Emmanuelle Favier
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Billet de blog 25 août 2015

Emmanuelle Favier
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Les Lectures sous l’arbre, voyage en anaphore

Créé par l’équipe des éditions du Cheyne à l’issue du succès remporté par une première journée de lectures, le festival des Lectures sous l’arbre fêtait cette année son 24e anniversaire.

Emmanuelle Favier
Autrice, pigiste culture
Journaliste à Mediapart

Créé par l’équipe des éditions du Cheyne à l’issue du succès remporté par une première journée de lectures, le festival des Lectures sous l’arbre fêtait cette année son 24e anniversaire.

Le directeur artistique du festival, Jean-François Manier, flanqué de son acolyte Jean-Pierre Siméon (directeur du Printemps des poèteset président de l’association Typographie & Poésie), se font capitaines d’un vaisseau à plusieurs ports et entraînent le public dans près d’une dizaine d’espaces différents autour de la commune du Chambon-sur-Lignon, lieu de mémoire s’il en est.

Mediapart est partenaire depuis trois ans du festival ; Patrice Beray s’y était rendu en 2013, cet été ce fut à mon tour de m’abriter sous les branches.

Cette année, la thématique choisie était celle des Balkans. Rencontres avec des auteurs de Roumanie ou de Bosnie-Herzégovine, conférences où politique et littérature ne font qu’une, petits plats « à la balkanaise », mélopées de l’est… côtoient des auteurs cheynais et d’ailleurs, pour une « objection de conscience » (Jean-Pierre Siméon) en plein air.

Depuis sa création, le festival s’est beaucoup développé. Il est passé d’une formule « plat du jour », avec une manifestation principale quotidienne, à une formule « à la carte », avec diverses propositions qui au fil des années se sont étoffées. Aujourd’hui, sous l’arbre, le spectateur a l’embarras du choix.

Il y a les moments « Thé ou café ? » et « À la table de… », temps informels où le public est invité à partager un moment privilégié avec un auteur du festival. Cette année les festivaliers ont pu rencontrer au moment du petit déjeuner de jeunes auteurs du Cheyne comme Gaïa Grandin, Loïc Demey, Benoît Reiss ou encore Julie Delaloye. À midi, il leur fut possible de déjeuner avec Emmanuel Dall’Aglio, Benoît Reiss, Velibor Čolić et Jean-Arnault Dérens, Jean-Claude Dubois, Nathalie Milon et Claudine Hunault (voir la vidéo ici) ou encore Doina Ioanid et son traducteur Jan Mysjkin. Le week-end, à l’heure du déjeuner, un buffet fut offert le samedi et un pique-nique à l’issue d’une promenade le dimanche, occasion de réunir tous ceux qui avaient eu l’occasion de se croiser durant la semaine.

Il y a les balades-lectures, « Tout en douceur », où le plaisir de l’écoute est mis en résonance avec les paysages généreux de la région. Les auteurs (Gaïa Grandin, Julie Delaloye et Loïc Demey), épaulés par des comédiennes (Cécile Falcon, Mathilde Martineau), font découvrir des écrivains qui leur importent. Citons à titre d’exemple la promenade de Julie Delaloye, qui nous a entraînés « Contre la lumière » dans un parcours à trois étapes, fait de trois lieux, trois poètes et trois natures de lumière. En compagnie de Jacques Dupin (Le Corps clairvoyant), nous avons d’abord fait halte dans un lieu clos, petite clairière délimitée par un sentier, un pré et un muret derrière lequel un émouvant cimetière érigeait ses deux uniques tombes. Pour Yves Bonnefoy (Ce qui fut sans lumière), ce fut un lieu ouvert, pré immense jetant l’œil dans un panorama qui épousait les largesses de la phrase. Enfin, les mots de Philippe Jaccottet (Airs) eurent pour écrin un espace tacheté d’ombres, entre troncs et lumière parsemée, où des souches apparemment accueillantes invitaient à s’asseoir en prenant garde, toutefois, à quelque barbelé oublié. La « tombe d’abeilles » de son poème était à lire en écho à celles de la première étape, mais aussi comme l’image d’un parcours où la mort n’est pas une fin. Une femme a d’ailleurs raconté avec émotion comment ce poète l’avait accompagnée dans le deuil de son fils. La construction de la promenade épousait parfaitement, on le voit, le chemin de pensée poétique élaboré par Julie Delaloye. Spontanément, les gens ont d’ailleurs chaque fois voulu réentendre le poème après que Julie et la comédienne Mathilde Martineau avaient livré leurs réflexions dessus. 

