Pourquoi se dédouaner de ses propres responsabilités en nommant "Sarkozy" ? Brève analyse de Mediapart

Sur la première page du "tracker" de Mediapart, je trouve à l'instant 5 articles ayant dans leur titre le nom de Sarkozy et une quantité non négligeable ne le nommant pas mais signifiant son refus du personnage. Soit, je ne l'aime pas non plus et n'ai jamais compris comment les Français avaient pu élire un type de ce calibre. Mais une question fondamentale se pose que je ne lis pas souvent.

Sur la première page du "tracker" de Mediapart, je trouve à l'instant 5 articles ayant dans leur titre le nom de Sarkozy et une quantité non négligeable ne le nommant pas mais signifiant son refus du personnage. Soit, je ne l'aime pas non plus et n'ai jamais compris comment les Français avaient pu élire un type de ce calibre. Mais une question fondamentale se pose que je ne lis pas souvent.

Voici les titres actuels les plus lus.
Sarkozy contre la République: un président hors la loi

 

Et Sarkozy fut - l’ultime - , celui qui nous précipita dans le néant.

 

Sarkozy: jusqu'où l'escalade?

Comment va -t-on se sortir du sarkozysme?

 

La recette de la France à la Sarkozy

 

sans parler des autres articles où son nom n'est pas mentionné mais qui vont dans le même sens.

 

C'est facile de taper sur quelqu'un d'aussi nul en se donnant l'aura d'être "meilleur". Mais c'est se tromper profondément sur son propre pays et ses rouages.

 

Sarkozy est là où il est, parce que les Français n'ont aucun sens critique de la politique et de ceux qu'ils nomment "élites" depuis des siècles et devant lesquelles ils s'applatissent, "monsieur le député" par ci, "monsieur le maire" par là, acceptant même le double mandat "député-maire" car ces "élites" leur ont dit que c'était mieux pour eux. Des repris de justice sont élus, sans problème.

 

Et ainsi, la France fait figure de République bananière avec ses 85% de cumul des mandats, unique dans l'Europe démocratique et absolument unique dans l'Union Européenne.

 

Depuis l'école maternelle, les citoyens sont dressés à "respecter" l'autorité et à accepter ce qu'on leur dicte - en râlant bien sûr, mais "chien qui aboie ne mord pas". Et toutes ces "manifestations" dans les rues, prévues à dates fixes, ne changeront rien à la situation, cela fera peut-être reculer quelques lois par ci par là, mais rien de fondamental ne changera. Et on entendra les batailles de chiffres sur le nombre de manifestants. Point barre, le régime continuera, irrémédiablement.

 

Et ce qui m'effraie encore davantage, c'est cette crédulité aveugle qu'un autre bord politique changerait les choses, parce que ceux qui n'aiment pas Sarkozy et voient ce qu'il fait au pays se sentent "meilleurs", du "bon côté" ont "bonne conscience" de lutter contre le mal personnifié.

 

Mais ils ne remettent jamais en question les fondements du pays, notamment sa constitution qui est un ramassis de dictature potentielle bien enveloppé dans des phrases emphatiques.

 

Un citoyen honnête peut-il gober sans critique ce que les dirigeants font croire aux citoyens depuis plus de 200 ans par la devise "Liberté, Egalité, Fraternité"???

 

La Liberté existe certes pour ceux qui font partie de "l'élite", mais pour celui qui bosse comme ouvrier, quelle est sa liberté par rapport aux précédents ?

 

L'Egalité n'existe absolument pas, ni l'égalité des chances, il suffit de passer quelques semaines dans ce que les Français appellent "banlieues" ou "quartiers" ou "cités" - phénomènes qui n'existent pas dans d'autres pays où les pauvres n'ont pas été exclus de la vie urbaine. Il faut aller dans ces lycées, puis faire un saut à Henri IV pour voir dans quelle "égalité" vit le pays. Tout le système de l'Education Nationale avec sa théorie de l'Egalité - faire passer les mêmes examens à tous - est une vaste arnaque qui ne profite qu'aux enfants des "élites", une sorte de "couveuse" pour reproduction. Les "concours" idem, ils sont conçus par eux et pour eux.

