Covid-19 : Pour Noël, même quand la situation s'améliore, on dit qu'elle se dégrade.

Les indicateurs publiés par Santé Publique France sont souvent contradictoires. La communication gouvernementale ne s'appuie que sur ceux qui semblent négatifs, même s'ils ne reflètent pas la situation sanitaire. Bien qu'on nous répète que "ça se dégrade", en réalité la situation épidémique s'améliore progressivement depuis le 27 octobre, et rapidement depuis le 14 décembre.

Sur le front de l'épidémie de Covid-19 et des contaminations, la situation est en amélioration continue depuis le 27 octobre, et de façon très nette depuis une semaine, mais les chiffres diffusés par Santé Publique France et repris dans les médias ne permettent pas de s'en rendre facilement compte.

Explication :

Le chiffre le plus régulièrement mis en avant, celui que Santé Publique France annonce chaque soir, c'est le "nombre de nouveaux cas" (aussi désigné parfois "nombre de nouvelles contaminations").

Ce nombre correspond en fait au nombre de résultats positifs reçus par Santé Publique France sur les 24 dernières heures.

Sans entrer dans trop de détails (on pourra trouver des analyses approfondies ici et ici), on parlera du biais le plus massif de ce nombre de nouveaux cas : il ne permet pas de mesurer la situation sanitaire, parce qu'il dépend directement du nombre de tests réalisés.

Si on multiplie par 2 le nombre de tests entre une semaine et la suivante, même si la situation sanitaire est stable, on trouvera probablement environ deux fois plus de personnes positives. Cette augmentation de 100% ne correspondrait pas à une évolution de la situation sanitaire, mais à une évolution du nombre de tests. Dit autrement : le nombre de nouveaux cas mesure à la fois la situation sanitaire et le nombre de tests, sans permettre de déterminer la part de chacun.

Or, c'est exactement ce qui se passe en ce moment : depuis début décembre, le nombre de tests est en augmentation rapide, à la fois parce que les tests antigéniques sont plus "attractifs" que les tests virologiques (moins d'attente pour passer le test, résultat rapide), parce qu'il y a des campagnes d'incitation à se faire massivement tester et parce que Noël approchant, on veut avoir des résultats avant de se réunir en famille. Ainsi, vendredi 18 décembre, plus de 500000 personnes ont fait un test (record battu), contre 260000 le vendredi précédent. Dimanche 20 décembre, près de 115000 tests ont été passés, contre 35000 le dimanche précédent. Et lundi 21 décembre, plus de 630000 personnes se sont fait tester (record pulvérisé.) Voici la courbe traçant l'évolution du nombre quotidien de tests effectués, entre le 13/5 et le 20/12 (derniers chiffres connus à ce jour, disponibles ici) :

Nombre quotidien de tests réalisés © Géodes - Santé Publique France, d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP Nombre quotidien de tests réalisés © Géodes - Santé Publique France, d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP

Si on compte les tests effectués chaque semaine, on est passé de 1,14 millions de tests la semaine du 30 novembre, à 1,3 millions la semaine du 7 décembre et à 2,27 millions la semaine du 14 décembre. On a doublé le nombre de tests en deux semaines.

Cela ne peut que se répercuter sur le nombre de cas positifs détectés. Or, en décembre, le nombre de nouveaux cas augmente beaucoup moins vite que le nombre de tests. Voici l'évolution du nombre de cas positifs détectés jour par jour :

Evolution du nombre de tests positifs © Géodes - Santé Publique France, d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP Evolution du nombre de tests positifs © Géodes - Santé Publique France, d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP

Si on les compte sur la semaine plutôt que jour par jour, on est passé de 72632 positifs la semaine du 30 novembre à 80104 positifs la semaine du 7 décembre et à 98280 positifs la semaine du 14 décembre. Pendant que le nombre de tests doublait, le nombre de nouveaux cas détectés n'a donc augmenté que de 35%. Mais le gouvernement ne parle que de l'augmentation des résultats positifs, sans mentionner l'augmentation du nombre de tests. Cela offre d'ailleurs une illustration de ce qu'on avait expliqué dès l'annonce du 2ème confinement : l'objectif de descendre à moins de 5000 "nouveaux cas" par jour n'a aucun sens, et peut devenir inaccessible si on multiplie les tests.

Une façon relativement bonne de se faire une idée de l'évolution de la situation épidémique est de calculer la proportion de résultats positifs parmi les tests réalisés (le taux de positivité des tests.) Si les personnes qui se font tester étaient représentatives de la population, ce qui n'est pas forcément le cas, le taux de positivité correspondait au pourcentage de personnes positives dans la population. Ce n'est pas le cas, donc, mais c'est une approximation pas trop mauvaise.

Or, le taux de positivité est en baisse depuis le 27 octobre :

Taux de positivité des tests en France. © Géodes - Santé Publique France, d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP Taux de positivité des tests en France. © Géodes - Santé Publique France, d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP

Voici le dernier résultat connu à ce jour : parmi les 662293 tests effectués le 21 décembre en France, 3,2% se sont révélés positifs.