Il y a les « Matins de la création », conférences avec vue sur le pré où se mêlent enjeux de la littérature et réflexions politiques. Jean-Arnault Dérens de Mediapart [lien] a ouvert le cycle avec une tentative de définition de ce que sont véritablement les Balkans. Puis Jean-Marie Barnaud a développé une réflexion sur l’écriture de soi. Enfin votre servante a évoqué l’œuvre d’Ismaïl Kadaré.

Il y a, encore le matin, des rencontres : avec Simon Martin, auteur, et l’illustratrice Estelle Aguelon pour leur livre jeunesse Avec mes deux mains ; ou encore avec l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens des éditions POL.

Il y a, le matin toujours, les « Parcours de lecteur ». Les auteurs présentent deux livres essentiels à leurs yeux. Jean-Claude Dubois, Nathalie Milon et Claudine Hunault, ainsi qu’Alexandre Zotos (traducteur, notamment, d’Ismaïl Kadaré) se sont prêtés au jeu.

Il y a, l’après-midi, un choix à opérer entre différentes lectures. On peut passer « Une heure avec… » un des auteurs invités, ou opter pour « Les lectures du vagabond ». Ces dernières ont lieu sous une yourte, où les comédiennes lettrées que sont Mathilde Martineau (autour de Duras et Neruda ou encore Cendrars), Cécile Falcon (autour d’Adonis et de Descartes) ou encore Camille Buès (autour de Colette, Omar Khayyâm, Jean-Claude Pirotte et Li Po). Atmosphère feutrée et nuées de sauterelles sont à prévoir.

Il y a aussi les virgules musicales du groupe Tikvitsa (« petite courgette » en serbo-croate…), spécialisé dans la reprise de mélodies traditionnelles des Balkans, qui ont clôturé le festival par un petit concert (voir ici la vidéo).

Il y a ensuite, à l’heure de l’apéritif, « Les Fondatrices », où des artistes invités présentent les œuvres qui les ont marqués dès l’origine.

Il y a enfin les soirées, marquées par des événements comme la lecture du dernier roman de Benoît Reiss, Aux replis, par Hervé Pierre de la Comédie-Française ; ou encore la lecture-concert en partenariat avec le festival de la Chaise-Dieu, où des textes de Jean-Claude Dubois autour de Chopin, Bach et Schubert sont lus par Sylvia Bergé de la Comédie-Française, accompagnée par Pascal Amoyel au piano et Emmanuelle Bertrand au violoncelle ; enfin le concert d’Angélique Ionatos autour d’Odysseus Elytis, où elle a alterné entre les versions grecques chantées et les versions françaises lues, seule en scène avec sa guitare (Patrice Beray lui a consacré un article à l'occasion de sa venue au Marché de la poésie, en juin dernier).

Il y a aussi, ne l’oublions pas, des stages pour les enfants comme pour les adultes, des promenades, d’autres lectures, des projections, des rencontres et encore d’autres rencontres. Il y a des livres, encore et toujours des livres, qui s’échangent, se prêtent ou s’achètent, se dédicacent, se dévorent, s’abandonnent, se taisent parfois.

Il y a par-dessus tout Elsa, Lucie, Lucie encore, Léa, Noé, André, Marie-Hélène, Christophe, Véronique, Marie-Hélène[lien] encore, et tous ceux que je n’ai pas pu rencontrer mais qui, bénévoles professionnels, ont été aux petits soins de tous pendant cette semaine.

Les Lectures sous l’arbre, 24e édition, du 16 au 23 août 2015, Le Chambon-sur-Lignon

« Le silence creuse son lit dans la parole jusqu'au cœur de celui qui ne l'attend plus, qui veille et travaille dans la souffrance de sa non-venue. » (Jacques Dupin, Le Corps clairvoyant)

Bibliothèque idéale et subjective des Lectures sous l’arbre

Julie Delaloye, Malgré la neige, Cheyne, 2015

Loïc Demey, Je, d’un accident ou d’amour, Cheyne, 2014

Jacques Dupin, Corps clairvoyants, Poésie/Gallimard

Gaïa Grandin, Faoug, Cheyne, 2015

Ismaïl Kadaré, L’Envol du migrateur, Fayard

François Maspero, Balkans-Transit, Seuil, Fiction & Cie, 1997

Nathalie Milon et Claudine Hunault, Comme une épaisseur différente de l’air, Cheyne, 2015

Benoît Reiss, Aux replis, Cheyne, 2015

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