 

La Fraternité ? Qu'est-ce que c'est? Ce mot est tellement incongru, absolument inconnu dans la vie pratique de tous les jours où le "chacun pour soi" est la réalité vécue partout.

 

Alors il faudrait arrêter de se gargariser de mots appris et regarder les réalités en face. Ce n'est pas Sarkozy le problème, c'est le système politique et éducatif français dans son ensemble et tous les médias qui gravitent autour qui doit profondément être remis en cause, et notamment l'élection du président de la République au suffrage universel.


Les politiques de tout bord, on suggéré au pays que cette élection était une "avancée démocratique". Quelle illusion ! Elle paralyse le pays pendant des mois et même des années. Ne parle-t-on pas depuis des mois déjà de l'élection de 2012 ? Que d'argent est brassé - souvent de manière illégale (les "micro-partis") pour pouvoir se payer ce cirque?

 

Et le brave peuple se rue pour choisir son "chef" alors qu'en vérité, il exécute ce que ceux qui sont aux manettes depuis des décennies ont décidé. Car c'est eux qui font élire. Ils possèdent les systèmes d'information - médias, TV, internet - ils possèdent les "instituts de sondages" vastes fumisteries dont sont friands les médias qui les répercutent sans aucune critique, ils possèdent les banques, les grandes entreprises, etc. etc...

 

Le bon peuple choisit comme chef celui que veulent ceux qui sont aux manettes, qu'ils soient de droite comme de gauche. Il faut voir ce milieu politique, cette veulerie, qui s'applatit devant ceux qui ont un quelconque "pouvoir". J'ai cotoyé ce milieu pendant quelques mois, depuis les conseillers municipaux, en passant par les conseillers régionaux, les députés et toute leur cour. Ces derniers sont aussi maires et veillent bien à se faire réélire à ces fonctions en faisant la tournée des maisons de retraite, les matchs de sport, les expositions, le principal étant que leur tête soit vue dans la presse, car on n'élit que ceux qui sont "connus". Cela s'appelle le "clientélisme" et n'a RIEN à voir avec les projets pour la société dans son ensemble. Sans parler de la corruption qui est à un niveau très important - non avouée bien sûr - mais qui fonctionne partout, depuis la mairie jusqu'aux députés, sénateurs et ministres.

 

En 2007 je parlais, avec un groupe de gens, du voyage du président français sur le yacht de Bolloré après son élection. Et ajoutais que dans tout le reste de l'Union européenne - peut-être à l'exception de l'Italie, de la Roumanie et quelques nouveaux membres - il aurait immédiatement dû démissionner pour corruption. Et la quasi-totalité des réactions allaient de "c'est mieux que Bolloré paie plutôt qu'il parte à nos frais", ou bien "Corruption? Mais tout le monde le fait !" Et de me citer l'un un maire qui avait procuré du travail à sa fille, un autre un député à qui il avait offert un livre avec quelques billets à l'intérieur pour obtenir un logement, etc. etc...

 

Bien sûr, les "élus" ainsi "honorés" taisent ces petites "bienfaisances". Mes interlocuteurs ajoutaient tous: "Pourquoi s'en offusquer, puisque tout le monde le fait?" Lorsque je parlais "d'éthique", tout le monde rigolait...

 

Donc le problème, ce n'est pas Sarkozy, le problème est beaucoup plus profond, et le passage à un autre dirigeant ne changera rien, comme on l'a vu avec Mitterrand, appelé "le Sphinx", qui ne s'est pas gêné pour appliquer les mêmes méthodes - écoutes téléphoniques, Rainbow Warrior, scandale du Crédit Lyonnais, Bernard Tapie, etc. etc. - car c'est le système qui le produit.

 

J'aimerais que Mediapart regarde cela de plus près, avec, si possible, un oeil objectif et critique. Notre constitution est dangereuse, elle conduit à une pseudo-monarchie, à un bonapartisme dangereux qui pousse le pays à la catastrophe, comme l'ont fait les deux "Napoléon". Quand on examine l'histoire du premier, un soldat mis sur le trône par le pays, juste quelques années après ce qui est appelé la "Révolution", on voit bien que l'espace de "liberté, égalité, fraternité" n'a pas duré bien longtemps. Ceux qui détenaient le pouvoir l'ont bien vite repris, faisant rêver le peuple qu'ils dominaient et fanatisaient jusqu'à envoyer mourir ses enfants dans le froid de la Baltique.

