration pour ton travail, ou au moins pour ton obstination, allons-y franco, disons ma position tout cru : mauvais goût du roman, mal parti, sans raison, approximatif… Qui va tout droit dans un mur, un couloir sans imagination, alors patatras.
– Oh, vas-y mollo ! Non, non, pas d’accord. Dans un futur pas si lointain, tout va… disons mûrir pour la fin. J’aurai grand soin du paradoxal , un grand souci du biscornu, tout va concourir à la conclusion la plus… Du plaisant, du vrai, du faux, du plus ambigu, vont tous applaudir à grand fracas…
– Tu crois ça ? Pour moi, ça paraît plutôt mal parti, ma disparition… Tu dis ça mais, au vrai, la complication, tu la connais… Si, si, sans vouloir trahir, il faudrait surtout du cul, dans ton bouquin. Pas du riquiqui, mais du vrai cul. Du fric, aussi, ça irait : du fric, plus du cul… Ou alors un complot saignant… Un amour plus dans la communication, la fusion, la chair, au moins un minimum, voilà qui manquait dans tout ton boulot. Tous l’ont vu, sauf toi. Moi aussi, j’ai tout compris, tu sais : ma frustration, tu l’as si fort comprim… hum, tu as mis ma frustration au placard, voilà ! Tu comprimais tout, caviardais tout, tu organisais la glaciation, son sang-froid, sa componction, ma frustration… Son omission du lascif, son oubli du corps qui voudrait l’impur, l’animal, la passion, parfois la goûtant, la pinçant ou la gobant tout cru, la roulant tout au bord du lit, hagard... Mordu, quoi, conquis. Quant à moi, j’aurais voulu du frisson partout, dans un chaos bouillonnant ou un cocon roucoulant : quand on roulait nus sous son polochon, quand nous ahanions dans son lit, son fouillis, son capharnaüm, puis nos corps fondus, tout fourbus dans son fourbi… Quand sa main sur moi s’attardait, quand il m’allumait tout d’un coup… Un coup du soir ou du matin, ou parfois dans la nuit, nos hasards brûlants... Quand il grandissait dans un coin, moi l'aguichant, chaloupant, soupirant… Ou tout au fond du paddock, au point du jour, alanguis d’amour… Joli, non ? Ou jouissait tout son soûl du plaisir qu’il donnait, à mon goût. Tout à fait à mon goût. Alors grands soupirs sous nos draps, transpiration, puis, pour finir, un soupçon d’imagination dans un joli brouillamini ou un sfumato… Un truc sympa, quoi… Du brio, du volcan, à la fin du pathos ! Nos sanglots longs dans la maison ? Ou soudain Ludo qui, trop jaloux, vomit sur son tapis ? D’accord, ça finirait mal, mais tu aurais pu bâtir un truc plus flamboyant, plus chatoyant, plus attrayant, pourquoi tu dis toujours non ? Un ami à moi (un psy, tu l’auras compris) m’a dit un truc tout à fait vrai : ton but paraît attachant, vouloir lui ouvrir un horizon, mais au prix d’un abandon. Pour toi, l’abandon du mauvais tournant qu’il aurait pris, mais pour lui,  un hold-up alarmant, la captation qui n’aura jamais son aval, d’où ta confusion. Donc, à trop vouloir agir sur son karma, d’où il sort, où il va, tu vas droit à sa castration. Mon copain a tout compris, à mon avis.  Mon inconnu dans la maison, transi d'amour mais plus actif, ça t’aurait fait mal ? Donc la voilà, la signification, ton mauvais fond, jaloux, jamais compatissant.... Alors, on n’ira plus au bois, jamais, on n’ira plus voir ma maison, ni lui non plus…
– Mais si, tu iras voir ta maison, tu iras la voir tant qu’il faudra… Ta maison, ton zigoto, ton illusion à toi… Impoli, goujat, malotru, il a un vrai don, ton pignouf, il paraît d’un gratifiant absolu, y compris pour l’amour, la consolation, l’abandon… Surtout l’abandon, à mon avis, mais pas dans la signification qui t’irait. Alors, au plaisir ! Basta, va voir par là-bas quand tu voudras… Mais sur ta frustration qui surgirait d’un complot ou d’un quiproquo, joli bobard… Un falot, ton gus, faut voir ça aussi...  Un ringard insignifiant, sans fric, sans travail, sans ambition… Jamais compris ton attraction pour lui. L’attraction dont tu parlais à l’infini, jamais compris. Alors pas d’absolution, pas d’oubli... Si tu voulais, on pourrait finir par un plat qu’ils auront à finir tout froid, un poignard brûlant dans son dos, du poison, un python, trois scorpions… Mon  imagination ira tout au loin, sans limitation. J’ai pondu un plan qui foutra tout son plasma dans la moussaka, parfait pour lui. La suspicion qui grandit, pas d’alibi, parfait aussi… Dans la maison d’abord,  puis dans la prison plus tard, joli travail. Pour finir la pâmoison, trop cool… Ainsi va la punition qu’à la fin il l’aura dans l’os. 
– La prison ? Dans l’os ? Non, mais suis pas d’accord, moi… Il a du tort, d’accord, mais moi aussi… Au moins un chouia, qui sait ? Pourquoi pas ?
– Pourquoi pas la prison, surtout. On aura la paix, alors pourquoi pas non plus ? Dix ans d’absolu anonymat, dans un cachot ? Ou du goudron, du plomb fondu ? Tu voudrais finir par quoi, sinon ? Mon roman va noircir, fort, original, subtil, alors tais-toi… Trop malin, à la fin, un plaisir infini qui ravira tout un chacun… Surtout moi, tout au moins, pas si mal…
– Quando ? Como ? Moi aussi, j’aurai un plaisir infini, à la fin ? Un org… non, disons un origami ?
– Faut voir…
– Hum, j’ai un gros soupçon qui finit par m’assaillir… Un mauvais plaisir ou du bon plaisir ? Pas tout compris sur ta… machination ? Manipulation ? Ou alors, tu vas… Houlà, non, sans moi… Pas ça ? Pas ma mort ou mon assassinat ?
– Pourquoi pas ?
– Salop… Oups.
– Tu vois, tu finis toujours par un lapsus scripti, quand tu ponds un truc…
– Pff, lapsus scripti toi-m… toi aussi, d’abord. Faut voir surtout  qu’il paraît trop mal fichu, ton taf, pas fin du tout… Un vrai boulot mal fait, ton roman à la noix, un vrai torchon. Capito ? Alors, vais partir illico…
– Nada, jamais.
– Quoi, tu as ourdi mon assassinat, puis tu voudrais mon approbation ?
– Fais pas ta diva, on va voir…
– Tu no loosing nothing pour waiting and fuck my bitch. La punition is un plat qui nous foutra un asticot tout froid, alors va au diabolo, vip… anaconda, boa constrictor, python pourri, cobra idiot, scorpion tordu du ciboulot... Va au diabolo pour toujours !
– Pff, mauvais, ça, du charabia. Allons, calmos, chica. A priori, la catharsis, on saura tantôt. Tu vas voir, ça plaira à tous, y compris à toi…
– Crois pas, on fait un pari ?
– Plutôt mourir, hi, hi !
– Mauvais goût, ça. Nul. Ça craint du boudin.
– Go, j’ai fait partir la solution, alors tais-toi. Pardon pour la discussion, mais ça paraît tout à fait illustratif… Ton choc d’amour, ça produit du bazar dans ton ciboulot, normal. On traduirait ça par la summa divisio, si on voulait… Ou alors la schizo-truc.

 

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