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Billet de blog 12 déc. 2020

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♦ Le bLog et moi, l'envers des autres (6)

26. Deuxième audition : Plus l'homme a cherché à nous donner des explications, plus nous avons compris qu'il ne parlait pas la même langue que nous...

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Deuxième audition

Plus l'homme a cherché à nous donner des explications,
plus nous avons compris qu'il ne parlait pas la même langue que nous.[1]

Je m’en suis bien tiré, Ludo, tu sais… Suis assez fier de moi. L’avocate que Véronique a envoyée m’a l’air tout à fait sympa, mignonne, en plus, et j’avais bien révisé. Ils tournent autour de moi comme des mouches mais je savais bien ce que je dirais, et comment m’y tenir.

 
*

– C’est quoi, monsieur Legrand, tous ces grands sacs poubelle qu’on a retrouvés dans votre cave ? Avec les vêtements et les chaussures de Mme Martin-Leforestier à l’intérieur ?
– Les sacs ? C’est à cause des puces de plancher.
– ?
– Dans les vieilles maisons, il peut y avoir des parasites divers, comme les termites ou les mérules, mais aussi des puces dites de plancher. Dans le bois, quoi. Ça ne vient pas forcément des animaux, et d’ailleurs mon chien, je lui donne régulièrement des pastilles antipuces, mais quelquefois, ça tombe sur le plancher et ça se glisse, alors après, il y en a partout dans les interstices, le plancher, les plinthes... On ne s’en aperçoit pas, mais quand le temps devient chaud et humide, ça les réveille. Ça m’était déjà arrivé, dans une autre maison. Et, là, ça a commencé en novembre. À la fin, il y en avait aussi dans les draps, les fauteuils, les vêtements...
– Et alors, le rapport avec les sacs ?
– Eh bien, c’est comme pour tous les parasites. Il faut tout laver à 60 degrés au moins, mais pour tout ce qu’on ne peut pas laver comme ça, il faut mettre du produit. C’est pour ça que j’ai enfermé les vêtements que Louise avait laissés dans des sacs, avec le produit. Ensuite on les ressort, et on recommence jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de puces ou de larves de puces. C’est chiant, il faut recommencer tout le temps, mais à la fin, on s’en débarrasse… Enfin, presque, parce que c’est résistant, ces bestioles.
– Et tu pensais qu’elle allait réagir comment, la fille, de savoir que sa maison était infestée de puces et ses vêtements dans des sacs poubelle ?
– Louise ? Oh, comme d’habitude, ça l’a fait rire, et ensuite, elle téléphonait pour prendre des nouvelles des puces… En se fichant un peu de moi, avec mes puces, mais bon…
– …
– ?
– Tu veux dire qu’elle était au courant ?
– Oui, tout à fait, je le lui avais dit.
– Tu veux dire que tu étais encore en contact avec elle après cet été…
– Oui, tout à fait.
– … après le 3 décembre ?
– Ah, non, ça non, après le 3, non. Mais avant, oui, jusqu’en novembre, à peu près. C’est normal, à cause du confinement les électriciens n’avaient pas pu venir et elle voulait absolument que ce soit terminé en 2020, à cause de ses histoires de déduction fiscale… Alors, elle a appelé, pour les devis, et plusieurs fois… Elle en parle, d’ailleurs, dans son bouquin, des électriciens et des puces…
– Et tu sais où elle est, alors ?
– Ah non, ça non, je ne sais pas. C’est sa vie à elle, sa maison à elle, pas la mienne.
– Et pour la voiture ?
– La voiture, quelle voiture ?
– On a retrouvé une voiture de location, garée derrière le parking de la mairie. Renseignement pris, elle a été louée à Mende, le 3 au soir, et on a vérifié, elle a été récupérée par une certaine Louise Martin, environ une demi-heure après l’arrivée du train de Nîmes, vers 16 heures. Si on remonte un peu dans le temps, ça voudrait dire qu’elle aurait pris le TGV de 7h39 à la gare de Lyon, puis le TER de 12h18, arrivée à Mende 15h30.