 

Un des graves problèmes, c'est que l'Education nationale enseigne une Histoire politisée, visant à donner à la population un sentiment de "gloire" et de "grandeur". On parle de "l'épopée" napoléonienne, etc. sans évoquer la trace sanguinaire laissée dans toute l'Europe, etc...

Cela me rappelle une anecdote vécue à l'Institut Français de Hambourg. Le directeur, qui venait y passer 2 ans, envoyé par le ministère des Affaires étrangères pour gravir un échelon de sa carrière diplomatique, ne parlait guère la langue du pays. Pour inciter les habitants à venir apprendre le français dans son institut, il fit rédiger une campagne publicitaire ayant pour titre "Sur les traces de Napoléon à Hambourg" et imprimer des invitations ainsi formulées. Nourri à l'Histoire de l'Education nationale, il ignorait peut-être ce qui est profondément ancré dans la mémoire des gens de la ville, c'est que les soldats de Napoléon campaient sur le Jungfernstieg et que les filles qui passaient trop près de leurs tentes étaient violées. C'est plutôt cela le souvenir de la "gloire". Mais nos livres d'Histoire n'en parlent pas.

 

Pour revenir au sujet qui me préoccupe, je suis convaincue que l'élection de 2012 ne changera absolument RIEN, si une prise de conscience ne se fait pas dans le pays que c'est notre constitution, ses pratiques, etc... qui doivent être profondément modifiées dans un profond débat national sur tous les points et non seulement dans une démagogie malsaine entretenue par les médias aux mains des deux clans qui tiennent la France depuis la fin de la guerre l'UMP et le PS d'aujourd'hui, les uns tenant le national tandis que les autres tiennent le local, la fameuse "alternance" ne servant qu'à faire commuter les deux, comme dans des vases communicants. Avant la dite Vème République, ce n'était pas mieux. Ce système est hérité de la monarchie de droit divin, juste édulcoré.

Un débat national réel sur les vrais enjeux, sur la constitution, sur la façon de vivre ensemble, sur la devise de la République qui n'a de valeur que le papier sur lequel elle est écrite, une refonte profonde du système éducatif pour former des citoyens informés et lucides, critiques et autocritiques, tout cela est nécessaire pour faire passer la France d'une République bananière et colonialiste à l'intérieur d'elle-même et à l'extérieur, vers un pays apaisé, vivant en cohésion sociale, s'entraidant au lieu de se déchirer en clans ennemis, pour avancer confiant dans le monde d'aujourd'hui et de demain.

Je me suis plusieurs fois exprimée sur mediapart à ce sujet, ai souvent récolté des injures, mais je reste persuadée que la France pourrait avoir un tout autre rôle dans le monde si elle sortait de son infantilisation par une volonté éducative forte.


Je renvoie à quelques articles des derniers jours sur l'Education:

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/etoile66/080810/la-base-de-toute-societe-son-ecole-qui-est-le-3eme-enseignant-photos-et-vi

 

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/etoile66/090810/engagement-citoyen-une-triste-cour-decole-transformee-en-paradis-pour-enfa

 

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/etoile66/110810/pourquoi-les-gens-sont-differents-dans-les-differents-pays-photos

 

Et sur celui de la "pensée unique" à la française dont le débat dans les commentaires a été fort "musclé".

 

Je renvoie également aux excellents articles de Ujamaa notamment les dernier:

 

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/ujamaa/110810/lascenseur-et-lhomme-de-menage

 

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/ujamaa/300710/lallemagne-du-savoir-faire-la-france-du-faire-savoir

 

et l'excellent article de Anne Nymette

http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/anne-nymette/280710/la-consommation-citoyenne-quest-ce-que-cest

 

La question qui se pose est donc: Est-ce Sarkozy le problème, ou est-ce la société qui l'a choisi - dans son formatage centenaire et les lois qu'elle s'est données ?

 

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