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Billet de blog 17 déc. 2020

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♦ Le bLog et moi, catharsis

30. "Come di, come di. Come di, come di orchestra illusa a Napoli… E poi sgridata a Minneapoli. Comi di, comédie, la comédie d’un jour...

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Catharsis

Come di, come di
Come di, come di orchestra illusa a Napoli…
E poi sgridata a Minneapoli
Comi di, comédie

 La comédie d’un jour, la comédie de ta vie
La comédie, la comédie…

 Paolo Conte,1986

Alors là, mais tu es complètement piquée, Louise, complètement ravagée !! Tu es devenue folle, tu as perdu le sens commun ? Et d’où tu m’appelles, d’abord ? Et le fric, qu’est-ce que tu en as fait ? Comment ? Comment ? Moi, je ne m’intéresserais qu’au fric ? Tu me dis ça à moi, alors que… Mais tu es devenue… Tu te rends compte, du bordel que tu as foutu partout ? Tu te rends compte ? Il y en a partout dans les journaux, une haute fonctionnaire disparaît sans explications… Même ton ministre, s’est fendu d’un communiqué, une grande serviteur, non, serviteuse, non je ne sais plus, enfin un grand serviteur de l’État, comme on dit… Et moi, ils m’appellent l’assureur au chômage, et encore, dans la presse normale, Le Monde, Libération, Le Figaro… Ailleurs, sur les réseaux sociaux, ça devient le gars de la Matmut, ou alors l’ex-mari complaisant et j’ai l’air complètement débile, parfaitement ridicule… Et ne parlons pas de Mediapart, avec l’autre moustachu, là, je ne sais plus comment il s’appelle… Il s’est lancé dans un éditorial, je ne te dis pas… Il paraît que ça interrogerait singulièrement notre conception de l’engagement, cette histoire, et même notre rapport à la démocratie et aux valeurs de la République, rien que ça… Il n’a oublié que l’islamophobie, encore que j’attends la suite avec impatience… Il a dû mettre ses renifleurs de merde là-dessus, alors on peut s’attendre à tout… On nage en plein délire, là, et pourquoi, pourquoi ? Tu peux me dire, pourquoi tu as fait ça ?

– Eh bien, c’est tout simple, pour que ça se vende.
– Pour que ça se vende ? Mais quoi ?
– Eh bien, mon bouquin. Pas seulement pour que ça se vende, d’ailleurs, mais pour que ça intéresse, surtout. Tant que tu n’es pas connu, ça n’intéresse personne, mais dès que tu es connu, tu peux écrire n’importe quoi : mes dix recettes de cuisine préférées, de quelle humeur je me lève le matin, comment je promène le chien, ça intéresse tout le monde…
– Tu es folle !! J’hallucine et tu es folle ! Tu ne vas quand même pas me dire que tu as disparu dans la nature, et lancé tout le monde à ta recherche, et avec tout ce que ça va coûter à tout le monde, pour une simple histoire de bouquin ?
– Ben, si… Et d’ailleurs, ça a bien marché, n’empêche. Je suis connue, maintenant, alors ça ne va pas traîner, les propositions…
– Mais tu es irresponsable ? Tu te rends bien compte que dès que la police s’apercevra…
– Si tu ne lui dis pas, à la police, elle ne s’en apercevra pas.
– Si je… Et tu feras comment, pour réapparaître, tu peux me le dire ?
– Eh bien, comme Agatha Christie.
– Comment ça, comme Agatha Christie ?
– Oui, tu sais bien, elle a disparu, en 1926. Entre le 3 et le 14 décembre 1926, elle a disparu onze jours. Elle est partie en voiture, une Morris Colwey qu’on retrouvera plus tard, phares allumés, au bord d’un étang. Dedans, il y avait son manteau de fourrure, son permis de conduire, périmé, et un peu plus loin le poudrier de sa mère, qu’elle venait de perdre et c’est d’ailleurs pour ça qu’Archibald, qu’elle aimait pourtant tendrement, aurait décidé de la quitter, parce qu’il la trouvait trop triste. Et aussi parce qu’il avait une maîtresse, mais bon, est-ce que…
– Arrête, arrête, je ne veux plus rien entendre. J’en ai marre, de cette logorrhée, j’en ai marre de ces digressions continuelles, j’en ai marre. Tu es folle, c’est tout.
– Exactement ce qu’on a dit d’Agatha Christie, ou au moins qu’elle était amnésique et dépressive, alors tu vois bien… Un groupe de jazz qui donnait un concert à Harrogate, enfin le saxophoniste ou le batteur du groupe, on ne sait pas bien, l’a reconnue, et quand son mari est venu la chercher, eh bien, elle ne savait même plus qui il était. Sinon que les enquêteurs se sont aperçus plus tard qu’elle avait réservé la chambre d’hôtel au nom de Theresa Neele et que Theresa Neele, c’était justement le nom de la maîtresse d’Archibald. Enfin, Nancy Neele, mais c’est pareil. Ensuite, elle n’a jamais rien dit et personne, je dis bien personne, même pas Rosalind, sa fille, n’a jamais su le fin mot de l’histoire. Dans son autobiographie, elle n’en parle même pas. Les uns pensent que c’était pour donner une leçon à Archibald, les autres à une fugue dissociative et d’autres, encore, que c’était un gigantesque coup de pub. Alors, tu vois bien, pourquoi pas moi ? Pourquoi je ne ferais pas une fugue dissociative, j’ai bien le droit, non ? Pourquoi ce serait toujours pour les autres, la dépression et la schizoïdie ?
– Bon, alors je vais essayer de rester calme. Et tu as pensé aux autres, Louise, tu as pensé aux autres ? Aux garçons, surtout ? Paul était ravagé et Arnaud à la limite de la crise de nerf…
– Bah, tu exagères toujours. Ils vont très bien, les garçons, très très bien, même.
– Ben voyons, et comment tu le sais, toi, qu’ils vont très bien ?
– Parce qu’ils me l’ont dit.
– Comment ça, ils… Je ne comprends pas.
– Ben oui, c’est ça le truc. Les garçons, ils étaient au courant dès le début. Je leur avais fait un petit synopsis, avec des exemples de dialogues, tip, top. En fait, quand tu leur écris des dialogues plausibles, les gens s’adaptent très bien. J’avais compris ça, la fois où on avait essayé de faire un film, avec les copains, tu te souviens ? J’avais donné un genre de script aux autres et ils se sont tous très bien débrouillés, j’avais été sciée de la façon dont ils s’étaient appropriés les textes. Les garçons ont été splendides. C’est même Arnaud qui m’a aidé à planquer le fric et c’est grâce à lui que j’ai une connexion sécurisée, impossible à détecter… Sinon que je ne peux pas l’utiliser trop longtemps, alors je vais couper…
– Attends, attends ! Et moi, alors, tu as pensé à moi ?
– Oui, tu vois bien, puisque je te le dis.
– Attends, attends ! Et ton gars, là, celui qui a fait de la prison, qui est allé en taule, Louise, en taule ! Tu as pensé à lui, à ce qu’il doit vivre ?
– Mon gars, comme tu dis, ça lui fera les pieds. Ciao, Patrick, n’y pense pas trop, va voir le médecin, je te tiens au courant.

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