– Ça, ça m’étonnerait, elle ne conduit pas, Louise, elle dit qu’elle a arrêté il y a plus de vingt ans, parce qu’à l’époque, elle ne voyait plus rien, elle avait une diplopie.
– Une quoi ?
– Une diplopie, c’est quand on voit double, c’est neurologique.
– Ah bon ? Elle voit peut-être double, cette femme, c’est possible, sauf que depuis vingt ans, elle a eu le temps de récupérer de sa diplopie et que si elle ne conduit pas, d’accord, elle a quand même le permis. Alors, rien ne l’empêchait de louer une voiture. Et comme on l’a retrouvée, la voiture, ça veut dire qu’elle est revenue. Et qu’elle était là le 3 décembre au soir, sans doute pas à Mende, aucune trace dans aucun des hôtels encore ouverts, mais qu’elle a sans doute pris la route et qu’elle a descendu dans la vallée, pour aboutir au village, à trente mètres de la maison. Alors qu’est-ce que tu dis de ça ?
– Rien
– Tu ne l’as pas vue, tu es sûr ?
– Pas vue.
– Bon, admettons. Si je reprends le fil, la dernière fois que tu lui aurais parlé au téléphone, ce serait le…
– Mi-novembre, vers le 15, je crois.
– D’accord, le 15. Et, à ce moment-là, elle avait déjà commencé à publier son truc, là, son bouquin sur Mediapart… Oui, ou non ?
– Oui.
– Et vous avez parlé des puces dont elle parlait dans son bouquin?
– Oui.
– Et aussi de l’électricien qui, soi-disant, s’appelle Che Guevara ?
– Oui. Enfin, pas exactement, il s’appelle Guévara, l’électricien, Tony Guévara. C’est un nom courant, un peu comme Jordan Delgado et Kévin Gomez, eux c’est les plombiers, et d’ailleurs…
– Ne change pas de sujet. Le 15, c’est ça ?
– Oui.
– Ah ? Et comment tu pouvais le savoir, en novembre, qu’elle parlait des électriciens et des puces, dans son bouquin, puisqu’elle ne commence à en parler que le 3 décembre, juste avant de disparaître ? Ou alors c’est que tu l’as revue, ou que tu as parlé avec elle au téléphone bien après ?
– …
– Là, ça te la coupe, non ? C’est imparable, ça, tu ne crois pas ?
– Non, parce que je l’avais lu avant.
– Quoi, lu avant ?
– Le bouquin, elle me l’avait envoyé.
– Elle te l’avait envoyé ?
– Oui, elle m’avait envoyé une bonne partie du manuscrit. Un premier jet à la fin de l’été et la suite début novembre.
– Et tu peux le prouver ?
– Oui, tout à fait, j’ai les mails d’envoi.
– Alors ça, c’est fort ! Une fille qui écrit pour t’en foutre plein la gueule, elle t’envoie le manuscrit ? Et tu comprends ça comment, toi ?
– Je ne sais pas, je ne cherche pas à comprendre. Ou alors, peut-être qu’elle m’écrivait à moi. Oui, c’est ça, elle m’écrivait à moi, en fait, elle devait avoir envie que je la lise, et c’est tout. Rien d’extraordinaire là-dedans. Elle voulait aussi que je le complète, son bouquin, j’ai l’impression, au moins les passages qui parlent de moi, mais là, je ne me suis pas laissé faire. J’ai dit que si ça lui faisait du bien, d’écrire le bouquin,  tant mieux pour elle, mais que je ne me sentais pas concerné. Je n’allais tout de même pas l’aider à écrire un roman qui parle de moi et que ce n’est même pas moi…
– Et la conclusion ?
– La conclusion, c’est qu’elle a disparu et que moi, je ne l’ai pas vue. Alors, plutôt que de me cuisiner, vous feriez mieux de la chercher.
– On a encore deux ou trois trucs dans notre manche, monsieur Legrand, alors à votre place, je ne me réjouirais pas trop.
– Je ne me réjouis pas, pas du tout. J’attends qu’on la retrouve, Louise, j’attends qu’on la retrouve et c’est tout. Et ensuite, je me barre, parce que je commence à en avoir marre, de toutes ces histoires de romans à dormir debout.
– Te barrer, pour l’instant il n’en est pas question. Prolongation de garde à vue, alors on en reparlera, des puces et de Tony Guévara, on en reparlera.

A suivre...

_______________

[1] Ibid. voir épisode précédent
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Prochain épisode : Troisième audition

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