Si on calcule le taux de positivité sur 7 jours pour lisser les effets de week end, voici la courbe :

Taux de positivité des tests en France. © Enzo Lolo d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP Taux de positivité des tests en France. © Enzo Lolo d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP

Parmi les 2.305.000 de tests effectué la semaine du 14 au 20 décembre, 4,3% sont revenus positifs.

Ce taux est descendu bien en-dessous des 10% (seuil d'alerte) et même en-dessous des 5% (seuil de vigilance) ; et au niveau national, on est redescendu au même niveau qu'à la fin du mois d'août.

Bien sûr, toutes les régions ne sont pas au même niveau, et il y a des zones plus ou moins hautes, et certaines ne baissent pas aussi nettement. L'Aisne ou le Jura, par exemple semblent encore stagner sur un "plateau". Comme on peut le lire sur cette carte (glisser la souris sur les départements), Paris est particulièrement bas, avec un taux de positivité descendu à 1,7% sur la journée du 21 décembre. (La carte est mise à jour quotidiennement par Santé Publique France : les chiffres constatés au jour de mise en ligne de ce billet sont donc susceptibles de changer.)

Le Rhône est à 3,1%, les Bouches du Rhône à 2,9%, la Gironde à 1,5% etc. Pour la Métropole, le maximum est de 7,8%, dans le Doubs.

On est très loin des 15 à 25% de fin octobre.

D'autres chiffres semblent entrer en contradiction avec l'idée d'une amélioration : le nombre d'admissions en réanimation et le nombre de décès, qui stagnent, voire augmentent légèrement. Mais une hypothèse simple permet de voir que ce n'est pas contradictoire. L'hypothèse, c'est que parmi les personnes détectées positives un jour donné, une proportion à peu près stable va tomber malade quelques jours plus tard, avoir besoin d'être hospitalisée encore un peu plus tard, et une part, elle aussi à peu près fixe, va décéder, un certain temps après. Selon cette hypothèse, une évolution du taux de positivité se traduit quelques jours plus tard par la même évolution sur le nombre d'entrées en réanimation, et quelques jours plus tard sur le nombre de décès.

Les courbes de ce qui s'est passé jusqu'ici semblent confirmer cette hypothèse : on voit un décalage entre trois courbes semblables : le taux de positivité, imité plus tard par le nombre d'entrées en réanimation, puis par le nombre de décès.

 

Taux de positivité, entrées en réanimation et nombre de décès quotidiens © Enzo Lolo, d'après les données SI-DEP et SI-VIC Taux de positivité, entrées en réanimation et nombre de décès quotidiens © Enzo Lolo, d'après les données SI-DEP et SI-VIC

 

Il se trouve que, pendant une quinzaine de jours, de début à mi-décembre, le taux de positivité est resté stable en France. On pouvait donc s'attendre à une approximative stabilité du nombre d'entrées en réanimation dans les jours suivants, ainsi que du nombre de décès. Mais la baisse devrait bientôt intervenir. Donc l'actuelle évolution (petite hausse) du nombre de décès, et la stabilité du nombre d'entrées en réanimation ne sont pas contradictoires avec le ralentissement de l'épidémie.

D'autres chiffres circulent dans certains médias et sur les réseaux sociaux, comme le "R", qui donnent une impression d'aggravation de la situation, mais ces chiffres sont très sensibles au nombre de test réalisés : l'augmentation du nombre de tests conduit à une augmentation du nombre de positifs, donc à une augmentation du R (ou R0, comme on l'appelle parfois à tort.) Là encore, l'augmentation de R n'est pas en contradiction avec l'amélioration de la situation épidémique.

Tout cela ne signifie pas que tout est fini, et rien ne permet de prédire si le taux de positivité va poursuivre sa descente ou se mettre à remonter, mais on peut le dire : actuellement, la situation s'améliore.

Elle s'améliore peut être encore davantage qu'on ne l'a vu ici. En effet, le Canard Enchaîné du 23/12/2020 révèle que les tests antigéniques, qui sont montés en puissance depuis le mois de novembre et permettent une augmentation spectaculaire du nombre de tests, donnent une proportion très élevée de faux-positifs. Parmi les patients ayant eu un résultat positif au test antigénique et ayant passé un PCR de contrôle, 63% étaient négatifs au PCR. Une grande part des "nouveaux cas" annoncés chaque jour sont donc des malades imaginaires.

Une dernière courbe avant de souhaiter à tous un joyeux Noël : l'évolution du nombre de tests négatifs...

Evolution du nombre de tests négatifs © Enzo Lolo d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP Evolution du nombre de tests négatifs © Enzo Lolo d'après les données SI-LAB issues de SI-DEP
Honnêtement, cette courbe ne veut rien dire, mais avec le même type de raisonnement que celui du gouvernement, on pourrait dire "La situation s'améliore très vite : le nombre de personnes négatives est en hausse vertigineuse !"

 

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