Le niveau de restrictions est non seulement insupportable mais il n'est pas optimal

"Pourquoi un nouveau confinement serait une erreur", par Philippe Lemoine. Je relaie ce texte, d'un auteur que je ne connais pas, parce qu'il exprime parfaitement ce que Paul (25 ans) me dit tous les jours depuis des mois. Que le niveau de restrictions et d'atteintes aux libertés est au-dessus de ce qui serait optimal et que personne ne semble savoir analyser ni comprendre les chiffres.

Le niveau de restrictions est au-dessus de ce qui serait optimal, c'est déjà ce que j'en retiens.

C'est sur le blog Nec pluribus impar : "Le fait que tout le monde dise quelque chose ne veut pas dire que c'est vrai." Je suis bien d'accord et c'est aussi une forme de paralogisme, dit ad populum : si Coca-Cola est la boisson la plus vendue au monde, c'est sûrement que c'est bon, non ?

Comme c'est très très long, ce texte, j'en fais un résumé. Je reconnais que je ne maîtrise pas tous les fondamentaux, mais quand même quelques-uns, et je m'étonne surtout que ce type d'analyse ne soit jamais porté au débat. Parce qu'il n'y a que des médecins et des politiques, dans tous ces conseils et hauts comités, mais pas un seul statisticien ? Parce que trop peu de journalistes ont une vraie formation scientifique ?

Des pages d'argumentation en quelques lignes, c'est forcément réducteur mais tant pis, j'essaye et vous avez le lien.

Oui au premier confinement mais depuis, de nombreuses données montrent clairement que le scénario catastrophe n'a aucune chance de se produire. Quel que soit l'effet du confinement et des mesures les plus dures, il est beaucoup moins énorme que beaucoup de gens ne l'imaginent.

Le plus parlant, dit Philippe Lemoine, et je trouve aussi, c'est le graphique ci-dessous. Non que le confinement n'ait aucun effet, bien sûr, et à titre individuel, on peut tous être persuadés qu'en ne mettant pas le nez dehors, on prend moins de risques qu'à sortir en boîte, manger au restaurant avec les copains ou à se serrer dans les transports en commun, mais si le confinement avait un effet si décisif, le dessin aurait une autre tête et le nombre de morts par habitant en Suède serait forcément 3 à 15 fois supérieur. Et si l'on détaille, au sein de l'UE, ce que donne l'hétérogénéité des courbes, il n'y a pas de corrélation évidente entre le nombre de morts par habitant et la dureté des restrictions mises en place. Il donne un autre exemple qui me tient à cœur, parce que le frère de Paul est, lui, confiné en Californie depuis un an, que la Californie a adopté très tôt des mesures drastiques et que ça ne s'arrange pas, bien au contraire ou pas encore.

graphiquecovid

La moyenne de l’UE sans la Suède cache une hétérogénéité assez importante au sein de l’UE, mais le tableau général reste le même quand on désagrège et montre une convergence assez forte même s’il reste des disparités importantes entre pays.

graphique2covid

Alors, d'accord, on pourrait peut-être trouver des corrélations en employant des techniques statistiques sophistiquées (dans mon boulot, je travaille avec des tas de gens qui adorent ce type de corrélations, ça fait scientifique, et le profane est béat d'admiration) mais ce type de stats repose sur des hypothèses fortes, qui ne viennent pas des données elles-mêmes. On voit mal pourquoi elles seraient plus éclairantes, sauf à dire que la sophistication croissante des marchés financiers serait un progrès pour l'humanité (ça c'est moi qui l'ajoute parce que j'aime bien rigoler :)

Ensuite, il faut se soucier du temps, du timing. Par exemple, il n'y a pas eu d'effet Thanksgiving. Et quand le confinement est décidé à un endroit, cela commence souvent à baisser avant ou juste après (second confinement en France). À l'inverse, après un confinement, il peut arriver que le délai pour que le recul intervienne soit très long (Israël) ou encore qu'en l'absence de confinement, les contaminations diminuent (Suède, Serbie, Floride).

"... quand un confinement est mis en place quelque part mais qu'il ne produit aucun résultat visible, comme en Israël il y a quelques jours ou en Californie avant ça, on n'entend plus parler de cet endroit jusqu'à ce que l'incidence finisse par baisser, ce qui une fois encore finit toujours par arriver avec ou sans confinement. A ce moment-là, on recommence à parler de l'endroit en question, qui devient une nouvelle preuve de l'efficacité du confinement même quand le recul de l'épidémie est intervenu beaucoup trop tard pour être attribué à celui-ci."

En d'autres termes, c'est à votre bon cœur m'sieurs dames ! Quand le confinement ne produira aucun effet visible, on dira qu'il n'était pas assez dur. Quand l'incidence repartira à la hausse dans un pays qui n'a pas confiné, on titrera "Le désastre suédois" ou "Sacrifice humain en Géorgie"...

Il y a de nombreuses remarques auxquelles j'adhère, dans cet article, par exemple que la plupart des gens, c'est humain, font l'hypothèse que quand l'incidence commence à augmenter de manière quasi exponentielle, elle va continuer à augmenter de cette façon jusqu'à saturation, à moins de confiner..." Je le crois volontiers, notamment parce que j'ai fait de la prévision économique, dans mon jeune temps, et que la prévision, ça consiste surtout à prolonger les courbes. Vous partez du passé (le rétroviseur) et vous vous demandez comment vous allez prolonger la courbe. Vous avez extrait des données auxquelles vous appliquez des opérations arithmétiques (multiplier des surfaces par des prix, par exemple, ça vous donne une approximation d'un chiffre d'affaires et, partant, d'une activité), puis vous collez là-dessus une équation économétrique (que vous maîtrisez complètement ou non), avec des hypothèses hautes et des hypothèses basses. Ensuite, vous allez expliquer votre truc au ministre, à la presse, au monde, en passant par les happy fews des comités autorisés. Qu'allez-vous leur dire, à ces gens-là ? Que vous avez fait des multiplications et que vous avez collé une équation dessus ? Que l'équation était foireuse (les résultats de l'hypothèse basse sortaient plus hauts que ceux de l'hypothèse haute) et que vous vous êtes donc contenté(e) de la multiplication, au résultat de laquelle vous avez affecté, à la louche, 1% de croissance (hypothèse basse) et 2% (hypothèse haute) pour dire ce qu'il adviendrait de l'activité du bâtiment résidentiel ou du marché du jus d'orange ? Non, bien entendu. Vous direz que compte tenu des perspectives de croissance du PIB national, de l'évolution du taux de chômage et du niveau des taux d'intérêt, mais surtout des mesures gouvernementales en faveur du secteur, on peut augurer que la croissance de l'activité dudit secteur sera comprise l'année prochaine entre 0,4% (hypothèse basse) et 0,8% (hypothèse haute). En gros, vous prolongez la courbe vers le haut tant que ça augmente, puis vous la prolongerez vers le bas quand ça aura commencé à se retourner, avec ou sans économétrie. Le plus important sera d'habiller vos graphiques de commentaires bien écrits, documentés et parfaitement convaincants.

Donc, je souscris haut la main avec l'idée de s'en tenir aux données brutes et d'aller les regarder.

...

Voilà, c'est ouvert au débat, je vous remets le lien vers Nec Pluribus Impar, ce jeune homme a de l'avenir, à mon avis.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.