Destination théâtre: «Train-Train» à la Comédie Bastille

La compagnie "C'est bien agréable" reprend à partir du 8 janvier, à la Comédie Bastille, son réjouissant « Train-Train », quête initiatique de quatre personnages embarqués à destination de « Destination », station ultime, subjective et rien moins que régie par le destin.

La rue Nicolas-Appert est glaciale en ce soir de novembre. À quelques numéros des anciens locaux de Charlie-Hebdo, se tient le théâtre de la Comédie Bastille. Il faut entrer dans le bâtiment pour oublier l’atmosphère anxiogène que conserve cette rue du XIe arrondissement depuis bientôt deux ans. Et se laisser glisser dans un spectacle régénérant pour en secouer les dernières viscosités.

Train-Train est de ces spectacles. Pourtant les thèmes abordés sont loin d’être légers : les choix de vie, la violence entre les hommes et les femmes (largement partagée), la « place que l’on s’octroie », la difficulté à s’affirmer tel que l’on sent que l’on voudrait être. Dès l’abord, Train-Train se présente comme la quête initiatique de quatre personnages, embarqués à destination de « Destination », station ultime, subjective et rien moins que régie par le destin. Car ce sont les choix que feront les personnages au cours de ce huis clos mobile qui détermineront la suite des événements, comme si la pièce s’écrivait sous nos yeux. Or ces événements revêtent d’autant moins un caractère fatidique qu’ils surgissent dans un univers à la logique tout à fait personnelle, où la mort est réversible – tout est une question de casquette – au même titre que l’amour et la haine.

© Benoît Basset © Benoît Basset

Ces thèmes sont brassés par la plume de David Talbot (excellent interprète du contrôleur-couchettiste et co-metteur en scène[1]) en un texte hybride, foutraque, souvent très drôle, parfois poétique, hésitant sans cesse entre le boulevard, l’absurde et le contemporain, combinant éclairs jubilatoires et voies sans issue. J’ai regretté en effet, par (courts) moments, que certaines pistes ne soient pas explorées jusqu’au bout et que les nombreuses trouvailles, d’intérêt inégal, soient accumulées sur le plateau, laissant au spectateur le soin de trier.

Mais ce sera là ma seule réserve, car j’ai réellement passé un de ces rares moments qui font du bien. Notamment grâce à la qualité des comédiens ; j’ai évoqué David Talbot, il y a aussi la troublante Gaëlle Lebert dans le rôle difficile et ambigu que lui confèrent son imperméable, sa perruque et ses lunettes noires ; Sandrine Molaro, qui m’avait déjà enthousiasmée aux côtés de David Talbot dans Madame Bovary (sélectionné par Le Figaro parmi les dix meilleurs spectacles de l'année 2016 – voir ici ma chronique sur ce spectacle) ; et enfin l’hilarante autant qu’inquiétante Aurélie Boquien.

Pour sa première création, la compagnie « C’est bien agréable » – on voit d’ici le sourire faussement naïf de Sandrine Molaro éclairer son visage en prononçant ces mots – fait donc remonter de quelques degrés la température.

Et rassure en rappelant que, dans un petit théâtre (privé), au fond d’une impasse, par un temps désastreux, peut encore se prendre un authentique plaisir de théâtre.

 

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Train-Train

De David TALBOT
Mise en scène :
Compagnie « C’est bien agréable »
Avec Aurélie BOQUIEN, David TALBOT, Gaëlle LEBERT, Sandrine MOLARO

Le 26 décembre à 20 h

puis à partir du 8 janvier, tous les dimanches et lundis à 21 h

Comédie Bastille

5, rue Nicolas-Appert

75011 Paris

Réservations : 01 48 07 52 07

32 € et 27 €

Tarif Jeune (moins de 26 ans)* : 10 € au guichet ou 11 €* sur notre site internet

Tarif Onzième (habitants du 11e arrondissement)* : 11 €*

*en fonction des places disponibles


[1] Coauteur de plusieurs pièces (voir ici sa biographie), David Talbot signe ici sa première pièce en tant qu’auteur.

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