La gauche en miettes

L'analyse politique, le droit d'inventaire, les appels à la refondation et les incantations sans fin, les imprécations, aussi, d'autres les feront mieux que moi. Le billet, c'est juste pour dire que j'ai de la peine.

Je ne fréquente l'espace de blog que depuis janvier 2018 et je n'ai jamais eu la tentation de le quitter, ni en raison d'un commentaire désagréable, ni parce que la ligne éditoriale du journal n'aurait pas été patali patala dans la ligne droite (ou plutôt la gauche) de ce qu'il faudrait en penser ou de ce que j'en penserais, moi, très exactement comilfo, si jamais je devais m'atteler à bâtir une ligne éditoriale. Ce qui est très au-delà de mes capacités, d'ailleurs, en raison d'un handicap qui m'affecte et qui s'appelle le doute. C'est vrai, je doute vraiment beaucoup et sur bon nombre de sujets, ce qui n'est pas le meilleur moyen de bâtir une ligne quelconque, sauf à se concentrer sur l'essentiel. Bon, mais je l'aime vraiment beaucoup, cet espace de blog : il est précieux, il n'est pas envahi de publicités et, à mon avis, il est sans équivalent.

En revanche, mon étonnement n'a cessé de croître : qu'il s'agisse (dans le plus grand désordre) du genre ou de la PMA, de #MeToo, de l'Islam ou du voile dans toutes ses déclinaisons, de Charlie ou de la liberté d'expression, du terrorisme ou de la géopolitique, de l'Europe des nations ou des nationalismes, du populisme ou de la Constitution, de la souffrance animale ou de l'écriture inclusive, le vertige m'a pris parce que la seule conclusion à en tirer, de tout cet inventaire, et encore, j'en oublie, c'est qu'il ne sont d'accord sur rien. C'est ce que j'ai dit à tous mes amis : c'est sympa de bloguer, on fait des rencontres intéressantes, mais alors, mais alors, si tu savais, la gauche... Elle est carrément explosée, parcellisée, en morceaux, en miettes, en puzzle... C'est impressionnant, parce qu'ils ne sont d'accord sur rien. Sinon que tout le monde est plus à gauche ou mieux à gauche, là-dedans, alors, je doute, je doute...

- Et bien, ma pauvre, si c'est maintenant que tu le découvres, que la gauche est en miettes !

- Non, je ne le découvre pas, ce n'est pas ça, c'est juste que que c'est plus concret. C'est juste que maintenant, je peux le toucher, le ressentir profondément, comme si je me retrouvais tout soudain dans un crumble.

- Ah ? Et ça t'avance à quoi, de le ressentir profondément, comme tu dis ?

- À rien.

- Alors, laisse tomber. Comme le disait un de mes copains de section : "Je propose que celui qui n'a pas de solution à proposer n'ait pas le droit de critiquer la proposition et encore moins la ligne."

- Ah bon ? Mais, alors, comment on fait si la proposition ne s'accorde pas ou plus avec le constat ?

- On tient la proposition et on refait le constat.

- Tu veux dire qu'on fait les constats en fonction des propositions qu'on a trouvées ?

- C'est ça.

- Alors, moi je propose qu'on arrête de faire des propositions qui ne tiennent pas debout parce qu'elles seront devenues obsolètes sitôt qu'on essaiera de les mettre en oeuvre. Je propose qu'on arrête cette politique de la liste de commissions et de la batterie de mesures qui ne marcheront jamais parce que le monde devient de plus en plus complexe et qu'il change à grande vitesse. . Je propose qu'on s'accorde sur l'essentiel, déjà, et qu'on définisse une ligne de valeurs qui devront guider les mesures, forcément évolutives, qu'on sera amenés à prendre, dans le temps, qui demandent du travail, de l'analyse objective, et pas seulement un catalogue de propositions toutes faites.

- Et ça changera quoi, ton histoire de valeurs ?

- Ça changera déjà qu'on pourrait partir de ce qui nous réunit, pas de ce qui nous divise. Travailler sur le socle de ce qui nous réunit, ensuite s'accorder sur des constats objectifs, étayés, puis mettre en avant des priorités, c'est tout, et admettre que les solutions prennent du temps, qu'elles sont forcément de long terme et que...

- Ma pauvre chérie, tu n'as vraiment aucun sens politique.

cry

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