Darmanin, encore un arbre qui va nous cacher la forêt !

Sans négliger les aspects importants de cette nouvelle affaire : le viol, le consentement, la présomption d'innocence... et si l'on osait parler de déontologie ?

La nouvelle apparaît sur ma tablette, encore une affaire de viol et de dépôt de plainte, visant cette-fois-ci l’un de nos ministres, et ma première réaction est de me dire : « Et bien, si c’est vrai, c’est grave pour elle, mais si c’est faux, c’est grave pour lui ! » Ou l’inverse, c’est une question de point de vue, au sens littéral du terme.

Puis je lis…

Et là, je vois apparaître toute une litanie devenue habituelle : confiance du Premier ministre, présomption d’innocence, la fille est une ancienne call-girl, chantage, consentement, pas consentement, enquête préliminaire, c’est parole contre parole, la justice le dira… Et même, « Que s’est-il passé à l’hôtel ?» (Le Monde) ce qui ne peut pas manquer de nous évoquer des souvenirs.

Alors qu’on me comprenne bien : je sais que la notion de consentement est au cœur des affaires de viol, j’ai encore en mémoire la magnifique plaidoirie de Gisèle Halimi lors du procès de 1978, je sais aussi qu’une enquête préliminaire n’est pas une information judiciaire et encore moins une mise en examen, mais je constate que, dans toutes ces affaires, le mot absent, le mot impensé, c’est toujours le même : la déontologie !

Comment pouvons-nous accepter cela ? Comment pouvons-nous tolérer que nos élus, nos ministres, soient aussi occupés à monnayer leur influence par des services, des renvois d’ascenseur et tutti quanti ? Qu’ils pratiquent en permanence le mélange des genres, comme si c’était normal ? C’est normal d’inviter à dîner une dame à laquelle vous avez promis de transmettre son dossier à une ministre de la République, en vue, pourquoi pas, de coucher avec elle ?

Dans l’affaire Georges Tron, c’est normal, de faire d’une mairie le haut lieu des massages plantaires ? Dans l’affaire Woerth, c’est normal, de ne pas voir qu’on est en situation de conflit d’intérêts lorsqu’on a fait embaucher sa femme par L’Oréal et qu’on devient ministre de l’Economie ? Qu’à tout le moins on devrait prendre des mesures de transparence pour ne pas alimenter les soupçons et ne pas balancer les Légions d’Honneur à tout va ? Parce que la prise illégale d’intérêt est une chose, la justice peut le dire, mais le conflit d’intérêt en est une autre, ça se présume, le conflit d’intérêt : c’est une situation qu’il faut à tout prix éviter, si l’on est un tant soit peu compétent pour briguer les affaires publiques. Et dans l’affaire DSK, parlons-en, c’est normal de partir en goguette avec deux ou trois prostituées et de leur faire visiter le FMI ? Aux frais d’une boîte, peut-être, mais en profitant d’une fonction qui n’est tout de même pas une paille ! Et dans l’affaire Fillon, cette obsession à nous répéter que c’était légal… Et que la justice de mon pays et blablabla… Alors même qu’on postule à la fonction suprême et que l’on a bâti sa carrière politique sur la morale et l’intégrité, pour finir par révéler aux yeux de tous que la déontologie, que dal…

 

Dans la fonction publique, la commission de déontologie examine avec soin les demandes de disponibilité des fonctionnaires de tout poil, petits ou grands, pour savoir si leurs projets sont compatibles avec la « dignité » de la fonction. Par exemple, on n’a pas vraiment le droit d’ouvrir un sex-shop quand on part en retraite de la fonction publique, surtout si l’on y détenait des responsabilités. Pour juger de cette compatibilité, la commission de déontologie met justement en balance les responsabilités qu’on détenait dans ses anciennes fonctions et la nature de celles qu’on souhaite occuper dans le privé. Et plus on est gradé, moins on a le droit de faire n'importe quoi.

Exception notable, pour les ministres, puisqu’il semblerait que tout le monde s’en fiche. Or, les ministres sont aussi les chefs de leurs administrations… au sommet de la pyramide hiérarchique. Et que, paraît-il, on n’est plus aux temps de Louis XIV mais qu’ils sont, au sens étymologique du terme de ministre, les serviteurs de la République.

Affaire après affaire, cet oubli me met dans une grande colère.

 

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